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Simple comme bonjour, facile comme une pipe | 21 février 2007

« L'âge du consentement sexuel a été fixé par la loi à 15 ans. Autrement dit, si vous avez un rapport sexuel avant 15 ans avec une personne de plus de 15 ans, vous n'êtes pas considéré comme consentant. On peut donc parler de viol. » La jeune fille du premier rang blêmit : - « même si on fait plus que son âge, qu'on se sent très mature. Moi, par exemple, j'ai 14 ans et les gens me donnent souvent 18 ans... »
En ce qui me concerne, je lui donne 14-15. Pas plus. A la fin de l'intervention, elle fait semblant de ranger sa trousse en attendant que les autres s'en aille. Une fois seule, elle s'approche : - « Monsieur, l'année dernière j'ai fait plusieurs fellations à un garçon. Ai-je pris des risques ? » Je me dis qu'à son âge, j'aurais eu du mal à faire ce type de révélation à un adulte, dans le cadre scolaire. Gonflée la gamine.
Je lui rappelle ce que nous avons déjà vu ensemble et j'insiste sur les possibilités de transmission, certes faibles mais bien réelles, des IST lors de rapports bucco-génitaux. Surtout, je me dis que cette fille avait donc 13 ans lorsqu'elle a fait des fellations à son copain du moment. Je me risque à lui demander si avec un an de recul, elle ne regrette pas d'être allé aussi loin avec ce garçon qui l'a quitté depuis. Elle plante ses yeux dans les miens et sûr de son fait me rétorque : « une pipe, c'est pas grand-chose ! » Influence du porno, omniprésent sur la toile et dans la vie des ados ? Evolution naturelle d'une jeunesse désorientée par un trop plein de prévention et se risquant à faire le chemin inverse ? Influence markettée et subliminale des grands glaciers pour promouvoir leurs produits au travers de la suce-attitude ? Que penser de ça ? Je lui conseille quand même de se protéger, non pas derrière une épaisseur de latex mais sentimentalement, de ne pas exposer son intimité, son coeur trop vite, de prendre le temps, sans rentrer dans une leçon morale, mais non sans me dire que cette fille n'a pas fait des fellations à 13 ans sans un bug dans son histoire personnelle. Je repense à Samira Bellil, qui avec la naïveté de ses 13 printemps, voyait dans son caïd de 19 ans, un prince charmant et non pas le bourreau, qui allait la livrer en pâture à ses potes.

Aux USA, plusieurs études récentes montrent que les adolescents ont de plus en plus de relations bucco-génitales. En 2002, une étude nationale sur la famille a montré que de nombreux adolescents pratiquaient uniquement la fellation sans autres formes de relations sexuelles. Aujourd'hui toujours, les adolescents américains, dans leur grande majorité, ne considèrent pas la fellation et le cunnilingus comme du sexe. De même que certaines filles pratiquent la sodomie pour conserver leur hymen intact jusqu'au mariage, les américaines pensent qu'une pipe est un bon moyen de garder leur virginité tout en satisfaisant les garçons sans s'exposer à leur agressivité en cas de refus. Quand aux garçons, ils parlent “d'amitiés avec bénéfices”, pour ne pas s'engager trop loin dans une relation... En général, le risque de transmission de MST est également vu comme plus faible ; toutefois ces pratiques ont donné lieu à une recrudescence d'Herpès génital. La pipe semble s'être banalisée dans les lycées américains. Pas étonnant quand on a souvenir d'un ancien président qui lui aussi considérait que se faire sucer par une stagiaire n'était pas tromper son épouse, mais s'intégrait parfaitement dans une relation de travail.

J'ai l'impression que depuis peu, nous emboîtons le pas à la jeunesse américaine et que les ados français à leur tour banalisent ce rapport qui est une pénétration, donc un rapport sexuel. Beaucoup de jeunes filles ne comprennent pas qu'on puisse penser qu'elles perdent leur virginité en la pratiquant, associant celle-ci uniquement à la pénétration vaginale et la notion souvent très floue d'"hymen intact". La fellation fait partie des préliminaires et souvent ils la citent avant les caresses, les baisers ou même les paroles échangées. À force de banalisation, les garçons ne comprennent pas qu'une fille refuse de les sucer tout de suite, et peuvent devant un refus faire preuve d'agressivité, voire de violence. On se dit rien, on se suce, on se quitte. Simple comme bonjour, facile comme une pipe.

