• KEUM Manifesto

     
    © Savana
     
    Dans une énième et vaine tentative de faire du tri dans mes vieux magazines, je me suis laissé happer par un numéro « underground et féministe » d’Actuel, introduit par le fameux Scum Manifesto * de la féministe américaine Valerie Solanas. Scum pour « society for cutting up men », dont les traductions diverses nous invitent à planquer nos teubs. Radical et misandre, ce réquisitoire, paru en 1967 et qui renvoie les mecs aux poubelles de l’humanité, ne manque pas d’humour, témoin l’organisation de surréalistes « sessions merdiques » au cours desquelles les hommes seraient invités à discourir sur leur propre « merdicité » !
     
    Le manifeste Scum, si on accepte de dépasser quelques propos transphobes et homophobes rétrogrades, a apporté un pavé non négligeable à l’édifice de la lutte pour l’égalité. Mais au-delà de ses faits d’armes, dont sa tentative de meurtre sur Andy Warhol, Solanas n’a pas réussi à influencer le cours de l’Histoire, la diffusion de sa prose étant restée très confidentielle. Aujourd’hui, elle aurait probablement estimé que Weinstein mérite trois balles dans le buffet. Mais pour que les choses changent sans défourailler à tout-va, il est essentiel que les mecs cisgenre entérinent leur position d’oppresseurs et acceptent d’ôter leurs coquilles avant de monter sur le ring. Se prêter au jeu des critiques, oser s’extraire des sophismes, prendre moins de place dans l’espace public, déconstruire VRAIMENT et non juste s’en vanter, ça pourrait être une bonne base de résolutions masculines pour 2019 et l’après #MeToo.
     
    « Bien qu’il ne soit qu’un corps, l’homme n’est même pas doué pour la fonction d’étalon. […] Rongé qu’il est de culpabilité, de honte, de peurs et d’angoisses, et malgré la vague sensation décrochée au bout de ses efforts, son idée fixe est toujours : baiser, baiser. Il n’hésitera ni à nager dans un océan de merde ni à s’enfoncer dans des kilomètres de vomi, s’il a le moindre espoir de trouver sur l’autre rive un con bien chaud. » Valerie Solanas ne lésine pas sur la provocation pour nous mettre la verge, donc notre ego, bien au chaud dans le kangourou, dans la merde et le vomi. On peut sourire devant une telle diatribe, mais ce serait intéressant de la tester auprès d’un groupe de jeunes bien installés dans leur virilité. Pour dépasser le stade de la provocation stérile, on pourrait travailler le sens de l’autodérision vis-à-vis du patriarcat et l’esprit critique pour offrir une distanciation salvatrice avec notre éducation genrée.
     
    Mais au collège et au lycée, est-on suffisamment armé pour encaisser ce qui va remettre en cause les fondements de la place de l’homme dès la cour de récré : le fait de porter haut et fort ses couilles ? Oui, à condition que le boulot soit initié par les parents ou par les tuteurs dès le premier âge. Combien de fois ai-je entendu que, lors d’un rapport sexuel, c’est le mec « qui fait tout », « qui travaille », « qui conduit les ébats », signifiant clairement que les femmes ne sont qu’un obscur objet du désir, juste un con bien chaud prêt à l’emploi « sur l’autre rive ». Même si beaucoup ne font que fantasmer leurs futurs ébats, ils envisagent ainsi leur sexualité, parce que le porno hétérocentré en assure la promo et que nombre d’aînés se cachent derrière cette image du mâle dominant tout-puissant, toujours prêt à « baiser, baiser ». L’expression « la meuf s’est fait baiser », très usitée, est symbolique de cette relation où seul le mec s’octroie le droit d’être acteur de sa sexualité.
     
    « Baiser, c’est pour lui [le mâle, ndlr] une tentative désespérée pour démontrer qu’il n’est pas passif, qu’il n’est pas une femme. Mais il est passif, et meurt d’envie d’être une femme. »
    Solanas fournit de quoi envoyer du débat ! Il y a fort à parier que, passé le moment de sidération, peu de garçons cisgenre se vanteraient d’une envie de transition. Mais la provocation peut virer à l’invitation à explorer les champs du masculin et du féminin, à les polliniser en mode non genré. Soyons même déraisonnables : on pourrait, alors, pondre une sorte de « Keum Manifesto », en miroir du Scum, qui pourrait débuter sur un révolutionnaire « ni hommes, ni femmes, tous non binaires et égalitaires ! ».
    « Étant donné la nature totalement égocentrique de l’homme et son incapacité à communiquer avec autre chose que lui-même, sa conversation, lorsqu’elle ne porte pas sur sa personne, se réduit à un bourdonnement impersonnel […] La “conversation intellectuelle” du mâle […] n’est qu’une tentative laborieuse et grotesque d’impressionner les femmes. » La pamphlétaire nous exhorte à convoquer l’altruiste que nous fûmes et que nous avons bien rangé au rayon féminin de nos émotions. Communiquer, c’est partager et non s’écouter. Récemment, lors d’un spectacle d’improvisation pour collégiens auquel j’ai assisté, la comédienne se plaignait que seuls les mecs réagissaient. L’occupation de l’espace, physique ou verbale, est au cœur des questions d’égalité. Pourquoi les filles se sentiraient illégitimes à intervenir, s’excuseraient de le faire, subiraient systématiquement les critiques, se verraient couper la parole sans cesse. Parce qu’elles l’acceptent ? Non, parce qu’on les a formatées pour adhérer. La segmentation des genres dans l’éducation est une catastrophe. Concernant la parole, il faut faire comprendre très tôt, que manterrupting et mansplaining sont deux plaies qui suintent la discrimination. Notre Keum Manifesto ne saurait faire l’impasse sur cette condition essentielle du vivre ensemble.
     
