• « Allo ? Pourrais-je parler à Typhanie ? – Vous êtes qui ? – Un ami. – Elle est morte l’année dernière… » Le type me raccroche au nez et la tonalité me joue l’encéphalogramme plat. Mon cœur, lui, frise la tachycardie.

    Typhanie, c’était son nom de scène, un pseudo à paillettes, juste pour les vitrines des peep-shows des Halles à Pigalle. Typhanie est morte du sida. Comme plus de 30 millions d’autres. Mais elle, je l’avais « accompagnée », comme on dit dans le jargon associatif. J’avais été son « volontaire » pendant près de quinze ans, notre rencontre datant d’avril 1993.

    La lutte contre le sida privilégiait le terme de « volontaire » à celui de « bénévole ». Aux côtés de Typhanie, ce mot prenait tout son sens. Au téléphone, le psy de l’association s’était fendu d’une présentation lapidaire. Le nombre de ­personnes concernées n’ayant de cesse d’augmenter, l’urgence l’empêchait de faire dans la dentelle. Il m’a balancé une bio express, celle d’une jeune mère ayant perdu la garde de ses enfants, séropositive au VIH et qui avait besoin d’une aide ­financière. Il l’avait trouvée fatiguée et surtout très isolée. Logiquement, il lui a proposé le soutien d’un ou d’une v­olontaire. « OK, mais pas une gonzesse, lui a-t-elle rétorqué. Je n’ai pas envie de boire le thé avec une bonne femme qui chiale sur ma maladie… Et pour le fric ? » Avec de la thune pour la came et un bénévole pour l’âme, ce jour-là, Typhanie avait tiré le gros lot.

    J’ai mis du temps à la contacter. Rentrer dans la vie des autres, ce n’est pas comme au cinéma, surtout avec le sida en toile de fond. Elle habitait à deux pas du Père-Lachaise, à quelques poussières du Jardin du souvenir, où nous avions dispersé des tas de vies fauchées.

    J’ai dû fixer une bonne dizaine de minutes son nom sur l’interphone avant d’appuyer : « Bouge pas, j’arrive ! » Une tornade blonde, avec un blouson à franges et des santiags blanches, a déboulé dans l’escalier et m’a ouvert. Sans vraiment me regarder, elle m’a lâché : « Mes enfants sont là. Tu écrases sur le sida. Ils ne sont pas au courant. – Si tu veux, on reporte. – Non, c’est trop tard. »

    Physiquement, elle flirtait avec la cachexie. Mais malgré son apparente fragilité, Typhanie aurait pu gagner le Vendée Globe les doigts (et la poudre) dans le nez, tant je l’ai vu tanguer sans jamais chuter. Elle a pris les escaliers, sûrement pour éviter une intimité prématurée dans l’ascenseur. Ses enfants, un garçon de 8 ans et une fille de 6 ans, étaient vautrés devant la télé. Elle m’a présenté comme un pote de passage. Elle m’a proposé un café, tout en m’indiquant la cuisine, seule pièce indépendante de son studio. Elle a fermé la porte et je lui ai laissé la lourde tâche d’amorcer la discussion. Le café m’a perforé l’estomac. Pour doser les produits, Typhanie avait la main lourde. Puis, elle m’a dégueulé sa vie, sans une virgule : son enfance, marquée par les violences sexuelles de son père – sa mère qui avait quitté très tôt le domicile – la rencontre avec le père de ses enfants – l’abandon du domicile conjugal pour un road-movie sous héro – l’incarcération de son nouveau compagnon – la découverte de leur séropositivité – la mort en prison de son amant – la garde perdue de ses gosses – la prostitution et les strip-teases… Elle semblait vidée, mais apaisée.

    J’ai débuté le récit de son existence debout contre le frigo, puis je me suis laissé glisser doucement comme un magnet qui aurait perdu son aimantation au fil des infortunes de Typhanie. J’ai fini allongé par terre, assommé aux faits divers. Elle parlait fort, s’adressant indirectement à ses enfants derrière la porte, verbalisant les causes de son mal-être, espérant sûrement leur absolution.

