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Bâtards ou potes ? | 07 novembre 2007

Dead Kennedys - Too Drunk To Fuck

Je suis un peu en avance et je déambule dans les couloirs du lycée, un ersatz de café sorti du distributeur à ulcère dans la main. Je tombe sur une exposition réalisée par les élèves sur le thème « Respect et Humanité ». Je m'approche et découvre des collages de photos, associés à des textes contre le racisme. Un titre m'accroche un peu plus : « Blacks, blancs, beurs, ensemble ». Je n'aime pas cette expression qui me rappelle le slogan hypocrite de l'après Coupe du monde de 98, et qui ne veut rien dire puisque « beur » n'est pas une couleur. Je parcours le texte qui parle de rapprochement, d'échanges, de similitude de par la couleur de notre sang... d'amour, de respect et d'humanité comme le titre l'indique. Et puis, une phrase résonne différemment dans mon cerveau en alerte: « nous sommes tous égaux et toi, taffiole, tu ne l'a pas compris. » On peut donc faire preuve d'humanité pour les couleurs, pas pour les orientations sexuelles.

Je décide d'en parler aux élèves. Personne n'avait remarqué ce mot, devenu terriblement banal. Ils m'expliquent que «taffiole» veut dire peureux, flippé, en gros un sous-homme, un type qui se fait dessus dès que ça chauffe. Je leur exprime mon scepticisme sur le fait de conclure un texte sur le respect, l'amour par une insulte. Ils me répondent que c'est une histoire de générations, «que les jeunes de maintenant parlent comme ça», sous-entendant que j'aurai viré «vieux con». C'est vrai que dans la plupart des classes de banlieues, le mot «bâtard» sert de ponctuation et que deux bons amis l'utilisent comme notre bon vieux «potes». Alors, si «mon pote» est devenu «bâtard», alors «peureux» peut bien se traduire par «taffiole»... Le problème, c'est que «fille» est devenue «salope», «taspé» ou «pute» et que «faire l'amour» voire «baiser», largement acceptable si on n'est pas un père la pudeur, s'est transformé en un «taper» inadmissible ... On peut comprendre alors l'incompréhension de ces jeunes qui se retrouvent face à un tribunal alors qu'ils n'ont fait que «taper» comme les autres. On peut comprendre, mais sûrement pas l'accepter et c'est là que notre rôle d'éducateurs, d'acteurs de prévention prend toute sa valeur. La notion de limites dans le vocabulaire employé est aussi floue que celle des attitudes à avoir en société. Systématiquement, je note au tableau les termes injurieux, mal employés et j'invite la classe à leur trouver des synonymes. Si on laisse ces expressions violentes se banaliser, on permet à l'agressivité de pourrir notre quotidien. Pire, on la cautionne.

Publié par didurban à 10:29:15 dans Pensées partagées | Commentaires (21) |

Le pékin moyen | 19 septembre 2007

La Chine annonce 18.543 nouvelles infections au virus du sida au cours du premier semestre de l'année, soit presque le total de l'année 2006, rapportent les médias d'Etat. La principale cause de contamination est l'injection de drogue, a précisé un responsable de la lutte contre le sida cité par l'agence Chine nouvelle. Le pays comptait officiellement 214.300 cas de VIH/sida à la fin juillet, soit une augmentation de 5% par rapport au chiffre d'avril. Les Nations unies estiment que le pays compte quelque 650.000 cas.

Je me souviens, il y a quelques années, d'un colloque où un groupe d'officiels chinois nous faisait l'honneur de son illustre présence. Un militant associatif leur avait demandé une évaluation du nombre de séropositifs ou malades du sida en Chine. Il avait émis le souhait de connaître les chiffres officieux, réclamant que pour une fois, les chinois s'émancipent de la langue de bois. La traductrice s'était penché sur l'épaule du délégué à l'information et avait traduit. Nous n'étions pas à l'ONU et la traduction simultanée devait coûter trop cher pour une simple réunion autour de la plus importante pandémie de l'histoire humaine...

Le type, probablement sous surveillance militaire et mis en joue par un sniper planqué dans les combles, avait alors répondu droit dans ses bottes que le pays comptait seulement une petite centaine de séropositifs... qu'ils étaient parfaitement repérés par les administrations compétentes puisqu'ils étaient en prison. L'épidémie était donc sous contrôle... Les travées de la salle avaient alors été secoués par un fou rire devant l'énormité de cette déclaration sous contrôle... En Chine, c'est bien connu, on met du plomb dans la peinture des jouets et ceux qui causent trop finissent par faire le crabe dans les nems. Dans sa tombe, au milieu des vers, le Grand Timonier, fier de ses héritiers, a dû faire un sacré bond en avant.