    « Ceux qui sont en haut de l’échelle veulent y rester […] La “révolte”, chez les hommes, n’est qu’une farce. Nous sommes dans une société masculine, faite par l’homme pour satisfaire ses besoins. »
    Hommes féministes, militants de l’égalité, nous devons nous interroger sur la motivation de nos engagements. Suis-je prêt à perdre mes privilèges ? Ai-je le sentiment d’en profiter ? Mon discours est-il sincère ou répond-il à une volonté de séduire, de me valoriser ? On ne déconstruira pas sans avoir pleine conscience de notre condition d’oppresseurs. Beaucoup de mecs ne l’acceptent pas, s’enorgueillant d’être non sexistes, faisant fi du rôle que la société nous octroie dès notre naissance. En tant qu’éducateurs, c’est notre job de pointer ce privilège, d’inviter à s’en dédouaner. Cela doit être notre priorité.
     
    Solanas nous balance que « si les femmes ne se remuent pas le cul en vitesse, nous risquons de crever tous ». J’ajouterai que si les hommes ne font que les mater en train de remuer le cul, nous risquons de crever tous. Les mecs doivent être moteurs du changement.
    On pourrait se servir du Keum pour démontrer que l’homme peut être autre chose que Scum, soit « égocentrique, prisonnier de lui-même, incapable de partager ou de s’identifier à d’autres ; inapte à l’amour, à l’amitié, à l’affection, la tendresse ». Le petit d’homme a juste besoin qu’on lui montre le chemin, sans injonctions à la domination. « Ce que Scum veut, c’est démolir le système et non obtenir certains droits à l’intérieur du système. » Keum approuve et pense que tout est à reconstruire. Mais il a besoin qu’on soit des milliers à le penser. Et surtout à l’appliquer.
     
    DR KPOTE
     
    * Scum Manifesto. Association pour tailler les hommes en pièces, de Valerie Solanas. Traduit de l’américain par Emmanuelle de Lesseps. Éd. Mille et une nuits, 2005.

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  • Compète scolaire : La bataille du rail

     
    © pill person
     
    La prise de drogue à l’adolescence reste souvent apparentée à une automédication pour anesthésier un mal-être chronique ou au refus de se socialiser en pleine conscience. Mais si les parents s’interrogent sur l’impact d’une actualité anxiogène sur la santé mentale de leur progéniture ou simplement les mauvaises fréquentations de cette dernière, beaucoup font l’impasse sur une conso permettant de résister à la pression d’un système éducatif reposant sur la compétition. Évoquer la présence de quelques milligrammes de Xanax dans les trousses reste tabou. Et pourtant, les jeunes ne crachent pas sur la weed ou sur la poudre de perlimpinpin pour booster leur mémoire, doper leur concentration pendant les périodes d’examen ou pour résister à la double pression parents-­Pronote (1). On est parfois loin des nuits festives où la sérotonine libérée rend plus belle la vie, mais plutôt dans une consommation ancrée dans le quotidien, futur terrain d’une éventuelle toxicomanie. Face à l’injonction de réussite, les fumées deviennent logiquement de moins en moins clandestines devant les bahuts et la lean (2) est franchie depuis un bail.
     