 

Publié par didurban à 14:41:40 dans Prévention | Commentaires (0) |

Big Brother se rince l'oeil | 19 février 2007

Le RER me dépose dans une petite banlieue du 91 bien tranquille, très pavillonnaire, propre en façades et joliment jardinée en terrains. Je la traverse à pied et je suis bien le seul être humain à marcher. Autant dire que je suis un peu suspect vu des 4x4 et des familiales matinales. Le lycée est excentré, à proximité d'une forêt... Mais le loup peut à tout moment sortir du bois et déranger cette charmante petite communauté. Le loup en l'occurrence a un nom, ou plutôt un profil informatique : il se présente sous forme de DviX et circule sur les portables. En effet, dès mon arrivée, l'infirmière me signale que deux jeunes filles de l'établissement ont été filmées par leur partenaire à leur insu pendant des rapports sexuels et que les images circulent à l'intérieur et à l'extérieur de l'établissement. Profondément choquées, l'une refuse de revenir à l'école et l'autre rase les murs sous les quolibets des filles et les regards salaces des mecs.

Me voilà au parfum. Je décide de faire mon intervention le plus normalement du monde mais en insistant dans la partie juridique, sur le droit à l'image, le respect de l'intimité, les conséquences graves d'un tel acte et surtout la complicité tacite de ceux ou celles qui se délectent de telles images. Je ne peux pas m'empêcher de penser à cette classe de St Denis, l'année dernière, où les élèves avaient tous sortis leurs portables pour me filmer en train de poser le préservatif sur le sexe de démonstration. Je leur avait alors expliqué que je n'avais aucune envie de me retrouver sur YouTube et qu'ils auraient pu avoir l'élégance de me demander mon avis. Ils avaient trouvé mes remarques « anachroniques », m'expliquant qu'aujourd'hui, tout le monde filmait tout le monde. Un pur bonheur pour les sécuritaires de tout bord : ils n'ont même plus à casser leur tirelire pour nous filmer dans la rue, les grandes surfaces, les parkings, les bus, etc...., nous nous surveillons les uns les autres... Ce type d'argument militant face au « Bigbrotherisme » ambiant ne fonctionne pas avec les ados, puisqu'en général, ils s'en « battent les couilles ».

Mais cette fois, le problème est plus grave et les conséquences peuvent être dramatiques. Les infirmières craignent qu'une des jeunes filles tente de mettre fin à ses jours. Aussi, je suggère aux classes, au cas où ils seraient au courant d'une affaire de ce type, de révéler le nom du ou des réalisateurs du film. Tant pis pour la fameuse loi du silence, le mauvais rôle de la « balance ». Nous ne sommes pas face à un cas de vol de vélo ou de lecteur de mp3 : la vie d'une élève est entre leur main. Je mesure mes paroles, j'appuie sur chaque syllabe pour donner du poids à mon intervention. Les réactions sont inexistantes. Un silence lourd envahit la salle et je décide de les quitter sur cette note pour donner encore plus de poids à mon propos. En regagnant le RER, je me demande combien de jeunes filles ou garçons vont subir ce type d'outrage dans les mois qui viennent. Je me dis, qu'à l'allure où on va,  il y a bien un type qui va réussir à se faire transplanter une micro-webcam au bout du pénis pour filmer à l'intérieur du saint des saints, le vagin, et pourquoi pas, permettre au monde entier de visionner en avant-première les images saisissantes de ce fameux point G, que même Indiana Jones continue de chercher.