Publié par didurban à 10:20:24 dans Pensées partagées | Commentaires (8) |

Septembre noir | 13 septembre 2007


L'année scolaire débute et pendant que les infirmières peaufinent leur planning d'interventions extérieures, je ronge mon frein (non, pas celui que vous croyez) en attendant la destination de ma première mission. Dans les médias, entre deux apparitions de Ben Laden sur fond de grotte grotesque en train de lire la Lettre de Guy Môquet à G.W. Bush, l'heure est aux grands débats sur la qualité de notre école : un marronnier de septembre. Sur Canal, l'autre soir, on a même vu le pire dans le raccourci journalistique. En effet, le documentaire tentait une comparaison hasardeuse entre notre système scolaire et celui du Danemark, forcément meilleur. Comparé un pays de 6 Millions d'habitants avec un de 63 millions relèvent de l'idiotie la plus totale. On nous a montré des classes de futurs vikings participant gentiment à toutes les propositions d'une maîtresse aussi érudit que jolie... Le meilleur des mondes teint en blond.

Notre grande différence avec le Danemark, c'est que nous sommes un pays de forte immigration (pourvu que ça dure). Alors forcément, quand notre école accueille des enfants du monde entier, ce n'est pas toujours simple de trouver un langage commun, de créer un espace de rencontre pour toutes ces situations sociales si différentes. Ça demande forcément un peu de temps. Mais les gamins apprennent vite et petit à petit, n'en déplaisent aux irréductibles gaulois, notre société devient un vrai vivier d'échanges culturels. Si Canal voulait faire un panégyrique de l'école privée, les journalistes auraient dû le dire en préambule, j'aurais zappé tout de suite. Du coup, les parents s'inquiètent. Et un parent inquiet, ça éduque un gosse pas sûr, qui deviendra un ado dépressif, voire un adulte xénophobe... Je raccourcis à tour de bras et de virgules, mais les psys ne m'en tiendront pas rigueur....

Du coup, contagion oblige, moi aussi, je m'inquiète un peu... Avec toutes nos interventions de prévention, nous participons à la construction d'une société peut-être trop anxiogène... C'est vrai, nos ados se cognent dans l'année, la prévention contre le sida, le tabac, l'alcool, le cannabis, les risques d'obésité, le mal-être, la violence, le racisme, l'antisémitisme, le cancer de la prostate, le Giscardisme, voire pire le Barrisme ... Ils voient défiler des anciens alcoolos, toxicos, gros (surcharge pondérale ayant pour cause une mauvaise alimentation ou une fréquentation trop assidue de Raymond Barre) qui viennent s'épancher sur des tableaux aussi noirs que leur histoire, utilisant la craie à des fins thérapeutiques. Il y a des jours où je me dis que c'est trop, qu'on charge peut-être inutilement la mule. Et puis d'autres, où suis persuadé que c'est nécessaire... C'est sain le questionnement sur ses pratiques, vont dire les professionnels de la profession. Certes, mais souvenez-vous, à notre époque, au siècle dernier, on avait qu'un seul type par an qui venait nous parler de la vie des grands. Et encore, le sujet abordé n'avait rien à voir avec les maux du monde mais souvent il venait simplement nous donner des idées de futures orientations professionnelles... Peut-être, finalement, plus dangereuses que la grippe aviaire ou le SRAS...

Le pire, je l'ai vécu le jour où une infirmière m'avait dit en arrivant : - « vous tombez bien, c'est la semaine de la prévention. Ils sont ravis. »

Tu parles, les élèves s'étaient ingurgités le lundi, une info sur l'alcool, le mardi sur les drogues, le mercredi sur les conduites alimentaires et je prenais le relais le jeudi sur le sida. Les pauvres gamins étaient prêts pour recevoir et mettre en pratique l'info sur le suicide du vendredi...

