C'était à Yerres dans le 91 :
- Vous savez, notre cerveau libère naturellement des endorphines pour lutter contre la douleur.
- Pourtant, on ne nous tape pas toujours sur le cerveau...
- Heu, qu'est ce que tu veux dire par là ?
- Il faut taper sur le cerveau pour qu'il libère les trucs dont vous parlez...?
- Les endorphines. Non, n'importe où pourquoi ?
- Parce que mon père quand il me met des coups de ceintures, ça libère rien du tout. J'ai mal quand même. Tout le monde en a des endorphines ou y'en a qui n'en n'ont pas ?
On échange un regard avec l'infirmière. On s'est immédiatement compris. Lui, il était bon pour un entretien de Noël en privé.
Publié par didurban à 10:59:49 dans Prévention | Commentaires (3) | Permaliens
RER D... Goussainville... Je traverse une zone d'activités en chantier. Les vitres fumées des voitures tunées jusqu'au siège bébé, vibrent à grands coups de woofer. Toutes les 30 secondes, un avion en phase d'atterrissage me passe juste au-dessus de la tête... Il est 8 heures 30 et je me demande vraiment ce que je fous là.
La ZAC est en chantier. Le ciel est bas. Le lycée est gris.... La première classe est du genre casse-couilles. Dès les premières secondes, je le sens. Ils parlent tous en même temps, sortent sans arrêt leurs portables, passent d'une chaise à l'autre, se toisent, s'insultent. Toutefois, les questions sur le sida fusent, se superposant les unes aux autres, snippant les réponses en plein vol avant même le point final, pour les laisser crever à peine formulées. On est en plein débat d'idées version stand de tir à la foire du trône.
Au bout d'une heure, un peu usé, comme un apprenti tennisman devant la machine à balles, je décide de passer à la phase audio-visuelle histoire de canaliser un peu l'attention. À l'annonce de ma décision, j'ai droit aux éternelles vannes sur les films de boules et Clara Morgane, décidément indémodable.
J'extrais de son boîtier le DVD « nés avec préservatifs » produit par Sidaction, tout en espérant que cette série de portraits de jeunes parlant du sida va les calmer. Je pense particulièrement au témoignage de Kumba, une jeune fille d'origine africaine, séropositive, qui témoigne à visage caché, lors de sa consultation à l'hôpital.
Mais à cause d'une petite erreur de manipulation, c'est le visage de Guillaume, jeune homosexuel qui fait son outing auprès de son père, qui occupe l'écran...
Immédiatement, les railleries et les insultes fusent...Tout le monde, filles et garçons, se fout de la gueule de Guillaume et plus personne n'écoute... Cette fois, je fatigue vraiment.
J'appuie sur pause au moment même où le jeune ado partage son repas avec son père. Il y a immédiatement un blanc dans la classe car l'image en station est celle d'une assiette de lentilles... J'ai eu, d'un coup, comme une envie de les promener, histoire de reprendre la main, de montrer qui était le Boss.
- Je voudrais attirer votre attention sur l'importance de cette image...
Silence. Regards interrogateurs.
- J'insiste. En quoi cette image est-elle importante ?
- Je sais M'sieur. Y'a du fer dans les lentilles et quand on est malade du sida, on a besoin de force...
Bingo. Ma digression fait mouche. Comme dans les jeux vidéos, on peut enfin accéder au niveau supérieur. Du coup on parle des effets de la maladie, du regard des autres et surtout de l'association que beaucoup font encore entre homosexualité et sida... Je déroule avant de relancer le film.
Les insultes reprenant de plus belles, je refais une pause sur une image au hasard.
- Et là, un détail devrait vous alerter...
Ça fume sous les scalps, mais rien ne sort.
- Je vous aide : le baromètre au second plan. Tous les matins, les séropositifs doivent vérifier la pression atmosphérique avant de sortir. Sinon, c'est l'implosion... Une trop grosse pression et leurs cœurs battent moins vite... Ils risquent une déstabilisation émotionnelle... (Rien que ça !)
Enfin le silence.
- Vous êtes sérieux, là monsieur ? ça craint !
- Mais comment y font s'ils n'ont pas de baromètre ?...
Ils y avaient les sceptiques qui scrutaient mon visage et les convaincus vraiment abattus. On était en plein dans le Vendée-Globe version VIH, avec des skippeurs tâtant de la pression pour choisir le meilleur itinéraire...
J'ai fini par leur faire comprendre que je me foutais un peu de leur gueule mais que cette métaphore n'était pas si éloignée de la réalité.... En tout cas, on a pu échanger. Comme des bâtards.