Publié par didurban à 17:03:53 dans Prévention | Commentaires (1) |

Outing et bacalhau | 26 janvier 2007

Il a choisit mon intervention sur la "vie sexuelle et affective", terme générique au demeurant peu parlant pour les élèves (ni pour moi d'ailleurs), pour annoncer officiellement aux autres qu'il est (et probablement serait) homosexuel. Ceci dit, les autres s'en doutaient depuis longtemps, en plaisantaient souvent... Mais cette fois, ça allait être officialisé. Ça faisait un moment qu'il tournait autour du pot. A chaque étape de mon intervention, il trouvait toujours un lien avec l'homosexualité, lançait le débat sur les différentes orientations sexuelles, insistait sur le fait qu'il n'y a pas que les pratiques hétérosexuelles, que les sensibilités pouvaient diverger, qu'on avait pas tous les mêmes goûts, que l'espèce humaine était forte de ses différences...

Inquiet qu'il ne s'expose trop, je répètais à 'envie que nous n'étions pas là pour parler de nos histoires personnelles, que des révélations avaient toujours un impact sur les relations à vernir, que je n'étais là que deux heures et qu'il leur restait plusieurs mois à vivre ensemble.

Et puis, il y a eu ce moment où un autre élève, fier de ses origines portugaises et de son club de toujours, le PSG, a vomi sur ces "pédés" qui faisaient honte à l'espèce humaine, à ces erreurs de la nature que Dieu n'avait jamais voulu. D'ailleurs, les pédés, il n'y en avait pas au Portugal. La morue, dans son pays natal, quand on est un vrai mec, on la sèche, on la boulette, on la brandade éventuellement, on la "baise" parfois mais on ne la singe surtout pas... Alors, il s'est levé d'un coup, rouge de colère, pelotté de nerfs, prêt à en découdre et surtout empreint d'une farouche envie de se libérer de ce secret qui l'empêche de respirer, d'être. "Je suis un de ces sales pédés que tu veux éliminer, une erreur de la nature... Et pourtant, on déjeune souvent ensemble. On bosse même des fois ensemble..." Le Portugais ravale sa salive, rougit à son tour (d'un rouge moins colère et plus honteux sur le nuancier des émotions), scrute ses pompes et dit : "Toi, c'est pas pareil, j'te connais."
Il n'y avait plus qu'à dérouler. Du débat, nous sommes passés facilement au consensus : c'est plus facile d'accepter les différences quand on connait les gens. J'aurais aimé à ce moment que plus de soit-disant proches acceptent la séropositivité de leur fils ou fille, de leur conjoint ou partenaire... Mais plutôt que de faire la fine bouche, je me contentais d'apprécier ce moment d'exception ou un portugais couillu du Kop de Boulogne reconnaissait son goût pour le Bacalhau à voile et à vapeur.

