Hier, dans une classe Electro-tech, j'ai demandé aux élèves d'imaginer
un scénario autour d'une rencontre. Ils ont décidé de partir sur un couple
hétéro parce que c'est plus « naturel »... Je ne manque pas de leur
rappeler que ce qui est naturel pour l'un, ne l'est pas forcément pour l'autre.
Cause toujours.
Le garçon, 20 ans, s'appelle Romano. Pour la fille, 18 ans, ils
choisissent Viviane. Ils se rencontrent à Auchan, au rayon lingerie. Viviane
est en train de choisir un soutien-gorge 95B alors que Romano, lui, s'est
perdu. Sacré Romano, il a du confondre rosbeef et soutif. Après une discussion
rondement menée (logique avec un 95B) Romano obtient le numéro de portable de
Viviane. Il l'appelle le soir même et lui propose un restaurant.
- « Au KFC ! »
- « Non, plus classe. Dans un indien. »
- « Ouais, un indien, c'est classe. »
- « Laisse tomber, ils vont bouffer du pigeon. Il vaut
mieux aller au KFC »
- « Non, il l'invite au ciné. Comme ça il lui achète des
pop-corn et ça lui revient moins cher.
-« A ce compte là, il propose une balade à
Après un débat sur l'argent qu'ils sont prêts à dépenser
pour draguer une fille (la moyenne se situe à 2-3 euros, le prix d'un kebab),
nous choisissons ensemble un restau pas trop cher. Ils boivent un peu. Avec
modération. En sortant, il l'a raccompagne car il n'y a plus de bus. En fait, si
la banlieue est mal desservie par
- « Tu sais, je crois que ça va un peu vite. Je préfère
qu'on s'arrête là et qu'on se rappelle demain. »
Le tollé est général. Certains élèves se lèvent d'un bond.
-« Quoi, elle nous chauffe à mort. Et il faudrait qu'on
parte. Moi, je l'attrape et... » Il mange la suite dans son écharpe.
Je les comprends un peu. Je leur dis que la frustration peut
être dur à avaler, que le film qu'ils avaient programmé s'arrête d'un coup,
comme un DVD rayé au mauvais endroit, juste avant la grande scène bien
« hot ». Mais je rajoute que de toutes façons, ils doivent
l'accepter, par respect pour l'autre. Toute autre décision relèverait de
l'agression. Eux, ils décident d'insister, de ne pas « lâcher
l'affaire ». Ils mettent la pression, la suivent dans l'escalier, continue
de la baratiner.
Je leur explique que la fille peut commencer à avoir peur.
Après tout, ils se connaissent peu.
- « elle n'avait qu'à pas lui proposer un café. »
- « ouais, c'est avant qu'il faut réfléchir. »
Le mot « taspé » revient dans quelques bouches.
Ils sont dans le scénar. En érection ou « en chien », selon.
- « un café, ça veut dire qu'on est prête à aller plus
loin, à faire l'amour ? »
Le débat continue sur le consentement, ses limites, sa
durée, la possibilité de le remettre en question à chaque étape. Je me rends
compte que peu de garçons laissent aux filles la possibilité de revenir sur
leur décision de départ en toute sérénité. Je me dis que parler de la transmission des IST, c'est
important mais que ce n'est pas suffisant. L'amour n'est pas uniquement une histoire d'échange de liquides, le rapport à l'autre est primordial.
C'est lui qui va déterminer la nature de la relation. Quel fantastique moyen de
prévention que le dialogue entre deux êtres qui prennent le temps de s'écouter
et surtout d'accepter les désirs de l'autre. Je suis persuadé que l'utilisation
ou non du préservatif est lié à l'équilibre de la relation. Un rapport « à
l'arrache », accepté sous la pression n'invite pas à la protection, surtout chez des jeunes de 15-20
ans, concentré uniquement sur l'acte lui-même afin d' « assurer un
maximum ». Les ados sont obnubilés par la pénétration, et du coup
négligent tout ce qui peut la devancer, la préparer. Il faut être rapide et
surtout performant. Il faut en retirer le maximum de bénéfices personnels. C'est
le libéralisme sauvage adapté à la sexualité. Le CAC 40 du plumard. D'ailleurs, pour certains, les filles
ne sont cotées qu'en bourses. Et surtout pas ailleurs.
