• Cette année, tous ceux qui œuvrent pour l’éducation à la santé, et plus particulièrement sur la thématique de la sexualité, ont été confrontés à la violence des culs serrés. D’ailleurs, la convention collective de l’animation devrait obliger les associations à nous verser une prime de risques pour tentative de mutualisation du plaisir en pleine période réactionnaire. J’ai le souvenir d’une ado me faisant, téléphone en main, le coup de l’intimidation à la sauce grand-frère, pour me remettre dans le divin chemin alors que je ne faisais que rappeler la possibilité de l’IVG en cas de grossesse non désirée. Si ça continue, on va construire des bûchers à la sortie des bahuts pour nous fumer comme de vulgaires jambons (ou saumons, selon les convictions). Mariage, adoption et PMA pour tous, loi sur la famille, ABCD de l’égalité : heureux les obscurantistes, car ils ont eu de multiples raisons de battre le pavé et nous fourguer leur grande morale familiale. Mais plutôt que d’aller au clash face à une vision de l’humanité que je ne partage pas, j’ai eu, en cette fin d’année scolaire, comme une envie de leur montrer les bienfaits d’une action qu’ils ignorent, de faire preuve de positivité. En fait, censeurs de tous bords, au lieu de nous pousser à la désertion, vous nous avez remotivés comme jamais.

     

    Le premier point d’achoppement et fort sujet de tension demeure le regard qu’on porte sur l’homosexualité. Eh bien, j’ai décidé de ne plus en parler. Ceux qui jubilent déjà, vous pouvez rallumer la télé. Certes,lancer de grands débats souvent stériles et teintés de propos violents pour lutter contre l’homophobie, je n’y crois plus. En revanche, dire systématiquement « avec ta copine ou ton copain » aux élèves, mais aussi à tous les enfants, et ceci, quel que soit le genre de l’interlocuteur, participe à faire de l’homosexualité une orientation sexuelle intégrée, acceptée et tout à fait naturelle dans une société très hétéro normée.D’ailleurs, après quelques regards surpris ou des rires gênés, les ados finissent tous par approuver et certains réutilisent la formule.
    Curieusement, ce sont des réflexions d’amis qui m’ont le plus estomaqué. À l’explication de cette technique d’animation, deux d’entre eux m’ont signifié que je donnais trop d’importance aux homos, qui ne représentent, somme toute, qu’une minorité. Non seulement je ne respectais donc pas les quotas, mais, pire, j’incitais les jeunes à exprimer une éventuelle sexualité contre nature ! Ils m’ont clairement notifié qu’ils ne souhaiteraient pas que leurs fils entendent un tel discours. J’ai trouvé, entre la poire et le fromage, qu’ils avaient mal vieilli et que ça méritait un sérieux lifting idéologique.

     

    Farida Belghoul et sa « journée de retrait de l’école » ont tenté de vous faire avaler qu’on jouait les pornographes en maternelles, avec un kamasutra estampillé Dolto sous le bras ! Du coup, les lycéens m’ont souvent questionné sur cette « ignominie » dénoncée par des parents inquiets, avertis par des SMS tombés du ciel. Merci,Farida, car en relançant le débat, tu m’as offert une magnifique porte d’entrée pour parler d’égalité et de respect entre filles et garçons. Rassure-toi, on aborde aussi les inquiétudes des parents, les changements de société et surtout ces fameuses limites posées qui ne demandent qu’à être repoussées à l’âge du carnaval hormonal. Derrière Farida, Ludovine et Frigide, aussi ringardes que les triplés de Nicole Lambert dans le Fig Madame, les parents se sont mis à sataniser l’étreinte des corps tout en s’offusquant des mots « vagin » et « pénis ». Mais ils ne savent même pas que leurs enfants, profitant de cette fameuse journée en retrait du bahut, s’érotisent sur Snapchat, se paient un petit lapdance sur Grand Theft Auto ou se cultive avec Booba (T’as aimé sucé, j’ai aimé Césaire). Plus que jamais, le fossé est en train de se creuser, mais les intervenants sociaux, eux, continuent de construire des ponts entre les générations, dans le respect de toutes les sensibilités.
    On n’a jamais autant parlé de religion et de virginité que depuis quelques années. Eh bien, ça ne m’effraie pas. Certes, on peut y voir un recul de société,mais le sujet est aussi une mine pour travailler. Aborder la virginité, c’est parler de l’hymen, du corps des femmes, du sexe féminin, du clitoris et de la masturbation, de la lutte entre désirs et limites. Pour certaines filles, c’est une véritable libération d’entendre que leur corps n’est pas sale, qu’elles peuvent l’explorer, en jouir. J’insiste aussi sur la notion de choix, dans un monde qui n’accorde pas toujours ce droit. Des filles qui acceptaient en silence finissent par s’insurger du sexisme de rue, de l’utilisation mercantile de leurs corps ou de cette abstinence qui leur est imposée, sans être expliquée. J’assiste parfois à l’émergence d’un néo-féminisme, émouvant dans ses balbutiements, mais tellement motivant pour l’avenir.
    Je ne convaincs personne et je n’invite pas à la partouze générale. Je ne fais qu’informer, accompagner ces désirs humains que beaucoup d’adultes font semblant d’avoir oublié. À force d’interdire, les censeurs ont inventé l’« adovapeur », dans lequel des ados bien marinés dans leurs pulsions et désirs finissent par exploser à la gueule de leur famille. Mais pas d’inquiétude, on sera toujours là pour vous aider à recoller les morceaux.