    Avec elle, j’ai tout de suite senti que je serais plus accompagnant que militant. Plus tango que rock’n’roll. On s’est revu, deux à quatre fois par mois pendant dix ans, puis un peu moins sur les dernières années, ma vie privée ayant pris le pas sur ma disponibilité. Avec Typhanie, j’ai connu les appels au secours en pleine nuit rue Saint-Denis, les rendez-vous dans les troquets de Pigalle où ses sœurs d’effeuillage me confiaient leurs inquiétudes après des petits suppléments non protégés accordés aux derniers clients, les mains qui se serrent fort dans une chambre d’hôpital et les sorties miraculeuses qu’on fêtait au champagne, les longues discussions sur la mort qui rôdait et, surtout, la paperasse interminable pour la reconnaissance de son handicap. Entre les macs, les ex, les clients et le reste, elle me disait souvent que j’étais le seul mec avec qui elle était « cul et chemise, sans avoir eu à enlever sa chemise et montrer son cul ». Elle avait le chic pour te faire marrer et pleurer en instantané. Typhanie refusait de se soigner. Elle jurait que l’AZT et la première génération d’antirétroviraux avaient tué tous ses amis. Alors elle résistait pour porter leur mémoire vers l’éternité. L’autorisation de mise sur le marché des trithérapies en 1996 n’avait en rien changé son point de vue : « Les médocs, c’est de la merde. Les malades sont des souris au service des labos et du fric. » Sa trithérapie prenait la poussière sur l’étagère de ses toilettes et elle se soignait au cannabis, trop coupé pour être vraiment thérapeutique. Personnellement, j’ai toujours pensé que, comme beaucoup de tox, elle entretenait un rapport ambigu avec la médecine. Dans son esprit, les médicaments existaient pour alimenter la défonce plutôt que les soins.

    Typhanie n’a jamais digéré sa contamination. Elle ruminait la faute qui incombait aux autres. Et dans les moments où ses lymphocytes T4 subissaient une offensive du VIH, elle nous présentait l’addition. Je l’ai vue menacer un huissier de se couper pour le contaminer, insulter des centaines de fois les parents de son ex au téléphone et cracher sur des pompiers qui voulaient la faire hospitaliser. J’ai même, un jour, sauvé ma tête en évitant miraculeusement un fer à repasser qui a explosé la baie vitrée. Mais comment lui en vouloir quand on avait compris que par notre simple présence à ses côtés, nous incarnions cette saloperie de virus qui échappait à son contrôle et lui bouffait la vie. Petit à petit, le sida gagnait des cellules et du terrain. Elle était tout le temps crevée, contractait des zonas à répétition, s’amaigrissait sans cesse. Les tenanciers de peep-show l’ostracisaient, car pour l’amateur de branlette, la maigreur ne fait pas recette. Alors, on allait gratter dans les assos de quoi bouffer, et elle finissait toujours par tout envoyer balader. Je passais mon temps à excuser ses coups de gueule pour avoir des compléments alimentaires ou des repas à domicile. J’avais fini par croire qu’elle ferait éternellement partie de ces fameux survivors, résistants au pire. J’avais fini par m’habituer à la voir niquer la mort, tout en tanguant sur les trottoirs de Paname. J’avais fini par moins l’appeler. Jusqu’à ce dernier coup de fil qui m’a appris son décès. Le 1er décembre, journée mondiale de la lutte contre le sida, j’allumerai une bougie, une lumière contre l’oubli.


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  • Je devrais supprimer l’alerte « violence + adolescent » sur mon smartphone… Après le féminicide du lycée de Gleizé, dans le Rhône, à la rentrée, et en lisant un article sur une énième agression de fille tabassée par jalousie, j’ai eu la sale impression qu’on n’allait jamais y arriver. « You talkin’ to me », aurais-je pu hurler devant mon miroir pour m’entraîner à détecter les prémices de la haine, les signes d’un éventuel ­passage à l’acte. Mais je suis acteur de prévention, pas taxi driver. Comment se construit-on en tant que mec ? Quelle éducation, quel gène nous confèrent cette posture de dominant qui installe nombre d’entre nous dans la violence ? Curieusement, si les filles sont scannées et jugées dès qu’elles bougent un poil de cul, les mecs, eux, poursuivent leur bonhomme de chemin sans jamais vraiment se remettre en cause ou répondre de leurs actes, si ce n’est devant la justice.
    Dans nos animations, il n’est pas rare que des garçons prennent le parti de l’agresseur, voire excusent son geste, dans un mélange d’instinct grégaire et de solidarité de couilles. Le service trois-pièces qui compose notre entrejambe justifierait même qu’on défende l’horreur, comme je l’ai vécu, en 2002, dans un lycée de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), juste après le meurtre de Sohane, brûlée vive par vengeance amoureuse ! Passé le temps de la posture, on est en droit de s’interroger sur le jusqu’au-boutisme de certains. Leur façon de s’arc-bouter sur des acquis patriarcaux et violents trouve probablement sa source, exacerbée à l’adolescence, dans la volonté de ne pas perdre la face devant les pairs.
    En général, quand on aborde la problématique des violences dans le couple, la victime est d’abord suspectée de tous les maux. Ce moment délicat à encaisser va servir d’exutoire aux fantasmes les plus tordus et je pense qu’il est – malheureusement – nécessaire. À nous, ensuite, d’accompagner la descente de fiel, comme on le fait après une prise de mauvais speed. Certains enfument tous les énervés de la virilité avec de l’humanité bon marché en remplaçant la victime par la sœur, la mère, la fille. Mais je suis persuadé qu’en limitant l’empathie à la famille, on ne construit pas une société, on s’enferme dans le petit respect de proximité.