    Récemment, ma structure m’a dépêché dans une pépinière d’artistes en herbe, où jeunes musicien·nes, danseurs et danseuses faisaient leurs gammes. La mission consistait à profiter de leur pause-déjeuner pour les informer sur les produits psycho­actifs et identifier d’éventuelles « conso » à risques. Le beau temps étant au rendez-vous, les jeunes étaient nombreux et nombreuses à sandwicher à l’extérieur. Avec mes ­collègues, nous avons butiné de groupe en groupe, proposant des mises en situation ludiques ou des temps d’échanges informels. Là où on s’attendait à partager une solidarité symphonique, la réalité fut tout autre : les artistes ne se mélangent pas, chacun jouant sa partition par corporation. D’ailleurs, d’entrée de jeu, une bande de violonistes nous a balancé que les cuivres passaient pour les beaufs de service, juste bons à cracher dans leurs instruments devant le stand Pernod Ricard des ferias du Sud. Entre cordes et vents, ça envoyait du bois. Des ferias aux gueulards, il n’y a qu’un pas que nous avons logiquement franchi en parlant des extinctions de voix, hantise des chanteurs et chanteuses. Mais la parade était bien assimilée, sous la forme d’un bon shoot de cortisone juste avant un concert afin de réduire une éventuelle inflammation des cordes vocales. Le shoot, geste ultime de la déchéance pour le commun des mortels, s’offrait une jouvence salvatrice dans le monde du spectacle. Nous n’étions plus « enquête d’action » au cœur des quartiers populaires, mais en présence de jeunes, majoritairement blancs et blanches, issu·es de classes aisées, se dopant non pas pour tenir le mur, mais pour maîtriser celui du son. Curieusement, la came pour créer est plus respectable que celle utilisée pour oublier.
     
    La compétition prenant une place prépondérante dans leur existence, l’un des jeunes a évoqué un univers atypique, où chacun·e se transformait en bête de concours, enchaînant les prestations jugées par des instances impitoyables. « Les vaches en compète au Salon de l’agriculture sont parfois mieux traitées que nous », osera-t-il, dans un sourire désabusé. Il m’expliquera aussi que beaucoup ayant des parents musiciens, les arbres généalogiques ­pouvaient peser alors de tout leurs poids sur des carrières fantasmées.
    Les musicien·nes nous ont donné leur tuyau antistress. Ils et elles gobaient du bêtabloquant pour réduire la fréquence cardiaque et diminuer l’excitabilité pendant les auditions. Ces jeunes baladaient donc dans leurs poches une dope légale, remboursée par la Sécu et banalisée dans les pharmacies familiales. L’un d’eux, promoteur de réduction des risques sans avoir l’air d’y toucher, a tout de même reconnu que ce serait plus safe de faire appel à la sophrologie ou au yoga plutôt qu’aux médicaments pour gérer le stress ! Mais la sophro réclame du temps pour obtenir un résultat alors que s’envoyer un cacheton dans la tête, c’est immédiat. Un médecin complaisant leur prescrivait les médocs, en signalant qu’il en utilisait lui-même avant ses conférences pour améliorer sa concentration ! « Je n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences » : certains carabins dealers aux neurones bêtabloqués ont la mémoire déficiente du côté du serment d’Hippocrate. Quand la défonce est parrainée par un médecin, les jeunes minimisent forcément la prise de produits et les risques encourus. Avec ces témoignages, l’orchestre philharmonique prenait des allures de peloton du Tour de France aux urines bien chargées, à l’insu de son plein gré. On comprend mieux comment Lance Armstrong a pu nous pipeauter pendant des années sur les pentes du Tourmalet.
     
    Discutant en s’étirant ou assis par terre en tailleur avec une facilité de yogis, les danseurs et danseuses étaient reconnaissables de loin. En leur compagnie, on a continué notre balade au pays des produits. Un danseur ou une danseuse devant être explosif ou explosive dans sa pratique, c’est de prise de cocaïne avant les spectacles qu’on a causé. La CC, comme on dit dans les milieux informés, procure un bon coup d’adrénaline pour effectuer des sauts difficiles, sert de coupe-faim ou injecte une bonne dose de courage pour affronter une audition déterminante.
    Un jeune danseur, plus prolixe que les autres, a tenu à bien différencier classique et contemporain : « Sur le contemporain, on est pris sur notre individualité, sur la différence de nos corps et expressions. En classique, tu dois rentrer dans les critères du ballet. Il y a beaucoup de problèmes d’anorexie, de tabac pour ne pas prendre de poids. » Comme j’insistais un peu sur le sujet, il me désigna du menton un groupe de filles un peu plus loin et ajouta : « Ne leur parlez pas de ça, certaines sont concernées et ça peut leur faire mal que ce soit évoqué. » Le mec, plutôt bienveillant, protégeait aussi l’omerta qui plane sur ces jeunes corps violentés pour vivre une passion dévorante où il est mal vu de dévorer. Tout en évoquant le craving (envie irrépressible) puissant de la cocaïne, les risques d’overdose et l’instabilité psychiatrique qui peut rapidement s’installer, je leur ai filé un petit carnet de feuilles pouvant servir de paille, une fois roulées. Tous et toutes ne l’ont pas pris, mais on sentait que ça pédalait pas mal au niveau du cerveau et les visages se sont faits plus soucieux. Sida, hépatite C, infections bactériennes… la paille à usage unique peut éviter bien des soucis, d’autant plus que bon nombre d’entre eux et d’entre elles remettaient le couvert dans le cadre festif. La spirale de la défonce dans le travail et la fête ne laissant que peu de place à des plages de récupération, leur corps risquait fort de les lâcher. En masquant cette fatigue, un risque de blessure grave planait sur leur avenir professionnel, mais aussi l’installation d’une fatigue psychique, source de dépression. Mais que pesaient mes recommandations dans un monde d’ultra-compétition ? Et puis j’ai eu une hallu en cherchant une citation sur les drogues et en lisant le grand, l’unique, Jean-Claude Van Damme : « La drogue, c’est comme quand tu close your eyes et que tu traverses la rue. » Et vu qu’il suffit de traverser la rue pour retrouver du boulot, l’avenir s’est un peu éclairci.
     