Publié par didurban à 16:38:30 dans Prévention | Commentaires (1) |

Allah tombe plutôt bien | 09 novembre 2006

C'est une rencontre qui date d'une de mes interventions l'année dernière. Elle vaut bien son pesant de capotes... Il y a en France, dans nos banlieues, des répliques exactes de ces images de chaos urbain « folklorisé » dans les téléfilms ricains, sur fond de voitures et scooter dépouillés, de bandes en baggy qui traînent et de zombies crackés. Certains coins du 93 en font partie, et ça on ne vous le dit pas sur mappy.fr. Je suis dans le bus n°601A et je cherche un lycée professionnel pour y faire une information sur le sida et les IST. Voyant les cités se succéder sans l'ombre d'un panneau indiquant une quelconque oasis d'apprentissage, je m'approche du chauffeur pour lui demander s'il connaît le lycée en question. Un grand type, accoudé à ses côtés comme au comptoir, se retourne :- « Je descends à cet arrêt, je vous indiquerai »
Effectivement, à l'instant T, le type me fait signe et m'invite à le suivre. Nous sommes les seuls à descendre du bus. En face de nous, un supermarché survit à l'ombre des tours. Des détritus jonchent le parking. Des voitures aux vitres aussi fumées que leurs occupants accélèrent au feu orange et passent au rouge... Avenant.
- " Vous êtes profs ? "
- " Non, intervenant. Le lycée est par là ? "
Le type, la trentaine bien tassée, le pas nerveux, du genre à se bouffer le gras de l'intérieur, ne semble pas très satisfait de ma réponse.
" C'est quoi un intervenant ? T'es flic ? ".
Visiblement, pour la police, on passe au tutoiement.
- " Non, Non, je viens pour faire une intervention auprès des élèves. C'est par là le lycée ? "
- " Ouais, ouais, au milieu de la cité, là-bas. J'y vais aussi. "
Le sentant un rien soupçonneux, sur le terme « intervention », qu'il associe plus à une descente de la BAC qu'à une séance de prévention, je me décide en lui en dire plus sur mon activité.
- " Je fais de la prévention, je viens informer les élèves du lycée sur le Sida et les Infections Sexuellement Transmissibles, la sexualité... "
D'un coup, il se retourne et son visage s'illumine :
- " C'est Allah qui t'envoie, mon frère "
- " Il n'y a rien de divin là-dedans, je suis juste arrivé par le RER. Et je peux t'assurer qu'Allah n'y est pour rien..."
- " Moi, je te dis que c'est Allah qui t'envoie, mon frère. Je t'explique. Tu vois, la semaine dernière, j'ai pécho une meuf. Tu vois, je lui donne, je lui donne, je lui donne, je lui donne... une pure bonne. Alors, je lui donne, je lui donne... (il mime avec son bassin les coups de boutoir qu'à dû subir la pauvre fille...)
- " Ouais, ok, vous faites l'amour, quoi ! " Je le coupe, un rien excédé.
- " L'amour ! Pfff, t'es un lover, toi ! On dit jamais ça ici ! L'amour... On nique, quoi ! Enfin, j'avais acheté une capote... Mais sûrement trop petite, tu vois parce qu'elle pète... "
Bien sûr, le type avait trouvé la seule pharmacie qui vend les capotes à l'unité mais en plus, il me signale que la taille de sa bite lui vaut quelques soucis, non sans me faire un clin d'œil complice. Sans surprises.
- " Qu'est-ce que je risque là ?"
20 ans d'épidémie... Le virus a tué plus de 20 millions d'êtres humains depuis l'identification des premiers cas de SIDA en 1981. Et on en est toujours là... Je cache tant bien que mal ma déception et, réflexe de formateur, je lui renvoie la question afin qu'il verbalise lui-même ce qu'il sait probablement déjà.
- " J'risque le dass. (sida, n.d.l.r.), alors ? "
- " Entre autre, mais aussi, tu t'es inquiété de savoir si elle prenait la pilule, la fille ? ou un autre moyen de contraception. "
- " Ça m'étonnerait, ça se fait pas chez nous ça. De toutes façons, c'est son problème. Mais tu crois qu'elle peut porter plainte pour viol ? "
Putain, on y était. Nous étions au cœur de la cité. Il faisait des signes à des potes encapuchonnés toutes les deux secondes et le mec commençait à me tester sur le viol. Je m'arrête d'un coup.
- " Attends, elle était consentante ou pas ? "
- " Ouais, c'est bon. Tu sais ce que c'est, elles aiment ça, la bitte. Le lycée est là. Salut et merci. "
- " Attends, je peux te filer quelques adresses pour aller faire un test de dépistage, si tu veux. "
- " Un test ? tu me prends pour qui ? je suis clean, moi... Mais bon, file toujours... "
Après avoir pris du bout des doigts le dépliant sur les centres de dépistage du 93, à l'intérieur duquel j'ai quand même glissé un autre sur les plannings familiaux du coin, le type disparaît derrière un immeuble. Je me retourne devant une grille en fer. Trois sas d'entrée. Une guerrite aux vitres fumées (décidément !) avec des caméras. Des dizaines de baggys et de casquettes devant et derrière les grilles. Je me suis dit qu'il ne fallait pas trop traîner, juste au cas où Bronson se pointerait pour venger sa fille...