    La force, le pouvoir, l’absence de sentiments sont autant de valeurs imposées dans l’apprentissage de la socialisation pour les mecs. Nombreux sont ceux qui sont dépassés par ce rôle qu’on leur octroie. Alors, ils en rajoutent, au risque d’aller beaucoup trop loin, pour ne pas être taxés de « fragiles ». S’ils pleurent, c’est petits, dévastés par la mort du père dans Le Roi Lion, mais par la suite, ils se doivent d’être de vrais bonshommes qui maîtrisent leurs émotions devant la charge des gnous. Les mecs, c’est seulement au cimetière et bien planqués derrière leurs mouchoirs qu’ils ont le droit de renifler. Sûrement pas dans les jupes de leur meuf.
    Généralement, les jeunes expliquent la violence par la jalousie. Cette dernière serait la plus belle preuve d’amour qu’on puisse offrir à l’autre. Du coup, ils sont souvent indulgents avec l’homicide par amour, parce qu’il est magnifié comme acte ultime du romantisme. Mais c’est bien de leur rappeler que la vie n’est pas une websérie. Sohane et tant d’autres sont bel et bien mortes, parce qu’elles faisaient « trop les meufs », ne respectant pas leurs maîtres.
    Être jaloux-se, c’est posséder l’autre, ne pas supporter qu’il-elle vive autre chose en dehors du couple. J’avais lu quelque part que, derrière cette volonté d’emprise, se cachait un vrai état de dépendance affective. Mais cette explication relève plus de la psychothérapie que de la séance de prévention en classe. Plutôt que de jalousie, je préfère parler de contrôle abusif. Les garçons vont surveiller les sorties et les vêtements de leur copine et les filles contrôlent le relationnel de leur mec en fouillant sur les réseaux sociaux. Pour brouiller les pistes, certain-e-s multiplient les comptes avec des pseudos différents ou collectionnent les téléphones.
    Mais si le contrôle n’est pas genré, le passage à l’acte, lui, l’est. Il y a, en effet, beaucoup plus de femmes que d’hommes assassinés par leur compagnon ou compagne. Apprendre à repérer les signes de violence liés à la volonté de contrôler l’autre est une étape importante de la prévention des risques. Pour ce faire, on élabore ensemble des scénarios (2) où le partenaire passe des mots doux aux exigences, des remarques aux conseils appuyés, puis aux ordres. On martèle qu’il est vital, dans un couple, de dire ce que l’on pense, de conserver ses propres activités, de pouvoir parler aux personnes de son choix sans avoir de compte à rendre. La personne qui subit du contrôle dans sa relation amoureuse doute d’elle-même, hésite à prendre des décisions, s’isole, perd des ami-e-s, voit la tristesse et la peur s’installer. Mais, par « amour », certain-e-s se disent prêt-e-s à tout accepter.
    Récemment, des garçons d’un lycée pro racontaient qu’ils obligeaient leur copine à donner leur téléphone et leur code pour vérifier leurs textos. Eux acceptaient de le faire aussi, mais auparavant, ils avaient soigneusement effacé tout ce qui pouvait se révéler tendancieux. Curieusement, ils n’imaginaient même pas que leur copine ait pu avoir la présence d’esprit de le faire aussi ! Les filles auraient donc un cerveau ?
    Au lycée, aborder la confiance avec des couples vieux de trois semaines, c’est comme demander à un élève de sixième de préparer le bac. D’autant plus que celle-ci, si elle existe, est tellement ténue qu’elle ne résiste pas une seconde aux insinuations des cours de récré : « Hé, j’ai vu ta copine qui se la donnait, avec X ou Y », « Ton mec, il chauffe grave sur Insta ». Suite à ces révélations des trolls de la relation, les réactions agressives et violentes révèlent surtout le manque de confiance qu’on a en soi ! Mais travailler sur l’estime de soi, c’est dur à encaisser pour les ados. Pour apaiser les relations, je les invite à lister ce qui les énerve le plus chez l’autre et à trouver des solutions positives pour les deux.
    « Je ne supporte pas que ma copine aille en soirée sans moi. Je pourrais envoyer un pote la surveiller pour éviter de m’énerver !
    – Organise-toi plutôt une soirée avec des potes. Tu évites la frustration de celui qui attend. Quand tu poireautes, tu fantasmes et au lieu de partager tes inquiétudes, tu renvoies de l’agressivité. Dis-lui qu’elle t’a manqué.