    DR KPOTE
     
    1. Pronote est un logiciel de gestion de vie scolaire à partir duquel les notes, absences et retards sont accessibles aux élèves et à leurs parents.
    2. Lean ou purple drank, mélange de sirop codéiné et de boisson gazeuse.

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  • Pleurez, vous êtes filmées !

    © anti-matière/c. guéraRD
     
    Le type qui a eu l’idée d’intégrer un appareil photo aux smartphones mériterait une belle fessée postée dans l’onglet « amateur » sur PornHub, histoire de bien lui mettre le nez dans la cam. En fouillant sur le Net, j’ai pu découvrir que notre immense bienfaiteur se nommait Philippe Kahn, un ancien prof de maths grenoblois. Mais ne cocoriquez pas trop vite, le type s’est expatrié à San Francisco pour gagner un pognon de dingue. En effet, depuis 2003, il est PDG de Fullpower Technologies, fournissant des solutions combinant biologie, nanotechnologies et une certaine MotionX, ultra présente dans tous les appareils connectés… Le genre de mec qui, s’il avait été pote avec Dorcel, aurait breveté le plug anal connecté aux satellites pour grimper plus vite au 7e ciel. Parce que c’est bien de cul qu’il faut causer : à défaut de nous avoir simplifié la vie en combinant deux outils, le Philou nous a bien mis dans la mouscaille ! En effet, aujourd’hui, à cause de son idée de petit génie voyeur, on passe notre temps à surveiller nos devants et surtout nos derrières, shootés en long, en large et en travers (de porc), avec, comme nouveauté bien relou, la mode de l’upskirt : le fait de filmer sous la jupe d’une femme à son insu. Forcément, dans l’exercice, le smartphone greffé à la main, les jeunes ne sont pas manchots.
    Dernièrement, un lycéen de Créteil (Val-de-Marne) a fait le buzz en braquant sur sa prof un faux gun pour qu’elle le note présent. Le jeune Escobar en survêt s’est mis en scène devant la caméra de ses potes, sans imaginer que sa prestation ferait le tour des réseaux sociaux. La « blague » a fait marrer ses pairs, mais pas Blanquer ni Castaner. Élevé·es aux séries et aux stories, certain·es jeunes, en mélangeant fiction et réalité, ont du mal à intégrer la portée de leurs actes. Mais si les adultes « c’était-mieux-avantistes » s’insurgent, force est de constater que le hold-up de l’intimité face caméra n’est pas une ­nouveauté. À ce sujet, les médias ont récemment mis en lumière le terrible destin de Maria Schneider, actrice malgré elle d’un viol imaginé par Bertolucci dans Le Dernier Tango à Paris, qui n’avait pas daigné l’informer de la scène pour plus de véracité. Contrairement aux jeunes de Créteil, le réalisateur italien n’a pas fini au placard, mais aux Oscars.
    Aujourd’hui, on remplit la mémoire vive de notre actualité d’images volées et commentées, perdant à chaque nouvelle vue, un peu de notre humanité. Pas étonnant alors que certains jeunes partagent pêle-mêle et sans discernement des photos d’exécutions, des nudes de leur copine, les derniers skins * de Fortnite ou des bastons de quartier.
    Dans le genre, je me souviens d’un jeune qui avait tenu à nous exposer ses talents de réalisateur, spécialiste de la musique de chambre : « Avec mes potes, on est des musiciens. On se passe les meufs… » Comme je lui signifiais mon étonnement quant à l’emploi d’une métaphore musicale pour minimiser ce qui avait tout d’un viol ­collectif, il s’est fendu d’une explication : « On se passe les meufs et on joue ensemble, comme un orchestre. On dit ça dans notre bande. Mais attention, c’est la meuf qui veut. On ne viole pas, nous. » Et puisqu’il était dans l’instrumentalisation de la relation, le type nous a raconté, sans gêne, qu’il filmait la fille pendant l’acte à son insu, partageait le live, invitant ses potes à venir mater ou à participer.