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  • Au sujet de la polémique sur l'article "Une liaison particulière" du dernier Causette…

    Depuis 1 an et grâce à la rédaction de Causette, j'ai la chance de chroniquer mes animations de prévention auprès des adolescents. Forcément dans mon quotidien, je passe beaucoup de temps sur les notions de consentement et plus particulièrement sur ce moment où la loi estime qu'on est en age de mesurer tout ce qui se joue lors d'un rapport sexuel (pas simple). J'insiste sur la notion de rapport d'autorité, surtout dans ces centres d'apprentis où les jeunes découvrent parfois un patron (ou une patronne) trop entreprenant(e) et n'osent pas en parler.
    Bien entendu, en tant qu'adulte ayant une forte responsabilité ( j'aborde le sujet très sensible de la sexualité), je fais très attention à opter pour la bonne distance avec eux. Pour moi, c'est autant une question de valeurs humaines et d'éthique professionnelle que de respect du cadre législatif. J'ai déjà été déstabilisé par des attitudes et des demandes très provocantes mais pas question, évidemment, de passage à l'acte. C'est la règle n°1 quand on travaille avec les adolescents. Pour autant, j'éviterai de me positionner en juge, ce serait présomptueux de ma part. La justice existe pour instruire une affaire, avec un regard dépassionné.
    Concernant l'article de Causette, on peut penser qu'il est maladroit, qu'il laisse place à diverses interprétations, qu'il ne respecte pas les victimes, qu'il semble soutenir un peu trop cette professeure qui a dépassé les limites, qui semble coupable d'atteintes sexuelles sur mineure (n'oublions pas la présomption d'innocence). Certes. D'ailleurs, certain(e)s d'entre vous ont émis des critiques justifiées et ont déclenché des débats intelligents. Mais il y a aussi celles (ceux) qui ont toujours besoin de réveiller la bête immonde.
    NON, Causette n'est pas un magazine qui fait l'apologie de la pédophilie. Les #pedocausette et autres #raciste qui agitent les twitos sont hors sujet, dangereux et inutiles. D'ailleurs, surenchère oblige, je ne serai pas surpris de lire bientôt #antisémite, puis #antichtis et pourquoi pas #niquelamémoiredepierremauroy puisque tout cela s'est passé à Lille…
    Quand je lis ce que les adultes sont capables de balancer sur le net pour faire la promo d'un blog ou du buzz sur Twitter, je ne me fais guère d'illusion sur l'impact de notre travail auprès des ados sur les dangers de la toile… Flippant.


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  • Le foot, dans les quartiers plus qu'ailleurs, c’est le dogme qui rassemble tous les mecs, qu’ils soient circoncis ou pas. Du coup, ils idolâtrent, respectent, pastichent et surtout rêvent de peser, un jour, aussi lourd que les couilles en or du ballon rond.

    Quel rapport avec la sexualité et mes animations aux lycées, me diriez-vous ?

    Les footeux sont jeunes, riches, célèbres et intraveinés à la testostérone. Du coup, niveau cul, c’est souvent du lourd. J’ai dû entendre l’histoire de Zahia, Ribéry et Benzéma, les Jules et Jim des abonnés du CFC sur Canal, jusqu’à l’overdose. Le fait qu’on parle d’une prostituée mineure n’a jamais gêné personne, le buzz et le pognon étant les deux mamelles de cette nouvelle génération.

    Il y a eu récemment l’affaire Evra : dans les colonnes du Sun, Carla Howe, une playmate anglaise aux nichons gonflés, confiait, dans les détails, que le révolté du bus, marié et père d'un enfant de six ans, aurait dépensé 25 000 euros au cours d'une soirée en boîte de nuit rien qu'en tequila et en champagne. Elle signale aussi, que cet Harpagon en crampons lui aurait laissé seulement 200 euros après avoir eu des rapports sexuels avec elle. Evra, ayant probablement laissé beaucoup de jus dans l’affaire, la France a perdu son match contre l’Allemagne 3 jours après… Je passe toutes les histoires sordides de viols ou suspicions d'agressions sexuelles qui ont concernées Brandao, Gomis et bien d'autres.

    Et puis hier, j'ai découvert l’affaire M’Vila. Le parquet de Paris a en effet ouvert une enquête préliminaire pour sollicitation de prostituée mineure et le nom de l’international français y est cité…

    Je sens que je vais passer encore des heures à débattre sur l'impunité dont jouissent les VIP, les histoires d'escort qui rendent plus glamour la prostitution aux yeux des jeunes et probablement le retour de l'affaire DSK.

