• Slameur, musicien, acteur, écrivain et 43 ans au compteur, D’ de Kabal devrait se balader avec un panneau « attention, chutes de mots », pour signaler ses idéaux constamment en travaux. Après avoir repéré les chroniques du Dr Kpote dans Causette, D’ m’a contacté pour évoquer ses « laboratoires de déconstruction et de redéfinition du masculin par l’art et le sensible ». Un intitulé à la Dali sur un sujet qui n’a rien de surréaliste.
     
    Il suffit de lire les commentaires sur les fils d’actu féministes pour constater que nombre de mecs se raidissent face aux nouveaux enjeux égalitaires. Au regard de nos engagements respectifs, D’ et moi ne pouvions qu’être d’accord pour acter l’urgence de s’interroger sur la condition masculine. Son idée de laboratoire de déconstruction tombait donc à pic. Aussi, un an après nos premiers échanges, quand il m’a convié au débrief de celui-ci, sur ses terres, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), j’étais curieux de rencontrer ces pionniers d’un « autre masculin ». Dans un studio d’enregistrement, nous étions une bonne vingtaine, hommes et femmes ayant tous des affinités diverses et variées avec D’, assis en cercles concentriques, à avoir bravé la canicule de juillet. Après un slam d’accueil, D’ s’est installé aux machines pour orchestrer les mots à venir. Six ou sept hommes, tous quadras, ont ensuite transmis au groupe, à tour de rôle, leurs fêlures héritées de la transmission patriarcale. Plus ou moins à l’aise avec l’écriture, selon leur cursus, ils ont tous fait état, avec beaucoup de sincérité, d’une masculinité pesante. Celle-ci a pris, tour à tour, les visages de pères violents et sans concessions, les regards pleins de préjugés portés sur les musulmans de banlieue, assignés « machos », ou les rides d’expression barrant le front d’un mec s’interrogeant sur le bon équilibre de son couple. Plus surprenant, un jeune homme aux allures de Sam Cooke 1 nous a parlé de son orientation professionnelle dans le porno, en rupture totale avec les idéaux de son pasteur de père, et de cette révélation que le masculin a tout à gagner à s’affranchir du génital. Tous ont fait part de leur quête d’une masculinité plus en accord avec leurs vraies sensibilités, dédouanée des injonctions de la société, et, puisqu’on parle de laboratoire, l’alchimie a vraiment opéré. Dans le public, une femme qui avait vécu les groupes de parole non mixtes des années 1970 a chaleureusement invité tous ces hommes à faire perdurer cette nouvelle réflexion autour de leur condition. J’ai senti que D’ était rassuré sur la véritable utilité de ce travail amorcé.
     
    Préparer la riposte
    D’ vient du groupe de rap Kabal, qui a tourné avec Assassin au milieu des années 1990. Il est né à Paris, mais s’est enraciné à Bobigny depuis quarante ans. Son pseudo, D’ – qui s’écrit D prime, mais se prononce D –, fait référence aux dés à six faces, illustrant son imprévisibilité artistique et ses multiples facettes. Mais D’ de Kabal, c’est surtout une voix. Quand il déclame, il prend un timbre guttural, un rien métallique, s’accordant à merveille avec ses textes au scalpel, dans lesquels il décrit la ghettoïsation des quartiers, ou condamne les maux d’une société à deux vitesses, sans jamais tomber dans la facilité vulgaire du rap mainstream. Au premier abord, le mec impose son physique, du genre massif. Mais la montagne est accidentée et, à l’image d’un volcan au bord de l’éruption, D’ partage à fleur de peau, à travers ses tatouages, les cris sourds de ses profondeurs.
    Quelques jours après la séance de débriefing, à Bobigny, nous sommes à une terrasse de café, porte de Pantin, près de la Cité de la musique, lieu symbolique où le 9.3 vient s’échouer dans un Paris périphérique et artistique pas encore trop gentrifié. On évoque rapidement l’actu de sa compagnie, Riposte, pour basculer sur la raison de notre rencontre : la question des rapports homme-femme sur lesquels il travaille et que j’aborde dans mes animations de prévention. La différence de traitement entre les filles et les garçons dans notre société est devenue une source d’inspiration dans le travail de D’ : « La question des inégalités s’est imposée dans ma sphère privée. Pourquoi c’est plus compliqué de laisser ma fille sortir le soir ? Pourquoi je la mettrais en garde sur sa sexualité, tandis qu’il y aurait une espèce d’injonction invisible qui ferait que je ne le ferais pas avec mon fils ? » Du coup, le slameur, en fin observateur de la vie de ses quatre enfants, a développé une sensibilité au féminisme plutôt rare dans le milieu.
    En 2015, il écrit et joue L’Homme-femme : les mécanismes invisibles, une pièce dans laquelle un homme, seul sur scène, s’interroge sur son identité. D’ de Kabal y décrit alors une forme d’intégrisme masculin, qui « autorise la prise indue de pouvoir, la domination, l’humiliation, la soumission de l’autre. L’intégriste masculin maquille cela en ce qu’il aime appeler “le rapport de forces”, conduit par son désir et uniquement le sien. » C’est sur ce texte très radical sur le genre, une sorte de King Kong Théorie inversé, qu’il débute son travail de déconstruction du mâle dominant. Sur scène, il exhume la part de « violence quasi muette, mécanisme invisible, et donc difficile à localiser, la partie immergée de cet immense bloc glacé que nous portons en nous et qui transit nos consciences ». Sur les planches, D’ passe du masculin au féminin, dans ses mots et avec son corps, sans artifices. « C’était intéressant de poser ça avec mon gabarit. Je me transforme en femme, de dos, simplement en détachant mes dreadlocks. Passer d’une posture d’homme à celle d’une femme m’oblige à aller chercher une autre sensibilité. »
     