    Bien au-delà du consentement, c’était la fille dans sa globalité qui était niée. Pourtant, pour beaucoup d’élèves, il n’y avait pas à tergiverser : une fille qui vient pour baiser ne saurait se retirer. Fallait anticiper ! Étonnement, que des mecs puissent s’inviter dans un moment d’intimité ne semblait gêner qu’une minorité. Peu se souciaient de la nudité de la fille, exposée sans son accord aux regards du groupe. On faisait fi des pièges de la séduction, d’une possible emprise de l’un sur l’autre, de la complexité des émotions qui nous traversent et de la difficulté à les exprimer. L’éventualité d’une relation multiple avait-elle été évoquée ? Comment définir la moralité de celui qui a séduit et filmé ? Se taire, est-ce donner son accord ? J’ai balancé mes questions à la volée et, du coup, la classe a mis du temps à tout absorber. J’ai repris à l’adresse du caméraman : « Ce genre de situation m’évoque un viol collectif. Sauf si la fille vous a clairement exprimé son souhait de faire l’amour à plusieurs avant de subir la pression du groupe. »
    Comme ils·elles se taisaient, je les ai interrogé·es sur le droit à l’image. Bien qu’ils·elles aient tous et toutes entendu parler de cyberviolence, le cadre juridique et les risques encourus restaient à éclaircir. Sur le site Stop-cybersexisme.com, du Centre Hubertine Auclert, nous avons lu ensemble que « c’était à celui·celle qui avait diffusé un contenu de prouver que le consentement avait bien été donné (inversement de la charge de la preuve) ». Des peines lourdes allant jusqu’à 60 000 euros d’amende et deux ans de prison pouvaient être prononcées aux contrevenant·es. À la lecture des risques, le jeune, un peu affolé, a commencé par se rétracter arguant qu’il s’était vanté sans être concerné. La classe n’étant pas un prétoire, j’ai acquiescé sans vraiment y croire.
    Une fille au premier rang ne voulait pas qu’on en reste là :
    « Et la meuf filmée, tu penses à ce qu’elle ressent ?
    – Mais elle ne le sait pas quand on filme. Elle ne voit pas…
    – Mais tout le lycée le saura… Imagine, c’est ta sœur qui se fait tringler et filmer… Et tous tes potes la voient à oilpé. Si elle tournait sur les réseaux, ça te rendrait ouf ? »
    Comme le manque de réaction de la victime les questionnait, j’ai donné des explications sur les mécanismes de la sidération, cet état de stupeur émotive, dans lequel le sujet, figé, semble incapable de réagir. Pour beaucoup d’ados, toujours prompt·es à réagir dans l’immédiateté, l’absence de réaction, déstabilisante, est souvent traduite comme une forme d’acceptation. J’en ai profité au passage pour incriminer cette sale manie de tout filmer et ils·elles m’ont assuré en être conscient·es, mais que c’était devenu un réflexe. Le tropisme de cette génération pour la matière focale avait fait d’eux·elles de véritables toxicomanes totalement inféodé·es aux opérateurs-dealeurs.
    « Mon copain me filme et balance mon cul sur Snap, je le castre !, a ajouté une autre fille.
    – Mais c’est les plans cul que tu filmes. Pas ta copine, a tenté le mec incriminé.
    – Mais un plan cul, c’est quand même un être humain ! Avec toi, on dirait que la fille ne vaut pas mieux qu’un Kleenex. Et encore, si je me mouche dedans et que je te le passe, tu n’en voudras pas. Alors que là, les mecs, ils font la queue. Un plan cul, ça se respecte aussi », lui réplique-t-elle.
    Sa démonstration sentait le vécu, mais ce n’était ni le lieu ni le moment pour investiguer. À la sonnerie, ils·elles se sont tous et toutes levé·es d’un bloc et ont filé en se gondolant, sans même attendre le générique de fin. Pour eux, l’échange, comme un vieux film en noir et blanc, appartenait déjà au passé. Comme c’était ma dernière séance, le rideau, sur l’écran, est tombé et j’ai filé chez l’infirmière pour la lui résumer.
    DR KPOTE
    * Personnages et équipements que les joueurs de jeux vidéo achètent ou débloquent dans un jeu.

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  • Sans patriarcat, tout va !