Publié par didurban à 10:49:07 dans Prévention | Commentaires (11) | Permaliens
Natty - bedroom eyes
Il est recroquevillé sur sa table
comme un sénior en manque de DHEA et sans connexion internet pour contacter son
dealer. L'omoplate gauche est saillante sous le pull jacquard. Il est bancal, limite
désossé, bien que pas vraiment du genre à fréquenter
Il y a beaucoup de filles dans sa classe et forcément, on parle de contraception, quelle soit quotidienne ou d'urgence, puis d'avortement. Forcément. Je sens qu'il vit un calvaire, qu'il eût préféré faire Paris-Chartres à genoux puis rallier St-Jacques-de-Compostelle sur ses moignons restants, que peut-être il se récite déjà des « Notre père » pour expier. La prof n'avait pas besoin de me stipuler, à la pause, qu'il était le fruit d'une union à consonance latine, sans mariachis mais opus dei, catholique et intégriste. Comme beaucoup d'autres dans ce lycée du VIIe. Cette étiquette, il la porte, elle l'habite. Le pire est qu'il a choisit le premier rang et que mon sac de lubrifiant et de préservatifs est à quelques centimètres de lui. Satan à portée de mains, la luxure à portée de gland. La capote d'ailleurs, il me le rendra à la fin, ni dédaigneux, ni dégoutté... juste pas concerné.
Dans « l'enquête sur la sexualité en France » de Nathalie Bajos et Michel Bozon (Ed. la découverte), ma bible, mon coran, mes saintes écritures à moi, j'ai lu que si la génération des femmes de 60 ans avaient entendu parler de contraception essentiellement grâce à leurs pairs, les filles de 18-20 ans citaient en premier l'école comme source d'information. C'est dire la responsabilité qui nous incombe de faire passer le message, le plus juste qu'il soit. Ça donne aussi du grain à moudre à tous ceux qui critiquent cette école publique qui aurait un peu trop ouvert son champs pédagogique à des faits de société (la sexualité, les conduites addictives, la différence, l'homophobie ...) pour faire de nos enfants, non plus des puits de savoir mais de futurs citoyens en phase avec leur temps.
Nous sommes peu demandés dans les établissements confessionnels et probablement que la famille de ce jeune homme allait demander dès ce soir sa mutation pour un établissement plus hermétique aux débats sur la sexualité et autres joyeusetés engendrées par le vrai monde. Les voies du seigneur, qu'elles soient génitales ou pas, se doivent de demeurer impénétrables. Histoire de faire usiner la fabrique de Croisés.
Publié par didurban à 16:14:27 dans Prévention | Commentaires (0) | Permaliens
Ils ne sont que deux. Le reste de la classe a filé. Je me vois déjà, rentrant plus tôt, surfant sur le net, une bière fraîche à portée de main. Mais, ils me prennent de vitesse, réclamant une animation privée, en petit comité. Ils ont des questions et ne sont pas pressés. C'est si rare que je me fais un plaisir d'accepter. L'infirmière nous laisse sa pièce de repos à disposition. C'est plus intime qu'une grande classe vide. Ils veulent voir le préservatif féminin, cette curiosité, dont ils ont entendu parlé mais qu'ils n'ont jamais testé. L'objet les laisse sceptiques.
- « Avec ça, on doit avoir l'impression de taper dans le plastique »
- « Taper ? »
- ...
- « Ça te semble le mot approprié pour décrire une relation sexuelle ? »
- « Heu, vous m'avez compris... »
Une fois de plus, on se refait un petit débat sur les mots utilisés, leur signification, les interprétations possibles... Une fois de plus, ils conviennent qu'on peut décrire autrement, mais que tous les jeunes parlent ainsi... Rassurant, ce n'est qu'une histoire de langue mal traduite et non d'actes mal compris.
Vu qu'ils ne sont que deux et que la conversation se fait plus intime, je leur explique que j'ai deux enfants, information que je ne divulgue jamais pendant les animations. Le plus bavard des deux rebondit immédiatement, me questionnant pour savoir si je parle sexualité avec eux... Parce que chez lui, ce n'est pas envisageable une seule seconde. Sa mère a toujours censuré les films à la télévision dès qu'un couple s'y embrassait. Elle regarde donc la télé, le zappeur à la main, prête à officier à la moindre pelle... C'est Dieu, enfin Allah dans son cas, qui lui souffle l'attitude à avoir, qui maîtrise sa main, l'invite à protéger sa famille de ses images pornographiques, indécentes, qui salissent notre âme. Nous ne serions donc que des êtres bioioniques et c'est Allah qui aurait le boîtier de télécommande. Et Allah, ce n'est pas Manara. Son déclic ne nous titille pas la libido, mais juste la culpabilité. C'est Dieu qui donne du sens à l'existence, en assurant le contrôle social, en nous conférant une discipline de vie, en nous serrant la vis pour étouffer le vice...
