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Souriez, vous êtes virés. | 22 janvier 2008

D'entrée, elle m'a toisée du regard, en imposant un rapport de force, avec de vrais yeux revolvers (pour ceux ou celles qui ont la nostalgie des variétés des années 80). Les cheveux bien tirés, le jogging gris difforme, le tee-shirt dernière démarque de chez Sympa à Pantin... Elle semble osciller entre les deux sexes, masculine pour le direct au foie, féminine dans l'esquive, sapée plus sac que sexy au nom du Coran. Elle se promène dans la classe comme télécommandée par ses nerfs, évitant la position repos. Elle parle fort, joue avec son portable et m'insulte à mots couverts. Les mots, je les devine aux éclairs de son regard, je les traduis aux rires gênés de ses voisines. J'hésite à la virer car son agressivité parle pour elle : c'est ce qu'elle cherche. Je tiens la barre pendant 1 heure, partagé entre l'agacement et l'envie de la gifler.
Elles sont 22 à bavarder entre elles comme si je n'étais pas là, me posant des questions sans en attendre les réponses, se traitant parfois de sale pute, mais toujours « sur le Coran ma sœur », en mâchant, la bouche ouverte par ultime provocation, un chewing-gum qui n'a probablement plus de goût.
Du coup, je sors l'arme fatale, la fameuse histoire qui bruit dans les couloirs, grossissant de bouches en oreilles, le matin ruisseau, le soir tsunami... Une fille a sucé un mec et s'est laissé filmer par sa copine. Celle-ci a envoyé les images à d'autres et la scène a fait le tour du lycée. L'actrice a été virée et la réalisatrice graciée. Autrement dit, l'exhibitionniste est bannie et la voyeuse, starifiée... D'un coup, les filles prennent parti. La salope est jugée sans la moindre empathie. Sa réputation est faite et définitive.
J'ai beau leur dire que la jeune fille n'a peut-être pas, tout bêtement, mesuré toutes les conséquences de son acte, qu'elle a certainement été doublée par sa fausse sœur et que la circulation des images n'était pas prévue au programme, que sa façon de s'exhiber cache peut-être une fragilité, un déséquilibre, une sale histoire... Qu'importe, elles l'ont clouée au pilori et je me suis dit que Badinter avait bien fait de proposer l'abolition de la peine de mort...
Je n'ai pas trop insisté et, à la demande générale, nous sommes passé aux préservatifs, comme un sparadrap sur une jambe de bois, un cheveu sur la soupe, un diaphragme dans un anus...
Alors, au moment de la manipulation des capotes, la nerveuse de service s'est approchée, a suivi le moindre de mes gestes, le regard bloqué sur le phallus en bois et s'est même fendue d'un sourire au moment de partir. Puis se reprenant, elle a ponctué sa sortie d'une savate sur la pauvre porte qui avait déjà tant souffert. Par la suite, l'infirmière me confirmera les difficultés familiales de cette jeune fille et ses nombreuses fugues, mises à pied...
Ce qui m'a le plus désolé dans cette animation, c'est que les filles n'avaient de cesse de ponctuer leurs phrases d'un « vous les Français », détaché et parfois envieux. Elles s'autoproclamaient noires, arabes, musulmanes... J'ai écouté ce matin Fadela Amara sur France Inter. Elle a insisté sur l'importance de l'intégration et surtout du sentiment d'appartenance des jeunes des quartiers à notre société. Ces gamines qui sont françaises depuis parfois 3 générations sont loin du compte. Souriez, vous êtes expulsés...

Publié par didurban à 10:28:28 dans Prévention | Commentaires (18) |

Doris vaut bien une grève… | 23 novembre 2007

Ils sont cinq à tenir le crachoir, postillonnant leur éternelles vannes de cités, niveau « vase-bitume ». Impossible de les calmer, le sujet les rendant prolixes. Certains des autres élèves sourient à leurs blagues, d'autres haussent les yeux au ciel. Ils ont démarré fort, par un grand classique des animations, ce que j'ai finit par appeler « la coupe du monde des séropos » :
- Monsieur, y'a beaucoup de malades au Mali ?
- Oui, le Mali est un pays touché par la pandémie. Mais...
Les rires fusent , les doigts désignent. Celui qui ne rigole pas reprend :
- Et au Congo, Monsieur ?
- Oui, le Congo aussi...
Les rires reprennent. Mais cette fois, celui qui ne rigole pas n'est plus le même... Et ainsi de suite, en passant en revue, le pays d'origine de l'un ou l'autre.
Afrique, tu te meurs et tes petits-enfants, français aujourd'hui, se foutent de ta gueule...