    – Franchement, monsieur, vous en voyez beaucoup des mecs qui disent ça ? »
    Ce lycéen n’avait pas totalement tort. En effet, la vie n’est pas une fable où le vilain crapaud jaloux se transforme, d’un coup de soirée magique, en gentil canard attentionné. Mais pour garder espoir, osons la métaphore fruitière : en amour, rien ne sert de se pourrir, c’est le temps qui nous fait mûrir.
     
    1. Extrait de Jalousie (1984), des Rita Mitsouko. « La jalousie te crèvera le cœur / Tu attends, tu guettes / Tu épies, tu pleures / À ta merci / Tu voudrais voir / Cette femme cette pute / Cette salope qui traîne. »
    2. Les programmes québécois Passaj et Viraj en PDF sur le Net offrent de vrais outils d’animation sur cette thématique.

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  • Ma rencontre avec Zahrah, jeune trans de 17 ans, relatée dans Causette cet été, m’a conforté dans l’idée que la question LGBT+ devait être systématiquement abordée dans les animations de prévention. C’est bien de le dire, mais c’est plus compliqué à faire ! Évoquer avec les adolescents la transidentité et les minorités que la société s’ingénue à « invisibiliser », c’est être en capacité de surfer sur un tsunami de représentations ultra stéréotypées sans se noyer dans des débats stériles. D’autant plus que depuis quelques années, pour être le plus inclusif possible, on est passé de LGBT à LGBTQIAAP+ * et qu’à part quelques initiés qui fouillent le Net, les ados ont du mal à intégrer cet acronyme à rallonge qui, pourtant, leur ferait gagner « grave » des points s’ils jouaient au ­Scrabble plutôt qu’à la PS4. À ceux qui se demandent si on n’ouvre pas trop de tiroirs dans le genre, je dirai qu’il n’est plus question d’invalider des vécus qui attendent beaucoup de ce temps d’information pour se sentir enfin exister.
    « Monsieur, si on permet tout, c’est la fin du monde », entends-je souvent. Pour beaucoup, sortir de la binarité homme-femme et de l’hétéronormativité, c’est aussi flippant que de traverser un groupe de rôdeurs dans The Walking Dead. Un homme, une femme, des enfants… c’est le gentil cocon qui fait rêver. Tout ce qui sort de ce moule concourrait à la perte de l’humanité. Du coup, pour sauver leurs fesses et éviter la contagion, beaucoup poussent le conformisme jusqu’à souhaiter l’élimination de tout ce qui ne n’est pas hétéro. Forcément, ils sont nombreux à dissimuler leurs différences, à ne pas laisser transpirer leurs sentiments dits « anormaux » au grand jour. Le minimum syndical de la prévention, c’est de signifier que les identités sexuelles et sentimentales sont légion et que l’essentiel est de vivre en accord avec son ressenti, ses désirs. « C’est bien joli votre phrase, monsieur, mais si mon père apprend que je suis G, B, T ou I, il me fait bouffer le dico par le cul », m’avait fait remarquer avec humour un redoublant qui n’avait pas sa langue dans la poche.
    Le jour où j’ai évoqué la greysexualité et l’asexualité (le fait de ressentir respectivement peu ou pas de désir sexuel, pour faire court), des filles sont montées au créneau :
    « Greysexuelle ? Comme dans 50 Nuances de Grey ? Mais, monsieur, ça baise à mort dans ce film…
    – Non, la greysexualité n’a rien à voir. On peut prendre du plaisir à se serrer dans les bras, se caresser, mais ne pas éprouver l’envie d’un rapport sexuel.
    – Ouais, ben, allez dire ça aux mecs… Les greysexuels, c’est une espèce totalement disparue au jour d’aujourd’hui…
    – Monsieur, on le connaît votre truc de mytho. Faire croire qu’on ne veut pas baiser pour mieux nous attirer, c’est un classique ! »
    Histoire de ne pas « mythoner » trop longtemps, je leur ai donné le lien pour un lexique LGBT+. Lien qu’elles n’ont pas noté.
    « Eh, monsieur, les mecs du BDB [comprendre Bois de Boulogne, ndlr] qui sont déguisés en femmes, avec une bite sous la jupe, c’est chelou, non ? » À mi-chemin entre la légende urbaine et les docus à sensation, les ados ont la certitude que derrière chaque arbre du bois se cache un fameux trans brésilien. Derrière les blagues ­scabreuses, on devine l’inquiétude des garçons qui craignent d’être abusés en tombant amoureux d’un mec transformé, ce qui révélerait une homosexualité refoulée… Le transgenre est l’un des sujets les plus compliqués à aborder. Expliquer qu’un individu peut avoir une identité de genre ou sexuelle non conforme à son sexe de naissance, non en adéquation avec ce qu’il ressent, ça dépasse leur entendement. Pour beaucoup, le sujet relève de la psychiatrie. Dieu n’aurait jamais pu créer de telles créatures et certains y voient là la perversité des manipulations génétiques humaines dans un monde qui ne se respecte plus.