    Les mécanismes invisibles
    Chez D’, il y a un fond de culpabilité qui transpire dans nos échanges. Parfois, on sent ses solides épaules s’affaisser sous le poids des violences faites aux femmes, comme s’il en partageait la responsabilité par le simple fait d’être assigné homme. Puis, en abordant le consentement au masculin, sujet totalement occulté par la société, D’ m’a ouvert les affres de son passé. L’abus sexuel subi à l’âge de 9 ans par une femme. Il lui a fallu quinze ans pour intégrer l’idée qu’il avait été violé dans son corps, son esprit. D’ poursuit : « Je suis un mec qui écrit, qui cogite, mais ça, c’était resté enterré profondément. Le truc m’a sauté en pleine gueule alors que j’allais être père. » Comme à beaucoup de garçons, on lui a enseigné à taire la douleur et à ne pas se présenter en victime. « Il y a quelque chose de très ancré dans le tissu sociétal, l’éducation, sur l’impossibilité de la plainte chez les mecs », souffle-t-il.
    Sur le sujet éminemment sensible du viol, D’ se livre sur la pointe des pieds. Pas question de faire le grand numéro des male tears 2, ces mecs qui réclament l’attendrissement des féministes, D’ refusant de « voler » une place de victime aux femmes. Ce sentiment l’amène à constamment faire valider son travail par sa compagne ou ses amies féministes, cautions indispensables. « Après la pièce, il s’est passé un truc absolument ouf, les filles ont débattu, mais les mecs se sont tus. » L’approche sensible des problématiques d’affectif, de relationnel et de sexualité, ça coupe la chique aux hommes, pas préparés à échanger sur le sujet.
    Pour répondre au silence des hommes, D’ a donc invité la parole. Mais pour que cela fonctionne, il fallait qu’elle soit accompagnée et protégée. Il avance son idée de laboratoire à ses potes. Ils sont cinq à être partants. La première rencontre dure deux heures trente. « Ça a été la claque de ma vie, résume D’. On a identifié un schéma dont personne ne parle : la part sensible cachée des mecs. » Il n’y a pas eu de round d’observation. Le groupe se confiant des choses très personnelles, un flot d’émotions les ­submerge. « Par contre, la deuxième séance a été ­difficile à caler. Comme le saut en parachute, c’est toujours la deuxième fois la plus difficile. »
    Brahim, 47 ans, un vieux pote de D’ à Bobigny, comédien et responsable d’un service d’animation pour seniors, est de ceux-là. Au téléphone, il me livre ses impressions : « Dans le labo, on s’aperçoit qu’on n’est plus seul et ça te file la patate. D’, physiquement, c’est un guerrier que tu as envie de suivre. Le poids de l’image du masculin dans cette société est tellement balèze qu’on ne peut pas en parler. Le labo m’a transformé. Avant, je contournais les sujets sensibles, je me cachais. » Brahim continue en expliquant que, dans sa famille, l’homme est « procréateur, taffe et ramène la thune ». En dehors de ça, « il pose son cul sur le fauteuil », et c’est sa femme qui fait le reste. Il poursuit : « Moi, j’étais programmé pour devenir ce genre d’homme, pour mettre ma femme à ma botte. Le labo m’a éclairé. Quand l’amour a frappé à ma porte, j’étais largué entre mon éducation et le poids du quartier. Dans mon environnement social, on n’était qu’entre couilles. Alors, tu joues le bonhomme. »
    Fort de la réussite du groupe test, D’ lance les inscriptions via sa page Facebook pour étoffer et multiplier les groupes. Le temps n’est pas au militantisme, mais les graines semées peuvent faire bouger les lignes, il en est persuadé. D’ailleurs, Fabien, comédien de 43 ans, joint lors du Festival d’Avignon, me dit mesurer déjà les premiers effets de la déconstruction sur ses relations aux autres. Il poursuit : « Quand j’étais gamin, je ne voulais pas faire de foot, mais de la marche athlétique, où le déhanchement génère des insultes homophobes. Si tu ne rentres pas dans les normes des autres garçons, on te féminise. » Ces fameuses normes du masculin ont obligé Fabien, enfant, à refuser de faire de la danse et à aduler John Wayne, icône machiste. Il le regrette aujourd’hui. « Dans le labo, on essaie de sortir du conditionnement des normes. Les mecs viennent de milieux totalement différents, mais ils ont une volonté commune de s’interroger. » La société conditionne l’homme à la violence. L’ADN commun des participants du laboratoire tient dans la volonté de faire voler en éclats cette idée reçue. Fabien, comme les autres, a envie de faire le tri entre ce qui vient réellement de lui et ce que la société lui impose. Il reprend : « Avant de rencontrer D’, j’avais entendu Despentes, qui reprochait aux mecs d’être vachement longs à prendre en charge ce qui les concernait. Elle citait le viol. C’est bien à nous de régler ce problème. Au laboratoire, grâce à D’, on est devenus des révolutionnaires de l’intime. » La question du désir masculin est récurrente dans les laboratoires. D’ le souligne : « 90% des mecs m’ont dit que ce n’est pas la pénétration qui les rend le plus ouf. Ils répondent à ce qu’on attend d’eux. On leur demande de prêter attention au consentement féminin alors qu’ils ne savent même pas l’identifier chez eux ! Régler les problèmes de violences, ça commence à cet endroit. »
     