Puis, nous avons parlé des relations filles/garçons et comment ils envisageaient leur avenir amoureux. Hétérosexuel, bien sûr, l'avenir. Parce que c'est bien connu, l'homosexuel est aux quartiers, ce que Ness est au Loch, un monstre qui sommeille et qu'on aperçoit les soirs de fog au pays des hommes en jupe.
Leurs femmes seront vierges, fidèles, bien roulées, bonnes cuisinières et surtout devront avoir une bonne paire de "boops" pour satisfaire à la fois leurs fantasmes élevés aux mamelles pornographiques et allaiter la tripotée de morveux issus d'un siège continu de leur utérus. Mais avant la cérémonie nuptiale, elles ne doivent pas sortir seules et encore moins avec le string qui dépasse ou le short trop court. Autrement dit, elles n'ont pas le choix de leur garde-robe et doivent commander en VPC au rayon burka des Galeries Talibans... Pas question d'essayer en cabines, on ne sait jamais, avec les miroirs sans tain.
Ceci dit, je commence à être rodé à ce type de discours, un rien provo dans le conventionnel barbu... Autrement dit, je m'ennuyais presque.
Et puis, il y a eu un éclair : elle s'est présentée sous le prénom de Doris et leur a tout balancé aux Pits de la morale. Que toutes les filles n'avaient pas forcément envie de vivre dans des sacs, qu'elles ne les emmerdaient pas quand ils avaient le caleçon qui sortaient du pantalon porté aux genoux, qu'elle ne serait pas forcément vierge au moment du mariage et qu'elle n'irait pas se faire recoudre un semblant d'hymen, qu'elle travaillerait et que son mec, et ben, elle irait le chercher ailleurs...

Ils ont été soufflés les censeurs. D'autant plus que Doris était assise à leurs côtés, qu'elle était jolie et que visiblement, plus d'un en pinçait pour elle. Je les ai senti déstabilisés, refroidis dans leurs ardeurs de jihad domestique... Doris avait lancé les hostilités et d'autres filles suivaient, voire d'autres garçons, plus effacés... Doucement, la classe a basculé dans la révolte. Les timides, les humiliés, les offensés ont pris à leur compte cette parole qu'on leur offrait, leur restituait. Deux heures de liberté pour se dédouaner du joug des dictateurs. Le débat a duré, avec des cris et beaucoup de bruit. J'ai essayé tant bien que mal de réguler avec équité les temps de parole et j'ai surtout laissé faire. Je me suis dit que l'école publique prenait là toute sa vraie dimension, celle de l'éducatif et du débat, celle de l'ouverture et de la liberté de parole, cette dimension laïque et indépendante qu'on se doit de défendre. Pour preuve, nous sommes rarement conviés dans le privé, où les ados, c'est bien connu, n'ont pas de sexualité. Alors, un jour de grève de temps à autre pour la soutenir cette école, c'est si grave que ça ?...

Publié par didurban à 09:38:41 dans Prévention | Commentaires (28) |

La capote du diable | 16 octobre 2007

D'entrée, il s'est mis à l'écart. Il est rentré dans la salle comme une balle, s'est précipité au fond de la classe, a reculé au maximum sa table et s'est bouché les oreilles... Puis il s'est écroulé sur celle-ci, faisant corps avec elle, pour disparaître de mon champ de vision, devenir une simple excroissance du mobilier... Comme inanimé. Je n'ai pas relevé, ne voulant pas le stigmatiser. Ce sont les autres qui en ont rajouté :

- Il est puceau, M'sieur, il ne veut pas entendre le mot sexe.

- Et pourtant, il kiffe grave... Regardez, il se frotte à la table.

- C'est ramadan, M'sieur. Il dit qu'il n'a pas le droit d'écouter ça... mais c'est un chaud.

Il a relevé la tête, preuve que les sons traversent facilement la paume des mains. Il a sourit bêtement, un rien gêné. J'ai senti un peu de détresse dans son regard fuyant. J'ai préféré laisser faire plutôt que de lui mettre la classe à dos, rappelant quand même le cadre de mon intervention, dans le respect des sensibilités de chacun.