    C’est primordial de leur rappeler qu’un(e) trans ne se « déguise » pas comme on va à mardi gras. Je différencie bien transgenre et travesti, le/la deuxième éprouvant le besoin de porter, de manière ponctuelle, des vêtements attribués généralement à l’autre sexe. Le problème, c’est qu’avec le succès planétaire de Conchita Wurst, beaucoup se mélangent les pinceaux et les clitos. Sauf que Conchita n’est pas un trans mais une drag-queen ! La drag-queen interprète le temps d’une performance quand la personne transgenre essaie de vivre sa vie… C’est iel d’ailleurs, qui le dit. Iel, vous dites ? Les pronoms personnels de genre neutre n’étant pas encore au programme de français, un jeune m’avait questionné : « Vous inventez des mots qui vous arrangent sans respecter la langue. Vous vous prenez pour M. Larousse ou quoi ? » J’ai rétorqué que certain(e)s ne se reconnaissant pas dans les pronoms masculins et féminins revendiquaient l’emploi du neutre, plus respectueux de ce qu’iels étaient. Devant la perplexité de leurs visages, je me suis dit qu’avec de telles révélations, le temps devait faire son œuvre. Et on est passé à autre chose.
    Lors d’une animation à Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise, une infirmière avait abordé la question de l’intersexuation – terme qui remplace celui d’hermaphrodisme, qu’on a laissé aux escargots. Alors qu’elle expliquait très sérieusement que les organisations d’intersexués dénonçaient les opérations de réassignation comme des violences inacceptables, un élève, spontanément, lui lança : « Mais, madame, la personne qui a deux sexes, elle peut se faire un bébé toute seule… » S’en est suivi un débat sur comment se « fourrer sa bite » dans son propre vagin, qui a viré au grand exutoire sur la schizophrénie du parent, un coup papa, un coup maman. Digresser permet aussi de souffler quand le sujet dérange.
    Concernant le concept de « polyamour », qui squatte le top de la hype en ce moment, les ados traduisent par « mecs polygames ». Une fille attirée par plusieurs garçons et/ou, pire, plusieurs filles, n’est pas polyamoureuse : « C’est juste une salope qui kiffe les gang bang. » C’est vrai quoi, les adultes inventent toujours des concepts à la con, alors qu’il suffit d’aller sur un site porno pour avoir une définition compréhensible par tous !
    LGBTQIAAP+… Qu’on trouve le terme inélégant ou pas, cette suite de lettres, comme un test optométrique, est un bel outil pour mesurer la capacité d’ouverture de chacun de nous. Quand on voit comment la rentrée des médias a buzzé autour des vannes transphobes adressées à la journaliste Brigitte Boréale du Grand Journal de Canal+, on apprécie toute l’importance d’une information précoce. Panromantique, demi-sexuelle, fluide variant… n’ayons pas peur des mots qui, comme me le faisait remarquer sur Facebook une personne concernée, libèrent plus qu’ils n’enferment.
    * Lesbienne, gay, bisexuel(le), transsexuel(le), queer, intersexe, asexuel(le), agenre et pansexuel(le).

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  • Invité par une courageuse éducatrice spécialisée, j’ai pu appréhender la difficile cohabitation avec les mineurs placés en foyer PJJ (protection judiciaire de la jeunesse) en Seine-Saint-Denis. Courageuse, car partager un temps d’information sur la sexualité avec des mecs élevés au patriarcat radical de l’école de la rue, c’est un défi à relever aussi héroïque que de prendre la parole en jupe à l’Assemblée nationale. Pendant ces quelques mois d’interventions, j’ai souvent eu la sensation de flirter avec les limites du possible éducatif, au contact de jeunes pour la plupart en grande souffrance psychique. Et puis, un soir du mois de mars, c’est parti en couille, au propre comme au figuré. Dès mon arrivée, j’aurai dû être alerté quand un des six jeunes présents, peu éloquent habituellement, m’a apostrophé avec des yeux de fou : « Monsieur, ici, on ne siffle pas. Ça attire le sheitan [le diable, ndlr]. » J’avais eu l’outrecuidance de siffloter en arrivant, dans une posture manquant probablement d’humilité pour pénétrer sur leur territoire. Du coup, en convoquant le démon, je l’incarnais. D’entrée, on s’est comptés, comme des rescapés après un crash, tant les fugues étaient monnaie courante. Nous étions six jeunes, deux éducs, moi et une table vide à l’heure où elle devait être logiquement dressée. Pour créer du lien, je partageais avec eux le repas du soir et, une fois la table débarrassée, on lançait la veillée « sexualité ». Un des ados était vautré dans le vieux canapé usé par l’accumulation des vies cassées qui s’y étaient échouées, le téléphone portable en main, seul lien avec la liberté. Deux autres écoutaient sur le haut-parleur nasillard de leur Nokia de dealer un dénommé Sultan, en reprenant à mon adresse la punchline tout en poésie et en calories : « Tu vas t’la manger, vas t’la manger, vas t’la manger. » Je