    Le temps du manifeste
    Chez D’, toutes les luttes se télescopent et ses racines antillaises, noires, nourrissent de leur sève les bourgeons de son nouveau combat. « Tu as des gens qui se réfèrent à la créolité, à Césaire ou Glissant pour poser un socle sur lequel ils construisent leur identité noire. De la même manière, la pensée féministe doit nous servir aussi de fondation pour nous construire en tant qu’hommes. » En présentant le féminisme comme le socle référent pour construire la nouvelle masculinité, D’ raille ces « groupes virilistes, centrés uniquement sur leur petit pouvoir phallique, comme Soral ou les masculinistes, et qui redoutent leur émasculation sociale ». Comme nous constatons ensemble que les hommes sont sur un terrain vierge sur les questions du corps, de la sexualité, D’ se fait plus incisif : « Les féministes nous ont ouvert le chemin. Si elles n’avaient pas travaillé sur le désir, le consentement, on ne se serait jamais posé ces questions-là. On doit prendre le relais, si on veut une société plus égalitaire. On devrait se dire : c’est quoi, les cent questions fondamentales que les féministes se sont posées sur leur condition, et tenter d’y répondre à notre tour en tant que mecs ! »
    Autour de nous, la terrasse s’est remplie, mais D’, tout à sa révolution, continue : « Il faut que je te montre mon dernier clip. Ça s’appelle Cris sourds part 2. » Il sort son téléphone, me le tend avec les écouteurs. J’ai tout de suite pensé à une sorte de manifeste. Quand je le lui ai signifié, il s’est tu, puis m’a répondu : « Un manifeste… Putain, c’est ça. Il faut trouver des signataires. » Dans le clip, D’ interpelle la communauté des hommes qui, si elle se cloître dans ses fondements actuels, est vouée à disparaître.
    « Il y a une notion que nous sommes de plus en plus nombreux à désavouer : être un vrai homme ! / Au regard de ce que cela implique, être un vrai homme, nous n’en voulons pas. / Un vrai homme est un mensonge, un leurre, une foutaise… / Je ne veux pas être un vrai homme. Je veux être un homme véritable. »
    Quelque part en Seine-Saint-Denis, il y a une poignée d’hommes véritables qui ne demandent qu’à faire des petits. En tout bien tout honneur.
     
    1. Chanteur de soul américain des années 1970.
    2. Male tears, littéralement « larmes d’hommes », désigne les plaintes masculines qui accusent les féministes de misandrie et de suprématie féminine.

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  • Les putes prennent trop cher

     
     
