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    J'avais écrit ce texte sur mon blog le 2 décembre 2009, au lendemain de la journée mondiale de lutte contre le sida et suite à des déclarations foireuses de P. Bergé contre le Téléthon. Comme on a tous dit et fait des conneries, c'est ma façon de rendre hommage à ce grand monsieur, tout en relançant le débat sur le pognon. (Avec en illustration, ce dessin très drôle de Luz dans Charlie qui je n'en doute pas une seconde, ne fera pas l'unanimité) :

    Tu t’es épanché sur l’épaule des journalistes comme un morveux jaloux de la taille du paquet cadeau du frangin sous le sapin. T’as dit tout haut ce qu’on chuchote dans les associations de lutte contre le sida en vérifiant que le téléphone est bien raccroché… C’est vrai, il ne nous reste que les miettes. Le Téléthon, question pognon, ça rime avec gros glouton. Mais t’as passé l’âge des concours de taille de bite sous la douche, Pierre…

    Chaque année, c’est la même chose, quand le gosse myopathe bave sur scène en gros plan, nous, on exige que les gamins séropos soient floutés, voire mosaïqués. Le séropo voicodé, filmé dans le brouillard, ce n'est pas vendeur, Pierre. On n’y arrive pas, Pierre, à faire pleurer dans les chaumières. Ça fait 30 ans que ça dure. Tous les réalisateurs te le diront, Pierre, la salive qui coule doucement le long du cou puis d’une épaule, c’est visuel. Par contre, un kaposi, c’est comme une chemise à pois, ça moire à l’écran.

    Pierre, t’as merdé… Car sur le terrain, nous, on doit répondre de tes conneries. Sache, Pierre, qu’au-delà du Marais, les gens aiment le Téléthon. Chaque année, ils courent, sautent, se déguisent, fabriquent des pizzas ou des paellas géantes, se mobilisent dès l’aube, ne dorment pas pendant 24 heures sans coke (et oui, Gérard, c’est possible), rivalisent d’ingéniosité pour avoir leur minute de gloire sur le petit écran…

    Tiens regarde, Pierre, ce que j’ai trouvé sur le site de l’AFM comme exemple de mobilisation : « Le fil jaune "De la maladie à la Guérison" Les associations étudiantes ont créé les plus grandes fresques possibles écrivant le mot « maladie » à l’aide de pin’s Téléthon. L'idée : faire disparaître le mot "maladie" en vendant les pin’s un à un. Le mot "guérison" qui se cachait sous les pin’s se découvrait alors. Ce fil jaune a été organisé entre autres à Toulouse, Reims, Vannes, Angers, Brest, Nîmes, Dijon, Paris, Montpellier, Poitiers, Valenciennes…

    T’as vu, Pierre, ils ne déroulent pas des capotes roses sur l’obélisque, eux. Ils pensent plus avec leur cerveau qu’avec leurs roustons les bénévoles du Téléthon, hein ? Même à Vannes, Pierre… Tu sais même pas où ça se situe sur la carte du Maroc, Vannes, hein ?

    T’as merdé, Pierre. Alors ils nous le font comprendre en un clin d’œil, les gens, avec des allusions à peine voilées: "c’est pas un pédé de la mode de Paris qui va nous apprendre à donner et surtout, à qui on doit donner". T’inquiète pas, Pierre, on leur dit aux gens que t’as soutenu un nombre incalculables de projets, d’associations, que t’as balancé un paquet de fric dans la lutte contre cette saloperie de virus, que t’as donné du temps, et pas qu’aux homosexuels parisiens… Nous, on sait ce qu’on te doit, Pierre.

    Mais le mal est fait, Pierre. Ils ne sont pas contents les gens. Et crois, moi, au prochain Sidaction, on va pleurer quand il faudra redistribuer la maigre obole récoltée.

     

    Dessin : couv de Charlie Hebdo réalisée par Luz

     


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  • Dix ans déjà. Le SIDA tue toujours.


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  • La saison 3 du Dr Kpote reprend en exclu sur ce blog dès la semaine prochaine, mon producteur m'ayant signifié qu'il reconduisait mon contrat. Il y a des séries, qui au fil des saisons perdent de l'intérêt. Ainsi, je me souviens de mon engouement pour "Lost" et de ma désillusion lors de la troisième saison. A 400 passages/jour en moyenne sur ce blog, je suis aux antipodes des blockbusters américains mais j'espère quand même offrir aux lecteurs qui échouent ici, un témoignage digne de leur intérêt. Voilà pour la promesse commerciale.