L'intervention s'est déroulée normalement avec une classe plutôt participative et les deux-trois grandes gueules habituelles qui avaient déjà tout vu, tout tenté, tout vécu, les professionnels de la baise. Je le surveillais du coin de l'œil et je m'aperçu rapidement qu'il avait légèrement incliné sa tête pour s'offrir un meilleur angle de vue et d'écoute tout en conservant une pseudo attitude de repli.

Je n'ai pas remarqué le garçon qui grâce à une belle plongée en apnée sous les tables, avait réussi a récupéré le préservatif de démonstration dans la poubelle. A la sonnerie, il s'est précipité sur l'exilé du fond et lui a chatouillé l'oreille avec. Les autres, autour, comme une meute de hyènes, excitées par l'odeur du lubrifiant, se sont mis à hurler de rire. Une fille s'est saisie de la capote et l'a jetée sur le visage du malheureux garçon. J'ai entendu un hurlement et il s'est précipité à l'extérieur comme si le diable était à ses trousses.

Au moment de quitter l'établissement, la proviseure m'a interpellé :

- Que s'est-il passé, un élève est arrivé en courant et a demandé qu'on lui ouvre la porte rapidement...Il avait l'air tourmenté... Et il n'a pas voulu répondre à mes questions.

Je lui narre la scène, signalant mon étonnement quand au caractère disproportionné de sa réaction. Nous convenons que l'évènement devra être repris le plus tôt possible avec l'infirmière.

Plusieurs témoins ont vu le garçon dévaler la rue du lycée. Aux dernières nouvelles, il aurait pris la porte de Bagnolet, puis le périphérique. Peut-être qu'il continue de tourner aujourd'hui.

Ses parents vont peut-être porter plainte pour « incitation à la débauche » ou « tentative d'homicide religieux par préservatif ». Je me suis dit que je contre-attaquerais pour « satanisation abusive de pulsions naturelles»...

Publié par didurban à 09:49:36 dans Prévention | Commentaires (33) |

Les tricards de la trique | 28 septembre 2007

Aujourd'hui, le préservatif fait partie des meubles. D'ailleurs on pourra bientôt l'acheter en kit avec des étagères Billy et un sandwich à la viande de renne. Il a migré du fond de la bibliothèque bien planqué derrière le Petit Robert au premier tiroir de l'armoire à pharmacie familiale, puis à côté des épices au-dessus du plan de travail de la cuisine. Certains en font même la collection, comme les figurines Panini ou les boites de camembert. Pour la plupart, ils font office de petit supplément qui vient pimenter la partie de jambe en l'air, au même titre que le porte-jarretelles ou le sex toy. On n'est plus dans les années 60, quoi !

Le condom est banalisé, intégré, partagé, visualisé, échangé, marketé, tête-de-gondolé, publivorisé, voire ballonné ou bombaoïsé dans les collèges et lycées... Quand plus de 80% des jeunes nous assurent utiliser un préservatif lors de leurs premiers rapports, l'acteur de prévention que je suis devrait donc être sûr de son fait... Nous nous sommes enfin appropriés ce qui est censé nous sauver de ces saloperies de chlams et cette pourriture de rétrovirus. Et pourtant, un doute m'étreint. Pourquoi beaucoup de jeunes hommes ou adolescents avouent régulièrement s'en passer ? Pourquoi certains de mes potes d'âge mûrs (ils me pardonneront) soupirent et lèvent les yeux aux ciel lorsqu'on aborde le sujet ? Quand j'invite les lycéens à réfléchir sur les contraintes du préservatif, c'est essentiellement le manque de sensations qui squatte le haut du listing. L'épaisseur moyenne d'un préservatif  dans le commerce est de 0,060 mm. Franchement, le feu d'artifice d'hormones et sa kyrielle de fantasmes projetés en 3D dans notre cerveau, associé à toutes sortes de sensations tactiles, ça devrait facilement nous aider à dépasser les 6 microns de latex que nous avons sur notre sexe. Alors, le manque de sensation, il a souvent bon dos.  