Publié par didurban à 10:22:11 dans Prévention | Commentaires (6) | Permaliens
Décidemment en ce moment, je passe en revue toute l'échelle des possibles en matière de réactions face à un débat ouvert sur la sexualité. Après Lolita, c'est Jeanne d'Arc version musulman ou plutôt un Mahomet à l'hymen peu compliant, que j'ai rencontré. Je suis une nouvelle fois à Saint Denis, face à une classe majoritairement féminine. Il faut dire que dans les lycées généraux, le pourcentage de garçons est en nette diminution, ceux-ci étant plus nombreux à sortir du circuit en fin de collège (il parait que c'est une donnée officielle d'après un proviseur). Une jeune fille s'installe au fond de la classe laissant quelques tables vides entre elle et les autres. Le prof a dû mal à la faire avancer. Elle semble très réticente à l'idée de participer à la séance de prévention. D'ailleurs, immédiatement, elle me tourne le dos et regarde le mur du fond. Il faut reconnaître pour sa défense que nous sommes entrés tout de suite dans le vif du sujet puisqu'un garçon a parlé de « levrette ». Ne voulant pas lui faire endosser le rôle de bouc émissaire en stigmatisant son aversion pour la chose, je décide de laisser faire. Après tout, même de dos, ses oreilles peuvent parfaitement capter ce qui se dit.
Au bout d'une heure d'intervention, et suite à une question sur la pose des préservatifs, je pose sur la table le sexe en bois qui me sert pour la faire la démonstration. Là, elle jette un œil par-dessus son épaule, histoire quand même de visualiser à quoi ressemble un sexe de mec, et fait mine de partir. Le prof l'intercepte et la discussion qui s'engage au fond de la classe semble vive. Finalement, ils sortent tous les deux. Les élèves font quelques réflexions, sous-entendant une éventuelle relation entre les deux. Classique. A la fin des deux heures, une fois n'est pas coutume, une dizaine d'élèves traînent un peu et continuent de me poser des questions sur le sida et les IST. Puis le prof revient avec la fille qui s'est exclue. Celle-ci, à son invitation s'approche : « monsieur, ça ne se fait pas. Vous, les français, vous parlez trop facilement de tout ça. On ne doit pas inciter les jeunes à faire ça. » Je lui explique que si elle vit en France et qu'elle va au lycée en France, c'est qu'elle est aussi française que moi, d'autant plus qu'elle me dit être née dans l'hexagone, de parents tunisiens. En ce qui me concerne, droit du sang, droit du sol, je m'en bats les rouflaquettes. On naît ici, on grandit ici, on vit ici, alors on est d'ici. Je ne vous cache pas que je suis toujours surpris par tous ces jeunes qui n'arrivent pas à se sentir bien dans leur pays, qui parlent des « français » comme si c'était une caste à laquelle il n'appartiendront jamais. Certes, leurs familles, parfois trop enfermées dans leurs traditions, ne l'y aident pas toujours mais le quotidien leur renvoie souvent cette image d' « étrangers », qui relève presque toujours du faciès, en fonction d'une couleur de peau ou d'une manière d'être.
Elle en rajoute une couche : « vous dites qu'on peut faire ça à 15 ans (elle fait référence à l'âge du consentement sexuel), c'est trop jeune. Et puis au lieu de parler du préservatif, il vaudrait mieux parler de fidélité, d'abstinence, de virginité. » J'en déduit qu'en langage coranique « ça » veut dire faire l'amour, le terme choisi ne déclenchant pas vraiment l'hystérie côté libido. Je décide de ne pas tomber dans le panneau, et de lui démontrer (même si mon fort intérieur bouillonne d'envie de lui rappeler les fondamentaux de la laïcité) mon fantastique esprit d'ouverture vis-à-vis des religions, puisque c'est bien de ça qu'il s'agit : « Je n'incite personne à rien. J'ouvre un espace de parole sur un sujet sensible, la sexualité, que vous ne pouvez pas toujours aborder avec vos parents. Sur la virginité, l'abstinence, tu as le droit d'avoir tes idées, de faire tes choix. Si tenté que ce soient vraiment les tiens. Mais tu peux entendre que d'autres n'ont pas le même regard sur la vie et leurs relations et souhaitent avoir une information sur les IST, la contraception... De plus, nous avons aussi beaucoup parlé de la relation à