    A l'aube de ce nouveau départ, le sac de capotes déjà en bandoulière, je me pose la rituelle question de l'envie. Ce boulot, on ne le fait pas pour le fric. Seuls les travailleurs sociaux entrant en politique comme on passe à l'ennemi, peuvent espérer un jour, être assujettis à l'ISF.

    La motivation sera-t-elle intacte après 7 années de salive préventive disséminée dans toute l'Ile-de-France, de branlettes sous latex, de queues mal lubrifiées dans des cantines surchargées, de moments de plaisir partagé aussi courts qu'un SMS, de transports trop longs pour être bons ?… Il me semble qu'il y a un semblant de réponse dans la question…

    J'ai fini la saison dernière dans le dur, le moral usé par les témoignages de violences sexuelles, les propos homophobes ou les raccourcis religieux. Mais les vacances m'ont ressourcé pour la simple et bonne raison que j'ai tout fait pour éviter les distributeurs de préservatifs, les planning familiaux, les lieux de culte, les coins à putes et les meetings de droite, les escadrilles de chlamydiae (à ne pas confondre avec le Rafale, plus aquatique dans son mode de locomotion). J'ai aussi banni de mon itinéraire estival les nids de jeunes, leur préférant le quadra bedonnant, entouré d'une progéniture plus encline à jouer aux pâtés de sable qu'au docteur.

    Aussi, si en terme de militantisme social, ça fait bien longtemps que j'ai perdu ma virginité, c'est avec une motivation aussi finement recousue qu'un hymen perdu, que je repars débattre, informer, prévenir, écouter.

    Les nouvelles du front sont mitigées : on a un début de semblant d'espoir concernant un vaccin contre le VIH, la future contraception d'urgence sera disponible uniquement sur ordonnance à un prix prohibitif, les fous de Dieu se reproduisent comme un nuage de sauterelles sur l'Egypte des pharaons, Sarko 1er est toujours vivant et mon banquier, après s'être renfloué sur mes impôts, m'a sucré pour me remercier, 85 euros d'agios.

    De plus, je me demande si le masque de catcheur est suffisant pour éviter toute contagion à la grippe H1N1.

    Bienvenue sur le "tout-à-l'égout de la démocratie", comme l'a dit si connement Denis Olivennes, patron du Nouvel Obs.


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  • EllaOne, la "pilule du surlendemain", sera présentée en exclusivité mondiale lors du 8e Congrès européen de la société de gynécologie à Rome, du 10 au 13 septembre 2009. Efficace jusqu'à 5 jours (durée de vie des spermatozoïdes) après la prise de risques, elle devrait rapidement rendre caduque son ancêtre le Norlevo, à l'efficacité limitée à seulement 3 jours.

    Il est prévu qu'elle soit disponible uniquement sur ordonnance, histoire de brosser dans le sens du crucifix les conservateurs de tout bord et montrer que les épiciers de la morale restent ferme face à la chienlit post-Woodstock qui copule et avorte à tout va, mais parions que nous saurons monter au créneau en temps voulu pour faire changer cette décision absurde.

    Non. Ce qui me dérange le plus, c'est que les médias la vendent déjà sous l'étiquette accrocheuse de "pilule du surlendemain"… Déjà qu'on se battait contre le terme de "pilule du lendemain"… J'imagine très bien les lycéennes décompter sur leurs petits doigts atrophiés par les touches de leur mp3-portable-myspace-fessebook, les fameux deux jours après le rapport, avant de se rendre au planning. Pourquoi ne pas parler simplement de contraception d'urgence? Je pense que c'est suffisamment clair même si ça titre moins bien sur Google.

    "La pilule du lendemain", ça ne voulait déjà rien dire. Pourquoi attendre le lendemain matin pour réagir, quand on a fait l'amour au réveil, sans préservatifs et moyen de contraception, hein ? Tout ça relevait déjà d'un conformisme absolu qui sous-tendait qu'on ne pouvait faire l'amour que le soir. Et le petit coup du matin, dans le bus scolaire ou les chiots du lycée, on n'en fait quoi ?