    Photo © B. Bechet / Odessa / Picturetank
     
    Début juillet, le Syndicat du travail sexuel (Strass) reprenait un article du Parisien relatant des braquages de prostituées à leur domicile dans le Val-de-Marne. Sans surprise, dans les commentaires Facebook du média, les haters s’attachaient plus à déprécier l’activité de ces femmes qu’à éprouver de la compassion pour ce qu’elles avaient subi.
    Quand les jeunes que je rencontre évoquent le sujet, je dissocie toujours la prostitution subie, largement majoritaire, de celle choisie comme une véritable activité professionnelle. J’évite soigneusement le débat qui déchire la sphère féministe, entre abolitionnistes et réglementaristes, estimant qu’à 15-17 ans, c’est difficile d’en mesurer tous les enjeux. Et puis, en deux heures, j’ai d’autres priorités.
    Les ados sont généralement très surpris quand je fais référence à la notion de travailleur-se-s du sexe et à l’existence d’un syndicat comme le Strass. Pourtant, si tout le monde s’accorde à dire que c’est le plus vieux métier du monde, personne n’ose donner une légitimité et des droits à ces travailleur-se-s (retraite, assurance maladie, etc.). La sidération est de mise à l’évocation de la prostitution masculine. En effet, pour beaucoup, la prostitution ne concerne que les meufs et les travestis, ces derniers n’étant pas identifiés comme appartenant au masculin. Du coup, rien de tel pour mettre le feu dans une classe que d’évoquer les rapports homosexuels tarifés. L’incompréhension vire à l’acrimonie : « Un mec qui vend son cul à un autre mec, c’est le pire de l’humanité. » Comme il y en a toujours un pour rappeler qu’en prison, certains « ramassent le savon » pour cantiner, le débat finit invariablement sur des vannes de parloir.
    Quand je raconte que j’ai travaillé avec des travailleur-se-s du sexe, les sourires entendus sont de mises.
    « M’sieur, vous étiez mac ?
    - J’ai travaillé dans une association de lutte contre sida qui leur proposait un accompagnement social, des préservatifs, des adresses de centres de dépistage.
    - Mais c’est impossible de bosser avec des putes ?! Comme elles sont toujours habillées sexy, on doit avoir grave la trique et envie de se les faire, non ? Vous avez dû en profiter ! »
    J’ai souri en repensant à la fois où j’avais fait un beau lapsus en évoquant l’« accès aux seins » au lieu de « soins », en échangeant avec deux prostituées aux décolettés vertigineux. J’ai avoué avoir été parfois déstabilisé, mais j’ai insisté sur la distance indispensable aux bonnes relations professionnelles. « Est-ce qu’un médecin a des rapports sexuels avec toutes les patientes qu’il examine nues ? » lui ai-je répondu.
     
    Le regard déclassant du grand public sur les prostitué-e-s incite ces jeunes à minorer les violences subies. Après tout, le tabassage et le racket de putes sont parfaitement intégrés dans ce jeu très éducatif qu’est GTA * (Grand Theft Auto). Franchement, quand une société laisse ses enfants « jouer » à finir à coups de lattes une pute sur un trottoir de San Andreas [« ville fictive du jeu, ndlr], on peut s’interroger sur le niveau d’empathie général...
    À Nanterre, un lycéen avait tenu à m’initier : « Il y a un endroit dans GTA où tu te gares et tu laisses la pute venir. Si tu lui défonces bien sa mère, tu gagnes une seconde voiture… » J’ai regretté cette époque bénie où on dégommait de l’extraterrestre sur nos Space Invaders, même si c’était un rien alienophobe. D’autant que GTA a donné naissance à quantité de tutoriels sur le Web où les mecs donnent des techniques pour mieux « profiter » des joies du jeu en question. On y voit, entre autres, un avatar qui, après une fellation sans capote, sort de sa voiture, récupère une batte de base-ball dans son coffre, éclate la prostituée et reprend son fric.
    Les YouTubeurs justifient leurs scénarios en expliquant, avec une froideur de trader, qu’il convient de faire fructifier son capital après profit. Les commentaires qui vont avec sont tout aussi abjects.
    Sur un forum dédié à la nouveauté FPS (comme First Person Shooter, technique permettant de vivre les scènes du jeu vidéo à travers les yeux de son avatar), qui, paraît-il, « sublime les parties de jambes en l’air », j’ai pu lire : « Autant le jeu semble super, autant ce genre de scène me dégoûte. Peut-être parce que je suis une fille ? Mais je pense que c’est surtout le fait que la prostituée se fasse tuer à la fin. » Cette vision très « genrée » de la sensibilité face à un féminicide virtuel est bien réelle. Dans GTA, les prostituées sont exclusivement des femmes qui finissent toujours par se faire massacrer, et ça n’émeut que les filles. Du coup, dans la vie, la vraie, faut pas s’étonner que certains reproduisent le fait.
     
    Un mec, à Pantin, m’expliquait, hilare, que le trip de son frère, un client régulier, était de récupérer son fric après l’acte, parce que « les putes ne méritent pas leur argent ».
    « Tu devrais dire à ton frère que si le consentement, qui repose sur l’acte tarifé, n’est pas honoré, ça s’appelle du viol ! » lui ai-je rétorqué.
    En insinuant que le frangin adulé pouvait être un violeur, je me suis exposé à l’opprobre d’une partie du groupe. La majorité est restée silencieuse, n’osant prendre la défense de la prostitution devant les deux-trois mâles dominants. Entre la pute et le violeur, la classe était face à un manichéisme digne de Scarface : « Je ne suis pas une pute, je suis Tony Montana. »
    Plus tard, dans un foyer de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), le débat s’est radicalisé : « Avec la pute, je n’arrivais pas à cracher, alors je lui ai demandé de me rembourser ! Je l’ai défoncée. Au BDB [bois de Boulogne], on y va pour mater et se foutre de leur gueule. Si y en a une bonne, on se fait “pépon” [pomper] sans payer. » Beaucoup parlent de Boulogne comme d’un zoo à ciel ouvert où on vient reluquer une autre espèce en liberté. Ça justifie leurs safaris.
     