l'autre, de la position de chacun dans le couple, des limites qu'on se doit de poser, de ce qu'il est possible de faire ou ne pas faire... Et puis même si tu restes vierge jusqu'au mariage, tu auras peut-être un jour des relations sexuelles pour avoir des enfants. » C'est pas beau comme esprit d'ouverture, ça ? Comme elle revenait à la charge, en me signifiant que j'étais tout de même l'hérétique de service, les autres élèves sont venus à ma rescousse. Quatre autres jeunes filles l'ont prises à partie : « Mais d'où tu sors toi ? Tu crois que ton mari va te rester fidèle ? Qu'il sera vierge, lui ? On n'est plus au Moyen-âge. Ce n'est pas ta famille et tes parents qui vont vivre ta vie. On n'est pas obligé de tout leur dire... »
Les arguments fusent. Je les regarde avec beaucoup de considération. Les publicitaires post-coupe du monde les décrierais comme cette France Black-blanc-beur qui s'est découverte une unité. Elles font front à la tradition archaïque, leurs familles de « blédard », la loi du quartier... L'accès à l'éducation, le lycée, voilà une solution pour toutes ses filles enfermées dans leur rôle de mère pondeuse par des types, qui sous le couvert d'une religion sexiste vont se poser beaucoup moins d'interdit qu'à leur femme. La fille hausse les épaules, me jette un regard assassin et s'en va. Elle est quand même revenue me dire ce qu'elle pensait. De plus, elle continue dans la cour de débattre avec les autres et c'est tout à son honneur. Ça ne doit pas être facile pour elle, de vivre tiraillée entre les traditions familiales qui l'ont formatée pour offrir sa virginité à un type qu'elle ne choisira probablement pas et son environnement scolaire quotidien plus enclin au flirt sans lendemain. Je me dis que la religion manque juste d'un peu de lubrifiant, pour se laisser pénétrer par la modernité.
Publié par didurban à 12:30:32 dans Prévention | Commentaires (1) | Permaliens
Et puis, une question est venue sur les risques de
contracter le virus du sida. Etaient-ils toujours aussi importants ? La
jeune fille répond à ma place : « le sida ? Il faut faire
attention. Moi je fais l'amour sans préservatifs mais qu'avec des garçons que
je connais. Mais je prends la pilule.» Adieu Lolita. Sa phrase m'a fait
immédiatement oublier son petit jeu de séduction et le militant que je suis,
n'y a vu qu'une jeune fille mettant désespéramment sa vie en danger.
« - Tu penses vraiment que toutes tes amants sont au
clair avec leur statut sérologique ? Qu'ils ont fait des tests ? De
plus, penses-tu qu'on annonce toujours à son partenaire si on est infecté ou
pas par une IST ? Ne pense pas qu'au sida, il y a aussi les Chlamydia,
l'herpès, les infections à condylomes, les hépatites... »
Elle reste sans voix. Ses yeux sont moins rieurs, sa bouche se tord un peu. Elle redevient une petite fille surprise en train de faire une bêtise. « - mais je les connaîs, je suis sûre. C'est des mecs de mon quartier. » Je décide de parler des tests de dépistage et du temps d'incubation des virus. J'explique que beaucoup de gens vivent sans savoir qu'ils sont contaminés, que certaines IST ne se développent pas chez l'homme mais se transforment en maladie chez la femme. Je fais un tableau sur les transmissions avec les différents liquides qui peuvent véhiculer les virus. Je rappelle que la pilule la protège des risques de grossesse, mais en aucun cas des risques d'infections. Elle écoute, sérieuse. « - Monsieur, vous me faites flipper, là ». Vu l'expression de son visage, je me dis qu'elle ne bluffait pas, qu'elle a déjà eu des relations avec de nombreux partenaires. Et sans préservatifs.
Je réexplique que je ne suis pas là pour faire peur mais pour informer. Libres à eux d'avoir la sexualité qu'ils souhaitent mais en connaissance de cause, en personnes responsables de leur corps mais aussi de celui des autres. La sonnerie retentit. Les élèves se servent en préservatifs et cours papoter dans les couloirs. Elle se lève, prend un préservatif féminin et deux masculins, et me dit « merci, monsieur, c'était vraiment bien. J'ai appris plein de choses. » Je n'en suis pas si sûre que ça mais bon vent quand même, Lolita. Et surtout fais attention à toi.