leur ai fait remarquer que ce morceau était une bonne introduction pour le dîner, mais ils n’en avaient rien à secouer. Les éducateurs ont tenté, en vain, de les motiver pour sortir les assiettes. Lassés, ils finiront par s’y atteler. Une fois les plats posés, ce fut un tollé. On osait leur proposer « un repas pour chien », à base de haricots verts et de poisson. On frisait la manifestation pour un sandwich salade-tomates-oignons ! Deux des garçons se sont levés pour se faire un croque au fromage et une clope dehors. Ben, le plus ancien, s’est énervé sur son maillot du Barça taché par une bouffe de merde, arguant que l’administration allait le lui rembourser. Les deux nouveaux gardaient le nez dans leur assiette et une place vide témoignait de l’absence d’un fugueur. Là où, d’habitude, ils m’interpellaient en fanfaronnant « hé ! monsieur Kpote, on est chauds pour parler baise », cette fois, ils m’ignoraient. J’ai su par la suite que la semaine avait été tendue. D’ailleurs, l’un d’eux avait déchargé ses pulsions sur la pauvre armoire de l’entrée, à moitié explosée. Après un repas chaotique fait d’insultes et d’échanges de regards assassins, on a fini par s’installer pour discuter. J’avais choisi, ce soir-là, de parler des drogues, histoire de varier les plaisirs. J’ai appris par la suite que le nouveau, un grand type filiforme, avait été appréhendé à l’aéroport avec de la coke plein les intestins, faisant la mule pour son âne de paternel bien planqué dans les Caraïbes. À partir d’une liste d’affirmations, je leur ai proposé de montrer soit un carton vert signifiant « vrai », soit un carton rouge pour « faux » et de débattre ensuite. Distribution faite, j’ai attaqué par : « L’alcool est une drogue. » Ben, le plus réactif, a lancé son carton vert en l’air. En se référant à leur appartenance religieuse, les jeunes se sont définis plutôt shit que bière. J’en ai déduit que Dieu était donc plus rasta que munichois et ça les a déridés un chouia. Ben a alors levé haut son carton vert. « Qui veut parler de cul ? Allez les gars, levez vos cartons. » Les autres ont suivi par réflexe grégaire. La plupart étant ici pour des affaires de stups, j’ai senti qu’ils préféraient aborder la sexualité pour éviter de se griller. « On peut contracter une IST * lors d’un rapport bucco-génital. » Après explications sur des mots jugés trop intellos, ils ont tous sorti leur carton rouge, se positionnant par la négative. À tort, leur ai-je dit. Mais Ben, encore lui, en pleine fulgurance scientifique, nous a lâché : « Hé ! monsieur, il y a les gosses en tube maintenant… – Oui, les FIV, les bébés-éprouvette… mais quel rapport avec la fellation ou le cunni ? – On parle bien de baiser sans les galères qui vont avec, monsieur Kpote ? » Se faire sucer pour éviter la paternité, ça méritait un développement, mais je n’en ai pas eu le temps. La soirée a basculé dans le chaos. Le garçon au démon a regardé l’éducatrice en lui signifiant : « T’aimes ça, sucer des bites, toi ? » Il ne fallait pas rebondir sur la provocation, il n’attendait que ça. Mais l’autre éducateur, probablement au bout de ses capacités empathiques, est sorti de ses gonds et lui a opposé une diatribe violente sur le respect dû aux femmes, en s’appuyant, étrangement, sur des textes religieux. Le personnel avait pris le pas sur le professionnel. Forcément, le reste de la bande a ajouté de la « pute » sur le feu. En alignant les insultes sexistes, ils avaient l’illusion de reprendre la main sur cette éducatrice qui, en connaissant leurs dossiers, avait trop de pouvoir sur leur existence. Les mots orduriers, véritable diarrhée verbale, lui étaient directement adressés pour la déstabiliser, la renvoyer à sa condition inférieure de femme. Celui qui l’avait tancée au départ balançait tout sur son passage, hurlant au manque de respect de cette « salope » qui les obligeait à parler de sexualité, alors que sa religion le lui interdisait. Il semblait décompenser et j’ai craint pour notre intégrité physique. On a décidé de s’arrêter là et j’ai proposé à l’éducatrice de la raccompagner. Ils sont montés dans leurs piaules en insinuant que nous allions passer à l’acte dans un Formule 1 du coin. Comment peut-on avoir la foi de continuer après ça ? Dans la voiture, elle partagera l’absence de cadre, de véritable projet éducatif, de vision positive au sein de l’institution. « À quoi bon tout ça quand on connaît les chances infimes de réinsertion, de réussite ? » a-t‑elle soufflé. On s’est posé la question d’une suite et on s’est accordé un temps de réflexion. L’excitation provoquée par les mots du sexe dans un foyer non mixte avait dégénéré en crise de démence généralisée. Quelques jours après, l’éducatrice était en arrêt maladie, certains de ses collègues mâles ayant ajouté leur petite couche de critique machiste à son endroit. Pour la protéger, nous avons décidé de mettre fin au projet. Avec regret.