    Heureusement, dans la foulée, un autre témoignage a détendu l’atmosphère : un jeune, déposé au bois de Boulogne par son frère pour y être déniaisé, n’arrivait pas à bander à cause du froid. Du coup, il avait profité de la passe pour raconter sa vie à la prostituée ! « Mon frère était vénère d’avoir payé pour rien, mais moi, j’ai passé un bon moment à discuter en lui matant le boule. »
    Crise oblige, la prostitution semble aujourd’hui envisageable pour certains jeunes, mais pour que « ça passe crème », on prend soin de relooker le terme, de le saupoudrer de strass et de paillettes. L’escort a remplacé la pute. Sous cet anglicisme, la prostitution prend de la hauteur sociale, car « vendre son cul en Louboutin sur le Net, c’est plus classe que traîner sa race sur les Maréchaux », ai-je entendu en CAP coiffure, porte de la Chapelle. Certaines expriment qu’en cas de galère, elles ne renâcleraient pas à michtonner un chouia. Je leur rappelle qu’elles manquent peut-être de maturité pour s’exposer de la sorte.
     
    En juin dernier, les travailleuses du sexe ont eu accès à une mutuelle. « C’est un geste politique. Ça nous ancre dans la société, s’est réjouie Axelle, porte-parole du Strass. Alors qu’il y a de plus en plus de violence envers les travailleuses du sexe, il était nécessaire pour nous d’avoir un substitut de revenus en cas d’incapacité de travail. » Je doute que cette mutuelle fasse partie des options du prochain GTA.
     
    * GTA est un jeu vidéo

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  • J'avais écrit ce texte sur mon blog le 2 décembre 2009, au lendemain de la journée mondiale de lutte contre le sida et suite à des déclarations foireuses de P. Bergé contre le Téléthon. Comme on a tous dit et fait des conneries, c'est ma façon de rendre hommage à ce grand monsieur, tout en relançant le débat sur le pognon. (Avec en illustration, ce dessin très drôle de Luz dans Charlie qui je n'en doute pas une seconde, ne fera pas l'unanimité) :

    Tu t’es épanché sur l’épaule des journalistes comme un morveux jaloux de la taille du paquet cadeau du frangin sous le sapin. T’as dit tout haut ce qu’on chuchote dans les associations de lutte contre le sida en vérifiant que le téléphone est bien raccroché… C’est vrai, il ne nous reste que les miettes. Le Téléthon, question pognon, ça rime avec gros glouton. Mais t’as passé l’âge des concours de taille de bite sous la douche, Pierre…

    Chaque année, c’est la même chose, quand le gosse myopathe bave sur scène en gros plan, nous, on exige que les gamins séropos soient floutés, voire mosaïqués. Le séropo voicodé, filmé dans le brouillard, ce n'est pas vendeur, Pierre. On n’y arrive pas, Pierre, à faire pleurer dans les chaumières. Ça fait 30 ans que ça dure. Tous les réalisateurs te le diront, Pierre, la salive qui coule doucement le long du cou puis d’une épaule, c’est visuel. Par contre, un kaposi, c’est comme une chemise à pois, ça moire à l’écran.

    Pierre, t’as merdé… Car sur le terrain, nous, on doit répondre de tes conneries. Sache, Pierre, qu’au-delà du Marais, les gens aiment le Téléthon. Chaque année, ils courent, sautent, se déguisent, fabriquent des pizzas ou des paellas géantes, se mobilisent dès l’aube, ne dorment pas pendant 24 heures sans coke (et oui, Gérard, c’est possible), rivalisent d’ingéniosité pour avoir leur minute de gloire sur le petit écran…

    Tiens regarde, Pierre, ce que j’ai trouvé sur le site de l’AFM comme exemple de mobilisation : « Le fil jaune "De la maladie à la Guérison" Les associations étudiantes ont créé les plus grandes fresques possibles écrivant le mot « maladie » à l’aide de pin’s Téléthon. L'idée : faire disparaître le mot "maladie" en vendant les pin’s un à un. Le mot "guérison" qui se cachait sous les pin’s se découvrait alors. Ce fil jaune a été organisé entre autres à Toulouse, Reims, Vannes, Angers, Brest, Nîmes, Dijon, Paris, Montpellier, Poitiers, Valenciennes…

    T’as vu, Pierre, ils ne déroulent pas des capotes roses sur l’obélisque, eux. Ils pensent plus avec leur cerveau qu’avec leurs roustons les bénévoles du Téléthon, hein ? Même à Vannes, Pierre… Tu sais même pas où ça se situe sur la carte du Maroc, Vannes, hein ?

    T’as merdé, Pierre. Alors ils nous le font comprendre en un clin d’œil, les gens, avec des allusions à peine voilées: "c’est pas un pédé de la mode de Paris qui va nous apprendre à donner et surtout, à qui on doit donner". T’inquiète pas, Pierre, on leur dit aux gens que t’as soutenu un nombre incalculables de projets, d’associations, que t’as balancé un paquet de fric dans la lutte contre cette saloperie de virus, que t’as donné du temps, et pas qu’aux homosexuels parisiens… Nous, on sait ce qu’on te doit, Pierre.