Allah serait donc un gros zappeur, impossible à rentrer dans les statistiques de Médiamétrie. Un petit coup d'œil sur les programmes de ce soir s'impose, histoire de tenter de repérer ce qu'il va regarder... La soirée spéciale "polygamie" sur France 2 devrait le faire marrer. D'ailleurs, il faut qu'il pense à commander un plus grand canapé pour ses 70 vierges qui ont tendance à s'affaler devant la télé. Il m'est avis que le titre "Des pissenlits par la racine" sur Paris Première devrait l'interpeller, lui le vendeur de concessions immobilières privilégiant les grands sous-sols avec vue imprenable sur le ciel. Puis, une fois que tous les mortels seront couchés, il devrait finir sa soirée par une petite branlette devant "Les chevauchées amoureuses de Zorro" sur Cinecinéma Culte. Moi je dis ça, ce n'est pas pour blasphémer mais bon, puisqu'il nous a fait à son image, alors l'inverse doit être vrai.
Je ne sais plus qui disait : « ce ne sont pas ceux qui questionnent Dieu qui m'inquiète mais plutôt ceux qui entendent ses réponses... »
Publié par didurban à 15:09:11 dans Prévention | Commentaires (8) | Permaliens
Le RER me dégueule avec la horde d'esclaves du pouvoir d'achat, aux yeux boursouflés par le sommeil, qui m'accompagnent dans une banlieue du sud de Paris, cossue, propre et sicavée des caves aux greniers... Pas une cloche dans la rue piétonne, pas un attroupement de jeunes devant les établissements scolaires, pas un chewing-gum qui ferait de la résistance, accroché aux pavés... Les mecs marchent vite, le portable vissé à l'oreille. Les femmes roulent doucement entre dépose-chiards et shopping matinal. Tout baigne. J'ai RDV pour une formation d'adultes que je co-anime sur le thème du «comment parler sexualité aux ados ?», un bon fourre-tout d'outils et de pratiques pour faire le tour du caleçon et du string de ces futurs adultes qui nous inquiètent tant.
Le groupe est composé de parents d'élèves, exclusivement des femmes, qui ont décidé d'investir le lycée de leur progéniture pour y installer une structure d'écoute... Pourquoi pas ? Le projet est largement soutenu par le maire UMP de la ville, qui voit dans cet engagement familial, l'assurance que la morale sera sauve. C'est vrai, on imagine difficilement des parents d'élèves choisis sur des critères plutôt conservateurs, témoigner de leurs diverses expériences de fumette, défendre le droit à l'avortement et inviter Act-Up à un zap pour répondre à des actes homophobes. Histoire de les instrumentaliser un peu plus, il nous a même envoyé sa première adjointe pour nous faire la retape en introduction de la formation... Sortez les violons.
La "De Panafieu" locale tente d'abord de nous flatter l'ego en vantant les qualités internationales de notre savoir... Ni plus, ni moins ! Au passage, elle nous projette le diaporama de ses voyages cinq étoiles, tout en soulignant son profond désir de développer la prévention du sida au Chili, en Afrique du sud et même au Burundi (ne soyons pas radins). Les séropos de ces pays seront donc ravis d'apprendre qu'enfin, ils vont pouvoir découvrir ce qu'est une capote...
Et puis, elle se tourne vers sa bande de missionnaires patronnesses et les remercient de leur sens du devoir, de leur engagement (qui ne coûtera pas une thune à la mairie), et de cet exemple magnifique de solidarité qu'elles donnent aux autres concitoyens. Pourquoi aller chercher des travailleurs sociaux, parfois un rien gaucho, quand on peut faire le boulot nous-mêmes, entre gens de bien, hein, je vous le demande ?
«Sur ce, je vous laisse travailler et je vais visiter nos crèches, qui sont d'un cââlme, mesdââmes, qui prouve bien la quââlité de vie dans notre petite ville». On n'est pas chez les sauvages, ici.
Ben voilà, on s'est regardé. On avait 3 jours pour apporter une réflexion sur les pratiques d'un groupe de bénévoles, femmes au foyer, qui avait répondu à un appel municipal comme on irait au patronage, qui se préparait à recueillir la parole des ados sans cadre, sans réflexions, sans le soutien du proviseur et l'infirmière scolaire, sans expérience, et des connaissances sur la sexualité et les conduites addictives limitées à ce que leur laissait entrevoir leurs propres ados et google... Quand je vois les problématiques soulevées à chacune de nos interventions, je me dis que les élus sont non seulement irresponsables mais aussi de vrais assassins. Je ne remets pas en cause l'implication de ses femmes et la belle énergie dont elles font preuve mais je doute fort que l'adjointe au maire soit aussi dithyrambique à leur sujet en cas de dérapage... Un gros raté avec un ado sur le thème de la sexualité dans un lycée, ça peut vous valoir la une du Parisien et vous faire perdre une élection, ça...
Publié par didurban à 12:39:01 dans Prévention | Commentaires (2) | Permaliens
| Di | Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 |
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 |
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 |
| 27 | 28 | 29 | 30 | 31 |
Depuis le 09-11-2006 :
207906 visiteurs
Depuis le début du mois :
4013 visiteurs
Billets :
151 billets
Lisabuzz.com parle de Dr Kpote et Mr Sexuel : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Dr Kpote et Mr Sexuel, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Didurban mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Dr Kpote et Mr Sexuel et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com
La Blablathèque