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  • Sur fond de castagne états-unienne sur les latrines non genrées, je narrais à une assistante sociale de CFA coiffure la scène où un jeune se déclarant « non binaire » m’avait réclamé une animation non hétérocentrée devant ses camarades interdits. Comme je lui confiais mes difficultés pour aborder sereinement le sujet de la transidentité avec les ados, elle m’a invité à rencontrer Grégoire, 17 ans, en pleine transition, bien dans ses hormones et ses baskets. Elle me l’a présenté sous sa nouvelle identité féminine, Camille. À notre rendez-vous sur la terrasse couverte d’un café, celle-ci est arrivée à la bourre, chaloupant autour des tables, les lèvres purpurines et les cheveux tirés, dégageant une assurance un rien exagérée qui trahissait ses 17 ans au compteur. De Grégoire, nous avons peu parlé. Il était mort à 6 ans, un soir où, de retour de l’école, il avait annoncé fièrement à sa mère qu’il était une fille, comme dans un film. « Ma mère épluchait des légumes. Je lui ai dit que j’étais une fille et elle m’a répondu d’accord. Tout au long de mon adolescence, elle m’a certifié que c’était possible de changer. Elle a été extraordinaire. » Du père, j’ai appris qu’il était violent et qu’il a abusé de deux de ses filles. Aujourd’hui, personne ne sait où il a échoué et nous n’en parlerons plus.
    Sa mère, pendant toute sa grossesse, a clamé haut et fort qu’elle attendait une fille. Grégoire arrive dans une fratrie de six, parfaitement équilibrée autour de trois filles et trois garçons. Avec malice, Camille me signale qu’elle a fait perdurer cet équilibre, de par sa double identité. « À l’école, j’étais à ma place nulle part. J’avais un prénom de garçon et dans ma tête j’étais une fille. J’avais les cheveux longs, bouclés, et on m’interpellait au féminin. Au collège, quand j’ai compris que j’étais un mec, ça m’a sidéré. En sport, je devais me changer avec les garçons alors que j’avais des petits seins et des hanches. Je suis certain que mon cerveau donnait des messages à mon corps. J’ai compris que j’étais différente et je questionnais Dieu sur ce qui m’arrivait. »
    « Certain », « différente », un coup masculin, un coup féminin, Grégoire et Camille vont se télescoper dans les mots pendant tout l’entretien. À 16 ans, Camille coupe le cordon et quitte Châteauroux pour rejoindre la capitale et faire son apprentissage en coiffure. Elle a demandé son émancipation pour gérer seule sa transition et a reçu l’accord deux jours avant notre rencontre.
    « J’ai choisi Paris, pensant y trouver une ouverture d’esprit, et je me suis trompée. Du coup, je ne cherche plus à partager avec des gens de mon âge. C’est chiant de toujours avoir à expliquer ce que tu es, ce que tu vis. Quand je marche dans la rue, je ne me dis pas en permanence “t’es trans”. Je me maquille depuis le collège, alors j’ai l’habitude de me faire traiter de pédé. Les tentatives de suicide, médicaments, lames de rasoir, je les ai faites. »
    Camille n’éprouve pas l’envie ou le besoin d’être suivie psychologiquement. « Personne ne peut comprendre à part moi. »
    « En France, le changement d’identité sociale se fait facilement si on est châtré. Pour les opérations, il y a 50 % de réussite. Je ne le sens pas trop. On peut avoir l’apparence, les attitudes d’une femme, mais l’être vraiment, non ! Changer d’identité, c’est important, mais ­changer de sexe, ça l’est moins. Comme beaucoup d’hétéros sont attirés par les trans avec un pénis, on peut niquer notre sexualité en se faisant opérer. » Ces phrases, Camille reviendra un peu dessus au téléphone. Un mois après notre entretien, l’opération lui semblait envisageable. Ses décisions fluctuent au rythme de ses changements corporels, son anatomie étant devenue un chantier ­permanent sur lequel se construit sa nouvelle identité.