    Mais le mal est fait, Pierre. Ils ne sont pas contents les gens. Et crois, moi, au prochain Sidaction, on va pleurer quand il faudra redistribuer la maigre obole récoltée.

     

    Dessin : couv de Charlie Hebdo réalisée par Luz


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  • Dans la dernière ligne droite avant les vacances « solaires », ma structure m’a envoyé causer pistil avec des apprenties fleuristes. Les imaginant un rien fleur bleue, je me voyais déjà exhaler de l’amour sous une pluie de pétales de roses parfumant nos échanges bienveillants. Pour le professionnel de la déconstruction de stéréotypes que j’essaye d’incarner, c’était se croire en vacances avant l’heure et oublier un des fondamentaux du job : rien n’est acquis, tout reste à faire. À la prof qui m’avait signalé que l’une des filles avait tendance à accaparer la parole, j’avais objecté par un « j’ai l’habitude, ça va le faire » un rien présomptueux.
    La fête du slip et du mojito battant son plein en période estivale, on a échangé sur l’alcoolisation festive qui peut brouiller nos émotions et nous emporter sur les pentes libidineuses du mélange des liquides. En écoutant nos délires à grand renfort de souvenirs, Bigard, en tongs au bar, aurait déclamé un « de la vodka aux chlamydias, il n’y a qu’un pas ! » qui aurait eu probablement son petit effet chez Hanouna.
    Mais une des filles a tenu à nous ramener aux principes de réalité en évoquant l’alcoolisme de son demi-frère : « Il boit beaucoup. C’est l’enfer. Il nous a déjà insultés, frappés. À la fête des Mères, il avait fait pleurer toute la famille. Il passe sans cesse de la violence aux câlins. Il a 27 ans et boit depuis ses 14 ans. Il change souvent de boulot, de copine… » Le silence qui a suivi avait des airs de gueule de bois que la fille, pressentie au dynamitage de l’animation, a brisé par un : « Ton frère c’est un ouf, moi je fume des bédos et je respecte ma mère.
    – Ta camarade a évoqué les changements d’humeur de son demi-frère. Penses-tu que le shit puisse avoir une influence sur la gestion de tes émotions ? lui ai-je demandé plus sérieusement.
    – Non, moi, je suis toujours énervée. C’est ma nature », m’a-t-elle rétorqué avec une pointe d’agressivité dont elle ne se départira pas.
    On est revenu aux fêtes, à la drague avec la langue et l’haleine chargées et aux risques de passage à l’acte désinhibé. L’énervée de service a pris la main pour ne plus la lâcher.
    « Il y a des filles qui se mettent dans la merde à aller faire les putes dans les soirées. Avec leurs jupes ras la moule, elles provoquent les mecs. Moi, je n’ai pas envie qu’on me tchipe dans la rue, donc je m’habille correct. Ces salopes, elles vont même chauffer les mecs en couple.
    – Le type en couple n’est pas capable de signifier qu’il n’est pas intéressé ? ai-je répondu.
    – C’est la meuf qui doit se tenir. Si je sors en jupe, tous mes potes et mon père vont me dire “tu fais quoi là ?” Les vêtements, c’est fait pour s’habiller, sinon on va chez les naturistes. Les meufs en jupe courte, pour moi elles sont à poil. C’est la honte de sortir comme ça.
    – Donc tu n’as pas le choix de ton look puisque tu es sous pression.
    – C’est vous qui traduisez. Je suis libre. Je ne le fais pas, c’est tout. Pour moi, une meuf qui sort en boîte en mini, elle a des chaleurs. Celle qui danse collé-serré, c’est normal qu’elle se fasse violer. C’est écrit sur sa jupe, il n’y a plus qu’à enlever la culotte…
    – Tu justifies le viol par la façon de s’habiller ? Dans une SlutWalk, une “marche des salopes” pour dénoncer les insultes, j’ai lu sur une banderole : “Mes vêtements ne sont pas un consentement.” Tu en penses quoi ?
    – Une meuf qui participe à une SlutWalk, c’est qu’elle se sent visée, donc qu’elle est une salope… Et si elles disent que leurs vêtements ne sont pas un consentement, c’est qu’elles ont conscience d’être provocantes… Elles aiment qu’on regarde leur cul et, en même temps, elles demandent aux mecs de rester loin, c’est n’importe quoi.
    – Tu pourrais être jalouse de la liberté de ces filles ?
    – Non. J’ai envie de les tarter, de les rhabiller. J’ai envie de leur dire : “Il est où ton jean ? Tu fais quoi, là ?” »
    Vu ce qu’elle glaviotait sur ses sœurs, je me suis dit que cette meuf, c’était le genre à s’envoyer du « café con bitché » tout l’été en terrasse. J’ai interrogé le groupe sur cette notion de liberté peu égalitaire suivant les foyers. Est-on en capacité à 16-17 ans de se dédouaner du poids des conventions ? Comme je suggérais que notre débatteuse en cheffe nous régurgitait un discours machiste prémâché pour elle par les hommes, elle m’a interpellé sur le terrain de l’intime : « Monsieur, imaginons. Votre fille sort avec un décolleté de ouf pour aller en soirée. Vous la laissez partir ? Vous ne vous inquiétez pas pour elle ?
    – Les deux ne sont pas incompatibles. Tu peux t’accorder de la liberté, tout en apprenant à te protéger car les mecs ne sont pas tous éduqués. C’est à eux de changer leur regard, d’apprendre à gérer leurs pulsions, et non à toi de t’habiller selon leur volonté. Dans l’absolu, le choix des vêtements devrait être esthétique, et non en fonction des risques potentiels. »
    Je leur ai proposé de travailler sur « La loterie de l’indécence », une illustration postée par La Sauvage jaune sur Twitter, après l’affaire du burkini. Cette internaute voulait démontrer que les femmes étaient jugées en permanence, qu’elles cachent leurs corps ou qu’elles le dévoilent. Une femme y est représentée coupée en deux, un côté vêtu d’un burkini et l’autre topless, légendés par les critiques usuelles. Avec l’été qui se profilait, le débat tombait à pic.
    « Les seins c’est comme le bas, c’est sexuel. Tu vas dans un truc naturiste si tu veux être à oilpé, a commenté la jeune fille.
    – On associe toujours la poitrine des femmes à la sexualité. La fonction primaire du sein est d’être nourricier », a immédiatement réagi la prof qui commençait à s’agacer. J’ai rajouté que les mecs, eux, ne se questionnaient pas vraiment en nous exposant leurs tétons aux premiers coups de chaud. Mais le vent de liberté balnéaire immortalisé par le Carlos Dolto « Tout nu et tout bronzé » des années 1970 n’a plus vraiment sa place sur les instas des vacances partagés aujourd’hui. Désormais, sur les forums ados, on fustige le robert libertaire. « Couvrez ce sein que je ne saurais voir » est la nouvelle tartufferie en string de la génération exhibition.
    « Monsieur, même chez nous, on ne se balade pas torse nu. Vous êtes d’accord, les filles ? La majorité a opiné.
    – Chaque famille a ses codes de pudeur. Vivre nu chez soi ne veut pas dire qu’on peut exporter ses codes ailleurs sans interroger les usages de ceux qu’on visite, ai-je rajouté.
    – Il y a des coins réservés pour faire la pute sur la plage. Alors pourquoi vous venez faire chier les autres avec vos seins ?
    – Le fond du débat, c’est pourquoi les filles sont jugées tout le temps sur leur apparence ?
    – Peut-être qu’on ne gueule pas assez ? »
    J’ai acté avec plaisir qu’elle commençait à s’interroger. On était arrivé au bout des deux heures et on ne s’était pas envoyé que des fleurs. Je la remerciai chaudement pour sa participation avant de me diriger vers une classe de paysagistes en herbe, fréquentée uniquement par des mecs. Ces futurs architectes de l’espace allaient, un jour, gérer le bon ordonnancement des massifs et des fleurs. On était bien dans l’ordre des choses.
    (kpote@causette.fr et sur Facebook)