    Photo : Hanslucas.HL_BDEMENGE
     
    Pour sortir de l’été en pente douce, je me suis dit que partager avec vous une chronique pleine de sève et de chaleur, ça mettrait un peu de baume au cœur sur la ligne soldée de nos congés payés. La rencontre date de juin dernier, dans un lycée des Hauts-de-Seine où les secondes stockaient de la vitamine D, lézardant devant leur salle pendant que leurs aîné·es bachotaient. Après les avoir laissé·es tranquillement s’installer, j’ai évoqué le programme de l’animation qui débutait sur une réflexion autour des stéréotypes de genre et leur impact normatif sur nos constructions. L’intitulé un peu ronflant n’invitant pas aux ébats en chambre, le groupe, pas déstabilisé pour un rond, a choisi la question du sport, haut lieu de la segmentation avec ses compétitions très genrées. Comme la classe était plutôt sûre d’elle sur la question de la différence des capacités physiques entre hommes et femmes, résultat d’une génétique peu paritaire, j’ai conseillé aux élèves de visionner le film Battle of The Sexes, biopic sur la tenniswoman Billie Jean King défiée par Bobby Riggs, athlète bedonnant en fin de carrière voulant prouver au monde entier la supériorité physique des mâles, fingers in the nose and the chips. Plus prompt à monter au filet pour balancer des vannes sexistes qu’à enfiler les smashes gagnants, le fat va perdre son pari. Le film met en évidence cette immense bataille menée par les femmes sur et en dehors des terrains de sport pour être reconnues à leur juste valeur et mieux médiatisées. Une adolescente, adepte de boxe anglaise, a entériné la persistance du sexisme sportif, en expliquant que, dans son club, même les vestiaires puaient l’inégalité par la surface attribuée aux filles. « Ils nous ont filé un placard à balais pour nous changer parce que c’est au ménage qu’ils veulent nous renvoyer », a-t-elle acté ironiquement.
    Je leur ai diffusé un extrait du Webdoc L’École du genre, dans lequel Catherine Louveau, sociologue du sport, explique que, pour la plupart des individus, il est inconcevable d’imaginer des filles en corps à corps, de les voir se donner des coups, le terrain du combat étant assigné aux mecs. Une fille de la classe nous a expliqué que dans son sport, la GRS (gymnastique rythmique et sportive) – fondée sur l’esthétisation des mouvements –, terrain de jeu habituellement réservé aux filles, les trois seuls garçons du club avaient dû se dépasser pour déjouer tous les stéréotypes. À force d’entraînement, ils avaient atteint un niveau d’excellence qui avait surpris tout le monde. Forcément, quand on réussit là où on ne nous attend pas, on fait le plein d’estime de soi. Et puis quand les muscles ou la technique ne suivent pas, le mental peut faire le reste et ce n’est pas notre boxeuse qui allait démentir. J’ai ­rappelé, au passage, que les commentateurs sportifs ne pouvaient s’empêcher d’associer des critères esthétiques à la narration des exploits physiques des femmes. Laure Manaudou a toujours été « une belle sirène » avant d’être une grande nageuse et, pour certains, le beach-volley féminin n’a d’intérêt que pour l’exhibition de ses fessiers musclés, la culotte ensablée dans la raie. Et que dire du foot américain qui a dynamité le baromètre du machisme en imposant aux femmes de jouer en sous-vêtements !
    Un garçon de la classe qui levait le doigt depuis un moment a assuré ne pas se reconnaître dans les stéréotypes masculins et leurs injonctions de musculature, de virilité, de force. Son pote, un rien moqueur, lui ayant renvoyé qu’il valait mieux au vu de sa frêle morphologie, il lui a répondu que « bouffer des kilos de protéines et pousser de la fonte », ce n’était pas sa came. J’ai ajouté que ça tombait bien puisque, après l’affaire Weinstein, l’heure était plus à la déconstruction qu’au body-building ! La petite dizaine de garçons de la classe semblait partager cet état d’esprit, détachée du terreau « mascu-muscu » dans lequel germent les futurs dominants. Du coup, pendant toute la durée des échanges, je n’ai jamais ressenti cette tension entre genres qu’on rencontre si souvent. En posant clairement leur volonté de ne pas répondre aux injonctions viriles, les garçons avaient ouvert le champ des possibles à l’égalité. La parole des filles pouvait alors se libérer en toute tranquillité, ce qui est rarement le cas.
    C’est grâce à ce contexte favorable qu’une jeune fille brune, la voix teintée d’émotion, a pu témoigner de violences sexuelles subies sans craindre les moqueries ou l’opprobre des autres. Sa plainte avait pris la poussière dans un commissariat de quartier, parce que pas suffisamment étayée pour un fonctionnaire dont l’intimité n’avait probablement jamais été violentée. Sa famille occultait le sujet jusqu’au jour où, après une tentative de suicide, elle avait été hospitalisée. Elle regrettait d’en être arrivée là pour que son entourage prenne la mesure de son mal-être. Elle a raconté, les larmes aux yeux, son calvaire pour résister, tenir, venir au bahut. Après un silence très respectueux, deux garçons à côté d’elle ont eu un magnifique geste d’empathie. Instinctivement, sans même se consulter, ils l’ont serré doucement dans leurs bras et l’un d’eux lui a même déposé un baiser très tendre sur la joue. Comme je leur expliquai que ces gestes d’affection m’avaient surpris par leur spontanéité, ils m’ont répondu que c’étaient des attitudes courantes dans cette classe, qu’ils ont définie comme très solidaire. Pour un animateur de prévention, cette dynamique de groupe facilite grandement le boulot. Les jeunes devenant des personnes-ressources les uns et les unes pour les autres, je n’avais plus besoin de leur fourguer du numéro vert anonyme et gratuit pour être écouté·es, accompagné·es, rassuré·es. Ils et elles étaient en capacité de faire le job entre eux.
    La parole invitant la parole, une jeune fille s’est fendue d’un long monologue : « Avant, dans un autre lycée, j’étais la cible de harcèlement parce que je me maquillais. On m’appelait la beurette salope. Ici, alors que personne ne me connaissait, j’ai été élue déléguée. Ça m’a rendu de la fierté. Heureusement, mes parents ont compris qu’il fallait me sortir de là-bas ! »
    En lui permettant de quitter un environnement hostile pour repartir de zéro ailleurs, les parents de cette fille lui avaient probablement évité des années de thérapie. Mais combien supportent les sarcasmes de leurs agresseurs en silence, sans qu’aucune possibilité de changement soit possible ? La classe l’avait accueillie comme elle était, sans jugement, lui laissant l’opportunité de s’affirmer et de se reconstruire.
    Dans le Webdoc sur le sport cité plus haut, Catherine Louveau conclut que « pour faire évoluer les choses, il faut d’abord les dire. Dire et montrer les discriminations ». C’est en verbalisant l’inacceptable qu’on invite à s’interroger et à faire bouger les lignes. Je leur ai signifié que leur classe était très en avance sur cette société qui bégaye son égalité si l’on en juge le nombre d’agressions sexuelles commises la nuit où les Bleus ont ajouté une seconde étoile sur leurs maillots, juste à côté de la crête du coq. Pour devenir champions du monde sur le terrain de l’égalité, il va falloir sérieusement que les hommes pensent à descendre de leurs ergots et que chaque famille devienne un véritable centre de formation dès la petite enfance. En gros, comme l’avait si bien résumé Franck Ribéry en son temps, la « routourne » doit tourner.
    DR KPOTE