    Camille m’explique que la transition n’est pas chose simple. « On nous donne les mêmes hormones que les pervers sexuels : des castrateurs chimiques. Ça coupe l’activité des testicules et on perd la libido à 100 % ! Je me force à avoir des relations sexuelles avec mon copain. Avant, je jouissais masculin dans l’amour. Maintenant, j’ai l’impression que c’est plus long, les sensations ne sont pas les mêmes alors que j’ai le même sexe. » C’est un endocrinologue trans-friendly qui la suit. Elle a trouvé son adresse sur un site spécialisé. Elle prenait des œstrogènes de synthèse, mais sa rencontre récente avec Stella Rocha, la célèbre trans brésilienne, lui a ouvert le chemin des hormones sud-américaines. « Les douleurs sont plus fortes, mais la transformation de mon corps est spectaculaire. Malheureusement, je ne prends pas de fesses et ma voix est encore trop ­masculine. » Camille n’exclut pas d’avoir probablement recours, un jour, à la chirurgie esthétique, même si se faire opérer des cordes vocales la fait grave flipper.
    Pour illustrer ses changements corporels, elle évoque ses nouvelles sensations au niveau des doigts. « Je sens beaucoup plus les détails des tissus. Ma sensibilité au toucher s’est décuplée. Ce n’est pas dans ma tête. Ma peau est plus fine, plus douce, plus blanche. Le premier mois, la réduction musculaire fait mal. Puis avec le développement des glandes mammaires, je ne pouvais pas dormir sur le ventre ou le côté. C’était hyper douloureux. »
    Du coup, quand on lui demande si elle est sûre de ce qu’elle fait, ça l’exaspère : « Vu la douleur encaissée et la perte de mes envies sexuelles, bien sûr que je sais ! » La grande question qui taraude Camille, c’est : « Est-ce que je passe bien dans la rue ? » Elle nomme ça le « passing », le fait de passer devant les autres sans soulever dégoût ou questionnement, d’être étiquetée « féminin » ou « masculin » sans ambiguïté.
    « J’ai subi des violences. Mais au fond, je reste un gars qui sait se bastonner ! Un soir, j’allais acheter des clopes et je tombe sur une bande du quartier. J’échange un regard avec l’un d’entre eux et il se met à gueuler : “D’où tu me regardes, toi ! Dégage, le trav !” Me prendre pour un mec qui se déguise en femme, c’est l’insulte suprême. C’est hyper humiliant pour une transsexuelle. »
    Camille a arrêté le CFA coiffure, fatiguée d’avoir à se justifier sans cesse pendant sa transition. « J’étais inscrite sous le nom de Grégoire. Quand tout allait bien, les profs m’appelaient Camille comme je l’avais demandé. Mais à la moindre connerie, ils m’envoyaient du Grégoire ! C’était dégueulasse de jouer avec mon identité ! »
    C’est à ce moment-là que Camille s’est muée en Zahrah, mannequin qui rêve de sublimer son passing sur papier glacé. « Ma mère est d’Alger et Zahrah, au bled, c’est la grosse mamma qui fait le couscous. » Dans la foulée, elle taxe une clope au serveur en jouant sur son décolleté tout en me faisant un clin d’œil. Je me suis demandé si, à ce moment-là, ce n’était pas un peu Grégoire qui se revanchait.
    Comme on parlait de l’avenir en couple, elle s’est faite plus grave : « À la Saint-Valentin, j’ai vu des couples qui s’enlaçaient. Moi, je n’aurai jamais droit à quelqu’un qui me tient la main en public, sans gêne. J’aimerais vivre avec un mec qui m’assume. Je ne veux pas être la femme qu’on cache parce que trans. »
    Comme je lui demandais si sa ­différence pouvait générer de la vulnérabilité face aux épreuves de la vie, Zahrah a pris une longue inspiration. « Les trans ont du mal à trouver du travail. Du coup, il reste le tapin. Un mec riche m’a contacté sur Facebook. Il voulait se faire accompagner en soirée pour 300 euros. Il m’a demandé de mettre des talons et de bien me maquiller. J’étais sa plante décorative. Je n’imagine pas de me prostituer un jour. Et pourtant, mon Dieu, on me l’a souvent proposé ! Franchement, vous êtes patron, vous avez le choix entre une fille et une trans, vous prenez qui ? On n’existe pas dans la société. »
    Aux dernières nouvelles, Zahrah a trouvé du boulot dans une boutique de cosmétiques. Grâce à ses nouvelles hormones, l’employeur n’y aurait vu que du feu. Mais elle passe sa journée à forcer sa voix et c’est lourd. « Prendre une voix de pouffiasse, c’est chiant et fatiguant », m’a-t‑elle dit. En la regardant repartir du café, j’ai entrevu l’expression de dégoût sur le visage du serveur, qui avait fini par comprendre. Grégoire est mort, Camille somnole et Zahrah doit prendre son envol, un peu comme l’albatros de Baudelaire, « Exilé sur le sol au milieu des huées, / Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

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