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  • J'ai été alerté par certain.e.s d'entre vous sur l'initiative Pros-contre-educsex (http://pros-contre-educsex.strikingly.com/). J'ai jeté un œil à leur site et leur FB, puisqu'en ce moment, c'est très à la mode d'attaquer la prévention/éducation à la sexualité ! Vu la liste de signataires et le nombre de grosses pointures de la psychologie, on n'est pas chez les branquignols de MPT et forcément, ça interpelle. Sur tout ce qui concerne la petite enfance, je leur accorde du crédit, d'autant plus que ce n'est pas mon champs d'intervention. J'avoue, je n'ai pas épluché toutes les références du site mais deux de leurs propositions pour l'avenir m'ont quand même fait tousser.

    - Proposition 2 : "Arrêter totalement de parler de la théorie du genre". Mais "la théorie du genre", c'est vous qui en parlez. Pas nous. Cette fameuse et fumeuse "théorie du genre" est un pauvre épouvantail pour protéger les divines semences des familles tradis. Vous vous dites indépendants de la "Manif pour tous" mais vous utilisez la même rhétorique. Dans nos actions de prévention, nous travaillons plutôt sur les "stéréotypes de genre" et les normes sociétales qui influencent fortement nos vies affectives et sexuelles. Accompagner les jeunes dans la déconstruction de ces stéréotypes, c'est leur donner un bel espace de liberté et surtout d'égalité pour se réaliser pleinement. Oui, nous osons sortir de la binarité Hommes/Femmes, de l'hétéronormativité et ça bouscule pas mal de professionnels qui n'ont pas dépoussiéré leurs représentations depuis un bail.