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  • Cet été, alors que Booba et Kaaris se comparaient la teub au duty free de l’aéroport d’Orly, je suis allé faire pénitence devant trois membres du collectif breton Thomas Boulou, efficients promoteurs de la contraception masculine et d’un « contracep’tour » qui les a baladés, en 2017, de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor, à Liège, en Belgique. Mon article sciemment caricatural au sujet du « slip chauffant » dans le Causette estival les ayant irrités, c’est dans un rade de Concarneau qu’on a remis les pendules et les burnes à l’heure. « Les stéréotypes sur le remonte-couilles, on a du mal… Peut-être parce qu’on est dedans toute l’année », a brillamment résumé l’un d’eux. La contraception « testiculaire » – terme préféré à « masculine » parce qu’on peut être doté de valseuses sans être assigné mâle – ayant largement fait ses preuves, les Boulou réclament une communication plus positive sur le sujet.

    Téléchargeable sur le site de l’Ardecom – Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine, née de groupes de parole d’hommes féministes dans les années 1970 –, le guide du collectif explique une démarche qui dépasse la préoccupation anticonceptionnelle partagée : « Au-delà du partage des responsabilités, prendre en charge la contraception lorsqu’on est un homme peut aider à reconsidérer ce qu’implique sa vie sexuelle, non seulement sur les questions de contraception, de consentement, de plaisir ou d’IST [infections sexuellement transmissibles, ndlr], mais aussi sur les plans affectifs, relationnels, sociaux. Ça peut être l’occasion […] de questionner autrement sa masculinité, au-delà des questions de sexualité.... »

    Le nom Thomas Boulou, qui signifie vaguement en breton « boules au chaud », pourrait faire croire que toute la bande s’est pécho sur Grinder. « On s’est rencontré autour de l’attraction animale », me répond avec humour Christian, le quinqua du groupe, stipulant qu’ils sont tous paysans éleveurs. Militants alter et anticapitalistes, pas étonnant que leur lutte se teinte de féminisme. Pour preuve, le collectif est né pendant le festival féministe Clito’rik, en avril 2015 à Trégunc (toujours dans le Finistère), où ils ont animé un atelier non mixte sur « le plaisir avec ou sans coït ». C’est lors de cette manifestation et au contact de militants de l’Ardecom que les Boulou ont décidé de vanter les bienfaits de la contraception masculine. Pour lutter contre le sexisme et les effets pervers du patriarcat, rien de mieux que le partage d’un vécu au quotidien, d’autant plus que « la contraception dite “masculine” ne s’oppose pas à la maîtrise par les femmes de leurs propres fertilité et contraception. Les techniques utilisées par les hommes et celles utilisées par les femmes peuvent l’être en complémentarité, ou en alternance : elles permettent d’élargir le choix dans nos relations ou d’augmenter l’efficacité. » La déconstruction, ça les fait bien marrer parce que ça fait un bail que, eux, ils ont mis le casque de chantier.