Publié par didurban à 21:50:59 dans Prévention | Commentaires (0) |

De Sidaland à Pédéland pour finir à Sololand | 09 novembre 2006

Hier, j'ai fait trois séances de prévention dans un lycée polyvalent du Val d'oise (95). Je me pose la question de nommer ou non les établissements auxquels je rends visite dans ce blog... Est-ce bien utile ? En tout cas, hier c'était ma rentrée scolaire, mes dernières interventions datant du mois de mai. C'est donc la motivation intacte et le sac rempli de capotes que je suis parti à 6h30 du mat pour aller bosser... Ça me fait toujours beaucoup marrer de me retrouver dans les transports collectifs, à l'aube, avec pour tous bagages, non pas un agenda et un ordinateur portable, mais des préservatifs, un sexe en bois de couleur verte (!) pour les démonstrations de pose du préservatif et du lubrifiant... Je me souviens d'un contrôle vigipiratophile qui avait causé l'incompréhension du fouilleur mandaté par la place Beauvau : -"Qu'est-ce que foutez avec ça ?" j'aurais pu lui répondre que c'était pour ma consommation personnelle mais je craignais la garde à vue pour tentative d'acte de terrorisme à la bombe sale, voire cochonne. De nos jours, on ne rigole plus avec l'ordre moral, surtout les matins où l'on est pas rasé : -"Je fais de la prévention contre le sida. Ce sont donc mes outils de travail." Menottes et matraque d'un côté, latex et gode de l'autre... Dans un mauvais porno sur une chaîne payante le samedi soir, on aurait presque pu faire la paire... C'est à la gymnastique de ses sourcils que je pus traduire sa pensée: "drôle de boulot!".

Pour revenir à ma première intervention, c'est non sans difficultés que j'ai dû me remettre dans le bain. D'autant plus que j'étais sans cesse coupé par des "J'ai une grosse bite!" ou "Clara Morgane présidente!", étouffés textilement. C'est vrai qu'une Clara Morgane en visite officielle sur la dalle d'Argenteuil, ça peut mettre le feu à la banlieue, mais ce feu là ne couvant qu'au niveau des slips, on pouvait laisser les CRS à leurs apéros. Ceci dit, c'était pas une raison pour se servir de mon intervention pour faire tribune et servir la soupe à l'ex-star du porno. Il fallait faire taire le hurleur. Après un rapide coup d'œil à 180°, je zoomais sur un type encapuchonné. J'observais alors deux pupilles explosées au THC, avec autour une masse de fibres made in China secouée par les spasmes de la franche rigolade. Le type s'en payait une bonne tranche et -pour une fois- ne regrettait pas ses heures de présence au bahut. La classe retenait son souffle, se demandant comment j'allais réagir. -"Tu pourrais nous faire partager plus clairement tes idées? Vas-y cries-le un bon coup. Ça devrait te libérer, au niveau du plexus. Allez!". Après un "J'ai une grosse bite!" enfin audible et devant le silence gêné des autres, le vantard s'excusa : "je rigolais monsieur"... Je décidais de rebondir tout de suite sur la taille moyenne du sexe en érection afin de régler une fois pour toute le problème. Il était 8h30 du mat et nous étions dans le vif du sujet, avec comme sujet, le vit. Bien entendu, j'eus droit à toutes les exagérations habituelles et surtout à la coupe du monde du braquemard, le Sénégal battant après prolongations la Turquie, sur un score sans appel de 45 cm à ferme-ta-gueule, qu'on pouvait traduire par "Tais-toi, petite bite". C'est essentiellement sur la taille du pénis que le nationalisme construit son idéologie et une fois de plus, j'en ai eu la preuve.