    Il ne manquerait plus qu'on découvre qu'Anelka et Booba ont fait tourné la Fouine dans les caves de Trappes…


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  • Ce matin, quelque part entre le 91 et Miami :

    - Tu sais ce que j'ai trouvé sur internet… Le casier de Booba. Truc de ouf : le keum, il a braqué un taxi, violé une mineure…
    - Viol sur mineure ? Arrêtes. Tu sais combien ça coûte ça ? 20 ans au minimum. Alors Booba, il a pas pu faire ça. Il serait pas là.
    - Attends, tu crois quoi ? C'est pour ça qu'il vit aux States…

    C'est fou quand même toutes ces histoires de types qui ne veulent pas payer et qui se tirent à l'étranger… Ce n'est plus une fuite des cerveaux mais une véritable hémorragie rachidienne…


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  • Je ne suis pas certain de partager vos dithyrambes concernant Polisse. Du coup, je ne suis pas certain d’aller le visionner… Peut-être parce que la protection des mineurs, on est dedans toute l’année mais aussi surtout parce que je crains de faire un léger nervous breakdown et j’ai d’excellentes raisons de le craindre…

    Il y a quelques mois, j’ai éprouvé le besoin de rencontrer des mecs de la brigade des mineurs en chair, en os et en tripes, histoire d’obtenir quelques contacts nominatifs et directs, utiles en cas d’urgence, de révélations de violences sexuelles et autres histoires sordides nécessitant l’intervention de la police. Le rendez-vous a été fixé dans un restaurant parisien grâce à une de mes connaissances chez les bleus (Ne cherchez pas, ce n’est pas Ribéry).

    Le type était de premier abord sympathique, le look civil Quéchua-l’air-de-rien commun au keuf qui veulent se fondre dans la masse. Toutefois il semblait un rien fatigué, voire désabusé par de sombres histoires de hiérarchie. Du classique. Rien du commissaire poudreux à l’indic nasal ou du pandore bling-bling, laissant son ADN sur les moquettes du Carlton. On a commandé, pris un coup de rouge et je lui ai parlé de mon job de prévention, des révélations faites par les unes et les uns, de mes attentes le concernant. Il m’a écouté tout en taillant sa bavette, et puis, ce responsable d’un service de la brigade des mineurs me dit, en souriant, que quand même, toutes ses filles, qui viennent les voir juste parce qu’on leur a peloté un peu les seins alors qu’elles arborent un décolleté aguicheur, et bien ses filles, elles exagèrent un peu… Limite si je n’ai pas droit au petit clin d’œil, genre « on s’est compris » entre mecs qui en ont, sous la douche du gymnase. Et oui, ils ont d’autres chats à fouetter les défenseurs de l’orphelin : il y a du vrai homicide à se mettre sous la dent alors les petites histoires de viols de l’intimité de ces gamines qui le cherchent bien… Comme les baqueux ou le GIGN, le type marche au gros shoot d’adrénaline pimentée de testostérone. Il tance un peu ces filles qui font des fellations pour un oui ou un non et qui viennent se plaindre (Il paraît que dans le film justement, une fille raconte à des flics qu’elle doit faire des fellations pour récupérer son portable et ça les fait bien marrer). J’entends souvent ce genre d’histoire où sucer une bite devient une monnaie d’échange ou répond à un chantage affectif bien huilé, bien orchestré. Et la réponse masculine est souvent la même : elles n’avaient qu’à dire non si elles n’étaient pas si consentantes que ça… DSK pourrait revenir à l’Intérieur sans souci.

    Mais la cerise sur le gâteau, c’est quand on aborde le volet des collègues féminines de la brigade : il y a en vrac, la salope qui allume dans les vestiaires, celle qui cherche les coups de bite et qui se plaint qu’on la traite comme une vulgaire pute, la gonzesse qui veut jouer au mec…etc. Je laisse tomber le dessert et demande l’addition, prétextant un RDV. Le type me filera son numéro de portable…que j’ai balancé dans une poubelle, dix mètres après la sortie du restaurant. Je suis reparti non pas indigné, mais passablement dégoûté.

    On peut se dire qu’après tout, ces héros du quotidien sont comme tout le monde, avec leurs grandes actions au service de l’humanité et leur part d’ombre commune à tout être humain. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est que nous étions dans un RDV professionnel, entre acteur de prévention et là, le discours tenu était inacceptable. Nous n’étions pas en train de disgresser au troquet pour masquer un peu la saleté de cette putain de vie et tenter de se sauver en s’essayant au cynisme houblonné. Des conneries, on en dit tous, pour prendre de la distance quand la réalité est trop lourde à digérer mais dans le cadre du boulot, on s’abstient. Il est grand temps de créer des postes de psychologues dans ces services de police, certes pour accueillir les victimes mais surtout pour faire un suivi des flics.


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