Publié par didurban à 15:13:01 dans Prévention | Commentaires (1) | Permaliens
Journée de la femme oblige ou simple coïncidence, j'ai eu hier,
une classe de filles en CAP couture dans les Hauts-de-Seine. Celles-ci étaient
très défavorables au fait que ce soit un homme qui vienne animer l'intervention
sur la sexualité. Ça râlait sec dans les couloirs et certaines voulaient même
rentrer chez elles. À peine installés, je leur ai immédiatement proposé de
mettre des mots sur leur gêne afin de pouvoir dépasser ce problème qui aurait
pu plomber le débat. La peur d'être jugée comme étant des « filles
faciles », « portées sur la chose », par un homme semblait les
préoccuper. Je leur ai expliqué que je n'étais pas là pour les juger et surtout
que je ne divulguerais pas leurs paroles aux professeurs ou au proviseur... De
plus, nous étions là pour parler de la
sexualité et non pas de leur
sexualité. Ce fût un argument satisfaisant pour les filles musulmanes, à qui je
certifiais pour enfoncer le clou, que je n'appellerais pas leurs pères ou leurs
frères pour leur dire que nous avons parlé de rupture d'hymen, de clitoris ou
de secrétions vaginales, voire pire, (sortez vos gousses d'ail, crucifix et
autres coran), d'orgasme. Si elles avaient des questions plus personnelles,
l'infirmière pouvait servir bien sûr de relais.
Une fois rassurées, nous avons beaucoup travaillé sur la
notion de consentement et tout ce qui pouvait se faire, se dire avant l'acte
sexuel. J'ai élaboré des questions à partir d'un document canadien sur les relations
entre partenaires et la règle des 3C : Connaître ses propres désirs et
limites, Communiquer efficacement avec l'autre pour les exprimer et la notion
de Consentement éclairé, même si souvent « ça se passe dans le noir »
comme me l'a signalé une élève, avec humour. Elles étaient unanimes sur le fait
que c'était difficile de dire à son partenaire qu'on refusait un acte sexuel,
ou que l'on ne souhaitait pas avoir telle ou telle pratique. Après avoir
travaillé ensemble sur les raisons, nous avons mis à jour que la crainte, la
peur de la réaction des garçons, en était la cause.
Puis, nous avons essayé de définir ensemble la notion de
consentement mutuel. Le problème est que bon nombre d'entre elles avaient déjà
subies des pressions, des manipulations voire des gestes violents ou incitatifs
et qu'elles avaient fait l'amour sans être vraiment certaines de le vouloir
vraiment. Une fille me dit même résignée, que tel est le destin de la femme, à
cause de la « pomme ». Cette référence au jardin d'Eden, paradis
perdu à cause d'une femme, la première de l'humanité, qui s'est laissé tenter
par un serpent à deux boules ( ?), un spermatozoïde reptilien ( ?),
un vît à gland fourchu ( ?), m'a
toujours laissé de marbre. J'ai toujours eu du mal avec la genèse de
l'humanité, surtout lorsqu'elle est
teintée de culpabilité.
Nous avons passé beaucoup de temps à échanger autour de l' « avant »,
comment on peut se préparer au mieux pour avoir une relation à fort bénéfice,
sans regrets. - « On parle pas de sexe, alors ? » La question
a fait rire toute la classe. Elle rougit un peu quand je la regarde : - « Mais
nous en parlons depuis une heure !! Et puis, je croyais que vous ne
vouliez pas en parler en présence d'un homme !! La sexualité se
réduit-elle seulement à l'acte ? Et après comment on se sent ? Qu'est
ce qu'on se dit ? Mais si vous voulez qu'on parle des pratiques sexuelles,
on peut. Mangeons la pomme, et jusqu'au trognon, tiens ! »
Nous avons abordé les pratiques sexuelles sans aucune gêne, sans problèmes, sans tomber bien sûr dans la surenchère. Beaucoup de questions portaient sur la fellation, la sodomie, les risques liés à ces pratiques... Franchement, à quoi bon organiser une « journée de la femme ». Elles n'en ont aucunement besoin. C'est sûrement les hommes qui en sont les instigateurs, juste pour se déculpabiliser de cette furieuse envie de croquer qui les taraudent tout le reste de l'année.