    Que celle qui n'a jamais connu le frémissement du clito au chant du coq, ou celui qui n'a jamais vécu, un rien ému, le double lever de la trique et du soleil me jette le premier pilulier.

    Alors, coït du matin, chagrin ?


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  • Sidaction télégénique, capotes hérétiques et déclarations canoniques, le sida refait la une. Trente ans d’épidémie et d’information n’ont pas suffi à avoir la peau de certaines représentations. Petit florilège drainé au fil de séances de prévention qui prouve qu’il n’y a pas que le pape qui dit des conneries.

    Le sida est toujours un facteur de discrimination. Les séropositifs, dès lors que leur statut sérologique est révélé, rencontre des difficultés professionnelles, administratives et relationnelles… Mais plus vicelard, le sida sert aussi d’alibi pour stigmatiser un peu plus tous ceux qui incarnent la différence. Les « déviants » infectés sont devenus l’exutoire idéal pour les intégristes de tout bord.
    À qui la faute ? Dans l’histoire du sida, la question de l’origine de la contamination est un grand classique. Il faut un coupable. Donc une victime qui a subi la contamination comme une agression. C’est un mécanisme de défense très utilisé, pour éviter d’être celui ou celle qui l’a bien cherché.

    Du coup, beaucoup de jeunes Africains revendiquent la thèse du virus inoculé sciemment par les blancs, qui souhaitent s’octroyer les richesses du continent et se débarrasser des noirs.
    Le virus du sida a franchi la barrière des espèces et réussi sa mutation en passant du singe à l’homme. Acte zoophile et preuve ultime de la décadence humaine, nombreux sont ceux qui pensent que l’origine de ce passage est anale. Pratique, puisque ça permet aussi d’égratigner, sous l’étiquette sodomite, les homos pour les hétéros, les noirs insatiables pour les blancs coincés de la fesse et les fausses vierges déniaisées par derrière pour les barbus du cul… Du coup, la théorie du singe à l’anus étoilé, demeure largement véhiculée.
    À l’annonce de la séropositivité, le couple implose, chacun renvoyant l’autre à sa culpabilité, à son infidélité. Mais en général, on en profite aussi pour faire le solde de tout compte.
    Côté réacs, l’étranger est souvent le vecteur de transmission et les jouisseurs multi partenaires subissent l’opprobre des missionnaires au foyer fixe…

    Depuis quelque temps, je rencontre un vrai retour du concept de punition divine autour des personnes infectées. Les voies du seigneur étant impénétrables, seuls les mécréants nymphomanes peuvent être punis. La muqueuse du gland étant plus épaisse chez les circoncis, les risques de transmission sont plus faibles. À la diffusion de l’information, beaucoup d’entre eux ont traduit qu’ils pouvaient enfin sortir à découvert et les VRP de l’au-delà s’en sont servi pour faire la chasse au prépuce. Les différents papes en ont fait leur fond de commerce pour vendre de l’abstinence et je me souviens d’une église évangéliste qui faisait monter sur scène des miraculés ayant soit disant réussit une séroconversion grâce à la lumière divine… "Le seigneur est mon berger" et le sida, un chien qui sert à rabattre les agneaux en perdition.

    La fameuse paranoïa de la seringue infectée sous les sièges du RER ou du cinéma est déjà une légende urbaine. Cette rumeur invite à la discrimination des toxicos, puisque la seringue infectée aurait été installée par ce salaud de drogué qui veut se venger de la société…Combien de quartier ont été nettoyés en aiguillonnant la peur ancestrale de la seringue volontairement jetée pour infecter les pauvres petits enfants innocents. À la RdR (réduction des risques), beaucoup préfèrent la EdT (l’élimination des toxs).

    Si on rajoute à cette longue liste de parias, les détenus qui s’enculent en cellule, les prostitué(e)s et le pauvre moustique, bien incapable de contaminer qui que ce soit, on finit par comprendre que le sida a une utilité pour les parangons de la morale et tous ceux qui gagnent leur croûte sur la chasse aux nuisibles. C’est à se demander si certains ne rêvent pas de voir le virus obtenir le label "d’utilité publique".
    Le slogan d’Act-Up "Sida, on meurt. L’indifférence demeure." n’est plus d’actualité. Il conviendrait de scander "Sida, on meurt. Certains en font leur beurre."


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