    Deux d’entre eux m’assurent utiliser la méthode de contraception thermique en portant un slip dit « chauffant », le troisième ayant opté pour la vasectomie, ne souhaitant pas d’enfants dans son existence polyamoureuse. Mais c’est bien ce fameux « remonte-couilles » qui sera au cœur de notre discussion. Ce procédé mécanique, qui consiste à porter un sous-vêtement spécifique au quotidien quinze heures par jour pour placer les testicules à l’entrée des canaux inguinaux, ils le soutiennent et celui-ci le leur rend bien. Les testicules ainsi maintenus, leur température augmente de 2 °C environ, diminuant la concentration de spermatozoïdes dans la semence des mâles. Mais que ceux-ci se rassurent, ainsi « contracepté », on est toujours capable de bander et jouir. Pour Christian, les réticences et les angoisses face au slip thermique viennent de « la méconnaissance de l’anatomie masculine ». Les mecs imaginent toujours le pire quand on les invite à déplacer une partie de leur service trois-pièces.

    Adeptes du Do it yourself, les Thomas Boulou étalent sur la table une bonne dizaine de protos de leur confection. « Quand on nous invite, on débarque toujours avec nos machines à coudre pour partager notre expérience. »

    Sur leur site, ils ont prévu d’éditer des tutos pour prouver la facilité d’utilisation du « remonte-couilles ». Ils me présentent différents modèles, dont le jockstrap avec élastiques sur les fesses, qui, à l’instar du string, laisse la raie libre. Mais le joyau de la collection, c’est le soutien-gorge détourné de sa fonction mammaire. Un beau prototype en dentelle mauve, agrémenté d’un anneau pour le passage du pénis, vient bousculer les codes du masculin sous mes yeux. Aurélien précise, en s’appuyant sur l’exemple d’un zadiste de Notre-Dame-des-Landes fier de son slip fabriqué à partir d’un soutif en dentelle rouge : « Notre démarche inspire, libère l’imaginaire sur les sous-vêtements masculins. Beaucoup de mecs montrent leur envie de sortir des stéréotypes de genre. » Christian, lui, roule des chaussettes, coupe le bout, rajoute un lacet pour pouvoir adapter l’anneau ainsi formé à la morphologie de sa verge. Le lacet « devient un élément décoratif intéressant, puisque, perso, je ne suis pas trop porté sur la dentelle », nous confie-t-il. Pour ceux qui auraient peur de perdre leur identité de genre dans les frous-frous, ils m’assurent que le modèle cockring sous le maillot de bain pour aller à la plage fonctionne aussi très bien. Dans leur atelier de Quimper, un samedi par mois, n’importe qui peut venir fabriquer son propre « boulocho », comme ils l’ont baptisé. Benjamin estime que « c’est mieux de s’appuyer sur un groupe d’autosupport, porté par les usagers eux-mêmes, plutôt que de voir un toubib pas forcément au courant des techniques de contraception ».

    « Remonter les couilles, c’est facile, naturel, spontané et non douloureux… C’est ça notre message ! » tient à résumer Aurélien. Et Christian d’ajouter : « Pour les observants, on n’a aucun échec répertorié ! Avec un spermogramme, tu vérifies facilement ta fertilité. Si au bout des trois mois de spermatogénèse tu n’es pas en dessous du seuil contraceptif d’un million de spermatozoïdes par millilitre, tu changes de méthode ou tu portes le slip plus longtemps. »

    Un rien casse-couilles, comme j’abordais le problème de l’âge et des testicules qui pendent, Benjamin m’a renvoyé l’argument qui va cartonner dans les Ehpad : « Dans vingt ans, des sexagénaires auront des testicules de jouvenceaux parce qu’ils les auront soulevés toute leur vie ! »

    Même s’ils ne l’occultent pas sur leur guide, les Thomas Boulou ne sont pas trop portés sur la contraception hormonale pour les mecs. Anticapitalistes et écolos, ils essaient de s’affranchir de la toute-puissance des labos et de leur chimie marchande. L’avantage de la contraception thermique, c’est qu’elle peut totalement être prise en charge par les usagers. Christian ­imagine même réaliser un jour lui-même ses spermogrammes. Les Thomas Boulou tiennent à leur liberté de choix et à leur indépendance. Forcément, ça ne va pas plaire à tout le monde, mais ça force le respect. Perso, vu qu’ils m’ont offert deux prototypes de slip, je ne vais pas me gêner pour les soutenir.

    DR KPOTE

    Permanence atelier : chaque premier samedi du mois, de 14 à 17 heures, à La Baleine, 35, rue du Cosquer, Quimper (29). Site du collectif : contraceptionmasculine.fr


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