Publié par didurban à 13:12:55 dans Pensées partagées | Commentaires (2) |

Banlieue gay | 29 juin 2007

La Femme des Uns Sous le Corps des Autres – Serge Gainsbourg

Hier soir sur France ô, j'ai vu un reportage sur l'homosexualité en banlieue. Evry, Grigny, Aulnay... Que des villes que j'ai appris à connaître, des lycées, des CFA que j'ai fréquenté et des phrases, des injures, des attitudes, des explications à la mord-moi-le-pitt que j'ai entendues. Quel courage, il a fallu à ces 4 jeunes, Emir, Mikaël, Brahim et Julia, pour témoigner à visages découverts devant la caméra, le pire ne venant pas toujours de la bande qui prend racine au pied de la tour mais parfois d'une mère : « je suis peut-être fatigante, mais moi je ne me suis pas fait enculer.. »

Cette question de l'orientation sexuelle, je l'aborde toujours dans mes interventions et immanquablement, elle déclenche les mêmes réactions.

- « c'est contre-nature. Dieu a fait les hommes pour aller avec les femmes. » Autrement dit, on a été conçu pour s'emboîter et surtout procréer. Point barre. Avec cet argument là, le débat est souvent stérile car la remise en cause de l'existence d'un Dieu tout-puissant et du Jardin d‘Eden, donc la genèse de l'humanité version couple hétéro, ça ne se fait pas.

- « les pédés, c'est sale. Ils font honte à la cité, au groupe »...Aux autres mâles, quoi. Dans le reportage de Mario Morelli, le témoignage d'Emir est très touchant. Il vire au sublime quand il parle de sa liberté, de cette homosexualité qui lui a donné des ailes lui permettant de survoler le merdier et quand il décrit l'enfermement de tous ces machos, prisonniers de leur rôle de petite frappe hétéro, dépendant du regard du groupe.

Quel courage, il leur a fallu mais en éteignant ma télé, je n'ai pu m'empêcher d'éprouver de la crainte pour leur intégrité physique. Je me souviens de ce CFA à St Denis (93) où les apprentis voulaient me tabasser parce que je « défendais les pédés », parce que j'en étais... Je les avais simplement invité à réfléchir sur cette question fondamentale :

Choisissons-nous notre sexualité ?...

Publié par didurban à 09:56:22 dans Pensées partagées | Commentaires (18) |

J’aurais dû… | 17 mai 2007

À cause de tous ces mecs trop serrés dans le costard de Tony Montana ou déguisés en icônes gangsta. À cause de toutes ces salles d'arts martiaux transformées en arènes à la gloire du combat de rue. À cause des éléphants du PS que seule l'ambition cornaque depuis la nuit des temps. À cause de l'école publique qui perd son latin au profit du SMS. À cause de la menace intégriste et du plan vigibarbus. À cause des portables et des PSP qui crachent du mauvais rap. À cause de tous ceux qui te foncent dessus sur les passages piétons, défoncés à la mauvaise testostérone. À cause de ces banlieues dortoirs où les RER n'arrivent jamais, les bus une fois sur deux. À cause des histoires de bastons, de tournantes, de coup de boule, de regards appuyés, de muscles et de musc. À cause des « ta mère », « j'te nique », « ta gueule ». À cause de ces capuches qui cachent l'absence de neurones. À cause de mes débuts de mois difficiles et de mes fins de mois pas possible. À cause des vols de goûter dans le sac de mon fils à la piscine. À cause de ceux qui ont fumé la (Mondiale) Moquette à Bondy. À cause de la mauvaise dope qui traîne. À cause du salopard qui a brûlé Sohane, des pédophiles génétiquement obsédés, des petits caïds de merde qui ont violé Samira. À cause des routes pourries, des logements dégradés, des types qui te marchent sur les pieds, des merdes de chien qui te collent à la semelle. À cause des campeurs sauvages qui squattent avec leurs tentes Quechua les bords du périph ou du canal St Martin. À cause de la reformation version zombie des Who et de Devo, du revival de Krarftwerk. À cause des queues au ASSEDIC ou à la boulange. À cause de tous ces étrangers qui viennent bouffer le quignon de pain des français.

À cause de tout ce merdier, j'aurais dû voter à droite.

Et pourtant, je ne l'ai pas fait. Parce que je sais que ce n'est pas en réprimant, tabassant, expulsant, homophobisant, kärcherisant, dictaturisant que les choses vont changer.

Publié par didurban à 09:38:10 dans Pensées partagées | Commentaires (8) |

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Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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Le Buzz autour du Dr

Lisabuzz.com parle de Dr Kpote et Mr Sexuel : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Dr Kpote et Mr Sexuel, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Didurban mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Dr Kpote et Mr Sexuel et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

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