Au sein du groupe, on fait souvent référence au déficit de sensations causé par le latex, comme pour justifier de son expérience aux yeux des autres... Autrement dit, si on sait, c'est qu'on l'a déjà fait. Mais, curieusement, l'individu, une fois seul, et après avoir dans un mouvement circulaire de la tête vérifier que personne ne pouvait l'entendre, finit par avouer que le préservatif le fait débander. Et il se sent très con et très seul, le faiblard de la trique, la bite en berne, scrutant sur le visage de sa ou son partenaire le moindre rictus. Comme le préservatif l'empêche d'avoir une sexualité épanouie et bien basta... Mieux vaut bander et prouver sa virilité que choper la chtouille...

Aussi quand les filles me disent qu'elles éconduisent immédiatement un mec qui refuse d'avoir un rapport protégé, je leur demande de faire l'effort de demander les raisons au principal intéressé avant de le congédier... Peut-être que c'est ce problème d'érection qui l'inquiète et que pour lui c'est difficile d'en parler. A quoi bon deviser sur la protection si on ne parle pas de relation, donc de discussion et de confiance ?...

Publié par didurban à 10:43:51 dans Prévention | Commentaires (17) |

Cracher dans ta reum | 17 juillet 2007

Cracher. J'entends beaucoup ce mot qui signifie, chez les ados, éjaculer. Du moins, j'ose espérer qu'il ne sévit que chez les ados ?! Son emploi est souvent justifié par une sorte de dialectique générationnelle, un effet de mode insufflé par la télé-réalité et ses îles tentatrices, la rumeur de la rue ou tout bêtement parce que "toutlemondeleditM'sieur".

Beaucoup ne se pose même plus la question du sens de ce mot, de sa portée. Par principe, je reprends toujours les élèves qui utilisent ce terme qui accorde peu de crédit à l'autre. Quand on "crache" sur quelqu'un, on n'exprime que du mépris. A fortiori quand on "crache" à l'intérieur du sexe de quelqu'un...Le summum, c'est quand on "défonce" à mort avant de "cracher"...

Dans une classe où les élèves maintenaient que le terme n'était ni pire, ni mieux qu'un autre, et qui me laissaient entendre que j'étais totalement "has been", je leur posais la question : - Diriez vous par exemple : "le soir où j'ai été conçu, mon père a bien craché dans ma mère..." ou "Hier soir, j'ai entendu mes parents baiser. Mon père a craché et ils se sont endormis." Ce qui revenait à dire, vous n'êtes que des fils de glaviots, des raclures de fond de gorge mélangées à un reste de morve... Autrement dit, des résidus d'herpès labial à la sauce enzymatique (Tiens, à la rentrée, je vais essayer cette phrase, juste pour voir les réactions...).

Certes la référence aux parents peut paraître facile, un rien provocatrice, voire abusive mais, ils l'avaient bien cherché et surtout le blanc qui a ponctué ma phrase a démontré que j'avais fait mouche. Le mot "cracher" dans la couche parentale, ça fait tâche. Déjà que les ados ont du mal à imaginer la libido de leurs vieux, ils les voient encore moins se cracher dessus, en dessous.

Par pur jeunisme ou par mimétisme à la mode Canal Plus ou Cauet, je comprends qu'on puisse utiliser le verlan ou l'argot des jeunes. D'ailleurs, pour animer des soirées de quadra parfois trop ennuyeuse, je m'amuse à le faire. Ça donne du piment à mes histoires de capotes. Par contre, je pense que notre rôle d'éducateurs est de reprendre systématiquement les termes irrespectueux voire injurieux pour éviter de les cautionner.

Le mot "cracher" doit disparaître du vocabulaire de la sexualité. Parce qu'on commence par "défoncer", puis "cracher", et qu'on finit par "jeter", voire "latter" ou "fumer"... Autrement dit, faire l'amour relève plus de la baston de rue que du partage des émotions. On associe, une fois de plus, l'autre à un produit de consommation, qu'on crache quand il a mauvais goût.

Et puis, en général, une fois qu'on a craché, on se détourne par dégoût. On regarde rarement la cible de notre projection salivaire. On se retire, on se rhabille et on se tire en abandonnant l'autre, souillé.

L'amour, l'envie, le désir, ça doit faire saliver. Par contre, il vaut mieux garder son crachat pour les tombes. C'est plus érudit.

Publié par didurban à 11:43:21 dans Prévention | Commentaires (19) |

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Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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Lisabuzz.com parle de Dr Kpote et Mr Sexuel : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Dr Kpote et Mr Sexuel, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Didurban mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Dr Kpote et Mr Sexuel et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

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