Mais le moment le plus intense de cette journée est venu pendant l'intervention de l'après-midi, après un steack-frites à la cantine rapidement expédié. En pleine digestion, j'accueillais une classe d'une vingtaine de garçons et une seule fille. Après m'être présenté et donné quelques chiffres concernant les IST dans le monde, tout en insistant un peu plus sur les 40 millions d'individus vivant avec le VIH, un grand type avec un léger strabisme m'expliqua qu'il avait la solution pour éradiquer le sida dans le monde. A son air, je me doutais bien qu'il n'allait pas me parler d'un vaccin qu'il aurait mis au point avec l'aide de son chimie 2000 mais je lui donnais la parole. "- Tous ces malades, les sidateux, si on le regroupe dans un camp ou un pays, genre sidaland, ça éviterait que le maladie se développe..." je lui ai expliqué d'abord qu'on parlait plutôt de sidéen que de sidateux. Ensuite, j'ai hésité à faire référence à ce qui s'était passé en Mai 1987, quand Le Pen attaqua les séropositifs (en les appelant "sidaique") en disant qu'il devrait être enfermé dans des "sidatorium". En effet, le jeune homme étant noir, c'était trop facile d'associer ses idées à celle de Le Pen pour provoquer sa réaction. Et surtout c'était le recenser comme un autochtone de facholand ce qui, finalement était du même niveau que son ghetto à séropo. "Contentons nous de faire réfléchir, n'essayons pas de convaincre", une fois de plus, la phrase de Braque se révéla plus facile à dire qu'à faire... Je proposais donc une réflexion sur les risques de contamination et surtout je m'attachais à montrer au travers de divers exemples, que personne ne choisissaient vraiment de contracter un virus et d'être malade, tout en priant Saint Laïc que personne ne me renvoie à la face les adeptes du Bareback, notion difficile à aborder avec des ados pas toujours au clair avec leur identité sexuelle... afin d'éviter trop de débats houleux, j'embrayais sur la transmission du virus et les pratiques à risques.

L'incident semblait clos et la provo du départ rangé dans la case des dommages collatéraux quand œil-qui-dit-merde-à-l'autre récidiva. Je venais de notifier au sujet de la fellation que ce n'était pas uniquement une fille qui pouvait sucer le sexe d'un garçon, mais qu'un garçon pouvait tout aussi bien le faire, quand il s'écria : "- Moi, les pédés, je pense qu'il faut les mettre dans un pays genre pédéland, qu'on en parle plus." Et son voisin de rajouter : "Ouais à Marseille, ils les brûlent et ils ont bien raison!" Je m'empressait aussitôt de leur rappeler les faits : en août 2004, David Gros, un jeune homosexuel marseillais, était violemment passé à tabac - et non pas brûlé- sur un lieu de drague par un groupe de jeunes qui souhaitait débarrasser le quartier des homosexuels. Puis je leur rappellait que leurs propos étaient discriminants, passible d'amendes devant un tribunal. Que les mots peuvent être aussi violents que les gestes. Qu'ils peuvent détruire des vies. Je notifiait ensuite les sanctions pour les marseillais : cinq jeunes mineurs au moment des faits ont été condamnés à des peines de deux ans de prison, dont un an ferme pour un des mineurs et neuf mois pour quatre autre. Le dernier mineur a été condamné à un an de prison, dont deux mois fermes. Enfin, le seul majeur, âgé de 21 ans au moment du jugement a été condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. Une fois le cadre juridique abordé, je lance l'éternel débat sur le droit à la différence. Curieusement, j'ai la sensation que plus les classes sont mixtes avec des individus venant d'horizons différents, plus ils sont refermés sur leurs identités, leur propre communauté et de moins en moins ouverts aux différences, d'autant plus lorsqu'elles concernent l'orientation sexuelle. On y reviendra...

"Sidaland, pédéland... t'as d'autres idées de pays ? Et si pour te protéger de tous des individus qui te font peur, tu construisais plutôt de grands murs autour de toi, une sorte de Sololand... ça reviendrait moins cher que d'expatrier des millions d'individus et ça se serait plus simple à mettre en œuvre". Il ne savait plus trop quoi répondre et moi, j'étais plutôt content de mon idée. La sonnerie du lycée nous départagea définitivement et pendant que les élèves se ruaient sur mon paquet de capotes, je commençais à plier ma bite en bois dans mon sac. Une fois qu'ils furent tous sortis, la jeune fille de la classe vint me voir pour me demander un préservatif féminin. -"ça va, c'est pas trop dure une classe de garçons..." - "Non, il suffit de pas trop faire la fille...". Au risque sûrement de se retrouver déporter à bitchland... Bon, il était temps de rentrer.

Publié par didurban à 15:31:12 dans Prévention | Commentaires (4) |

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Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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