    Dans sa vidéo, Maurice berger, pédopsychiatre émérite, nous dit "ce programme introduit la théorie du genre, c'est à dire l'idée selon laquelle, notre identité sexuelle, garçon ou fille, est une construction sociale qui n'est pas liée à notre sexe biologique. Donc comme notre identité sexuelle serait liée à notre manière d'élever les enfants, les filles jouent à la poupée et les garçons aux cow-boys, il faudrait sortir de ces modèles, les déconstruire avec pour objectif, je cite, qu'un enfant intègre la liberté de choix de ces modèles sexuels et ceci à la période même où il s'identifie à ses modèles familiaux, à son père ou à sa mère… Il s'agit donc d'une attaque des processus d'affiliation. L'enfant pourrait en quelque sorte choisir à quel sexe, il souhaite appartenir ".
    Non seulement, le grand spécialiste occulte les familles recomposées, monoparentales et homoparentales mais aussi il transforme la réalité : on n''invite pas l'enfant/ado à choisir son sexe mais on verbalise l'étendue des possibles, au-delà de son sexe d'assignation. Du coup, on visibilise les trans, on évoque les neutres, on redonne une identité sociale à de nombreux jeunes, grands oubliés des séances de prévention classiques.

    - Proposition 3 : "limiter l'information sur la sexualité à la prévention des risques, sur la base de données scientifiques"… Putain, mais vous déconnez complet ! On l'a fait dans les années 80, cette prévention hygiéniste en pleine urgence du sida et puis on s'est vite rendu compte des limites de la chose. La prise de risques est subordonnée à des tas d'autres facteurs comme l'état de la relation, le consentement et la légitimité à dire non, l'accès, l'observance et la négociation des moyens de protection, la prise de produit psychoactifs, le respect et l'attention qu'on porte à son/sa partenaire, la reconnaissance sociale de son genre (cis, trans ou que sais-je), son orientation sexuelle, la connaissance et l'acceptation de son corps malgré les normes imposées, sa sensibilité, son vécu, ses émotions, son environnement, son éducation… etc (Je balance en vrac, parce que vous m'avez énervé, là). Parler uniquement des risques en s'appuyant sur des chiffres, c'est juste complètement à côté de la plaque. Il faut travailler sur les représentations avant d'aborder les risques pratiques et en tant que psy, vous le savez bien, non ?

    Dans votre pétition, vous signalez : "Nous savons que la rencontre précoce de l’enfant avec la sexualité adulte ou conçue par des adultes peut être fortement traumatique et va à l’encontre du respect de son rythme affectif et cognitif, de sa croissance psychique, de sa maturation". On est d'accord sur ce point mais faut pas rêver, vos observations nient totalement l'émergence d'une nouvelle culture des relations, orchestrée par cette véritable révolution numérique que sont les réseaux sociaux et l'accès à internet aux très jeunes, qui semblent vous avoir échappée car loin de vos canaux d'infos du siècle dernier. Nous n'invitons pas à la sexualité, nous accompagnons le flux continu de cul gratuit qui inonde déjà leurs vies. "Pourquoi ne pas attendre que les enfants posent des questions sur la sexualité au moment où ils en ressentent le besoin ?" nous dit dans sa vidéo Maurice Berger. Je serai d'accord si nous n'étions pas à l'ère de la 4G et du numérique pour tous. Les enfants ne posent plus de questions, ils vont chercher les réponses au hasard des sites et auprès de YouTubeurs bien plus influents que leurs parents. Alors, plutôt que d'attaquer les programmes de prévention, mobilisez-vous contre ces multinationales du sexe qui spéculent sur la pornographie, cette industrie du clip qui cultivent tous les stéréotypes, ces talk-show qui banalisent le sexisme et l'homophobie… Ils sont là les vrais combats.

    La grande majorité des intervenant.e.s, professeur.e.s engagé.e.s sur cette thématique sont respectueux de la parole et du vécu des jeunes. Les programmes passent mais l'intelligence du terrain reste. Vous avez beau douter des animateurs que vous qualifiez d'"initiateurs/séducteurs", ils savent s'interroger sur leurs rôles même s'ils ne sont pas psychologues et diplômés. L'information est faite en toute bienveillance et croyez-moi les jeunes, dès le collège, ne nous ont pas attendu pour googliser "fellation", "gang bang", "règles", "taille du pénis" ou "clitoris" sur les beaux téléphones que leurs parents leur ont offerts à Noël. D'ailleurs ces parents qui témoignent sur votre site des traumas de leur progéniture causés par des séances de prévention, qui sont-ils ? quel est leur vécu ? leur propre rapport au corps, au sexe ?

    Et puis pour conclure, faites attention aux termes que vous choisissez, Maurice, parce que les réacs de tous poils commencent déjà à récupérer votre pétition et à la déformer, comme l'ont fait en leur temps les partisans de Farida Belghoul. On est sur un terrain plus que sensible, là. À moins que tout se passe comme vous le vouliez…

    Bien sûr si certain.e.s d'entre vous ont plus d'infos sur le sujet et ce fameux programme européen traumatisant à venir, je suis preneur.

    La guerre contre l'éducation sexuelle est déclarée


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