Récemment, une amie qui bosse chez
Nokia m'a donné un téléphone. J'ai passé en revue les menus et je suis tombé,
dans la rubrique messagerie, sur les modèles de messages enregistrés, prêts à
l'emploi. Au milieu des « je suis en RDV » ou « je serais en
retard », qui peuvent soulager le cadre sup débordé, j'ai trouvé un
« moi, aussi je t'aime » pour le moins curieux...
Qu'on puisse balancer un « moi
aussi, je t'aime » en appuyant sur une seule touche, tout en faisant ses
courses, culbutant sa secrétaire ou kervielant sa boite en boursicotant comme
un dératé, me fait froid dans le dos.
Détachée, froide, aussi sincère qu'un
Sarkozy en campagne, la déclaration d'amour assistée par portable est un projet
de société aussi excitant que la rencontre de l'être aimé en VPC.
Plus vite, plus loin, plus fort, la
performance technologique tue doucement l'émotion et la créativité, les disques
durs remplaçant les cœurs tendres. Finie la poésie, exit l'originalité... Le
partage des sentiments, c'est devenu simple comme un coup de fil, creux comme
un Mon Chéri vidé de sa liqueur. A force du faire du prémâché, nous serons
incapables de communiquer sans voicoder, le doigt rivé au clavier. On peut
imaginer les déclinaisons possibles :
<o:p>
</o:p>- Mon amour, c'est fantastique, je
crois que je suis enceinte...
- Moi aussi, j'ai un RDV.
- Chéri, quand je ne te vois pas, de
longs corbillards, sans
tambours ni musique défilent lentement dans mon âme; l'espoir, vaincu,
pleure, et l'angoisse atroce, despotique, sur mon crâne incliné plante son
drapeau noir.
- Moi
aussi, j'ai la grippe.
- Mignonne,
allons voir si la rose qui ce matin avait éclose, sa robe de pourpre au soleil,
a point perdu cette vesprée, les plis de sa robe pourprée, et son teint au
votre pareil. (bon ça fait cher le SMS mais quand on aime, on ne compte plus,
non ?)
- Moi aussi, je fais les soldes.
Comme quoi on peut être « connectig people » et absolument pas sur la même longueur d'ondes ...