Publié par didurban à 14:27:23 dans Prévention | Commentaires (0) | Permaliens
Qui a traversé Saint Denis et ses environs sous la pluie peut
avoir une petite idée de ce que voulait dire Baudelaire, quand il parlait du
« ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle, Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis». Sauf que dans le spleen, une
dimension romantique très forte se dégage du mal-être, l'impuissance de l'âme
du poète face à une nature dégradée vire au sublime. En ce qui me concerne, ce
n'est que du glauque que j'ai trouvé, sur place, dans le centre d'apprentis que
je suis allé voir aujourd'hui. Pas de spleen sublimé, pas un soupçon de
romantisme, encore moins un doigt de poésie. J'y ai rencontré des futurs
chauffagistes qui comparent la sexualité à un examen de tuyauterie, c'était
sans surprises et tellement classique. Ça a fait la blague, comme on dit.
J'ai eu droit quand même à un numéro de haute voltige de
l'intellect, une démonstration de funambule du fait divers frisant la rupture
de synapses. Nous parlions du consentement dans le rapport sexuel, notion pas
toujours très claire, car nombreux sont ceux qui pensent qu'un silence veut
dire oui, qu'un oui est définitif et qu'un non peut éventuellement se négocier.
Sujet oblige, j'abordais le problème du viol et de ses sanctions pénales. Un
jeune d'origine ivoirienne (il tiendra à me le signaler), me demande alors qui
sont les plus grands violeurs. J'ai du mal à percevoir le pourquoi du comment
de sa question et je lui explique que dans le profil des violeurs, on retrouve
souvent des accidents de parcours, une enfance brisée, parfois marquée par des
violences, sexuelles ou morales. Il me coupe la chique et me réitère sa
question en soulignant qu'il voulait me faire dire si les violeurs étaient
plutôt des noirs, des arabes ou des français. Je lui réplique qu'on peut être
noir et français, arabe et français, et pourquoi pas les trois à la fois... Il
finit par se déclarer lui-même français, comme pour s'en convaincre.
Il me dit que son employeur passe son temps à dénigrer les
noirs et les arabes. Et que pour répondre à celui-ci, il lui avait amené des
articles du Parisien qui relataient des viols commis par des blancs, des français.
Souvent, c'étaient eux les violeurs. D'ailleurs en bas de son immeuble, l'autre
jour, un type blanc traînait autour des gosses qui jouaient au foot. Il est
descendu pour lui dire de dégager, sinon il le « fumait ». « Les
Fourniret et autres Dutroux, ils étaient bien blanc monsieur ». Les noirs
et les arabes, ils ne violent pas. Je lui explique qu'il parait difficile de
dresser un portrait-robot du violeur type en fonction de sa couleur de peau et
que dans le cadre de mon travail auprès de familles africaines touchées par le
VIH, j'ai rencontré des jeunes femmes ayant subies des violences de la part de
leur ami/concubin/mari/voisin/cousin... Il doute de la véracité de mes propos, à
la manière de ces Africains qui me laissaient entendre que les blancs avaient
amener le sida en Afrique. Qu'importe, je continue l'intervention sur la
transmission des IST, histoire de ne pas tomber dans un dialogue avec lui, au
détriment des autres.
Mais quelques minutes plus tard, il revient à la charge. Il raconte qu'un soir un de ses potes « voulait »une fille qui discutait au bar avec son copain. Son pote se débrouille pour faire sortir le copain et le « fumer », puis viole la fille. Ça le fait marrer. Son raccourci d'histoire sent la supercherie, la provocation. Il me teste et je le sens à cran, prêt à en découdre. L'histoire de ce jeune homme semble chargée. Ses yeux sont fuyants, le regard presque fou. Il monopolise la parole sur des histoires d'agression, dont il semble se délecter, se repaître. Je suis inquiet quand à ses réactions, le sujet devenant trop sensible. Je décide donc de passer à la pose du préservatif, la dimension pratique nous éloignant un temps du débat. A la sonnerie, je m'approche de la prof de SVT et je lui demande son avis sur les difficultés de ce garçon. Elle me répond, encore sous le choc de la violence des propos tenus, que la plupart des élèves présents ont eu des parcours chaotiques, que certains relèvent de suivi psy, d'accompagnement social... Ils rêvent d'être chauffagistes pour aller dépanner les femmes seules. Je vais demander à ma copine de ne plus ouvrir aux chauffagistes. Je repars sous la pluie, dans la grisaille de la banlieue Nord. Alors, « l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. » Baudelaire devait sûrement faire des interventions sur la sexualité dans les CFA.
Publié par didurban à 22:02:08 dans Prévention | Commentaires (1) | Permaliens
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