• Plan drogues : de la poudre de perlimpinpin

    Plan drogues : de la poudre de perlimpinpin

    Contrairement aux apparences, Macron et Castaner se révèlent être de vrais nostalgiques des seventies ! Pour preuve, ils renforcent la fameuse loi de 1970, celle qui pénalise les usagers de drogues, faisant de notre pays l’un des plus répressifs en Europe depuis près de cinquante ans. Là où, ailleurs, le modèle prohibitionniste semble avoir fait son temps, la France se montre à la traîne, bien ancrée dans ses représentations culturelles, celles d’irréductibles Gaulois qui ripaillent et se torchent au pinard, sans la moindre empathie pour les « teufeurs », supposés drogués notoires et balancés dans la Loire.
    Le 17 septembre, le flic en chef, Castaner, présentait donc à la presse son « plan national de lutte contre les stupéfiants », promettant des actions coordonnées de « l’international à la cage d’escalier ». Pour nous pondre une connerie pareille, les communicants élyséens doivent a minima tourner au gaz hilarant. Le coup de la cage d’escalier, référence à peine voilée à la verticalité de nos quartiers populaires, permet une fois de plus de stigmatiser les jeunes des cités tout en se désintéressant des centres-villes squattés par une jeunesse plus aisée qui s’enivre en toute impunité. Un poids, deux mesures : c’est vieux comme l’histoire de la boulette, plus estimable dans les chaussettes de Vanessa (1) que dans la bouche de Diam’s.
    Dans l’édito du plan miraculeux qui va « sauver nos enfants de la drogue », il est signifié que « chaque grande ville et de plus en plus de petites et moyennes communes abritent au moins un point de vente de stupéfiants notoire, qui gangrène la vie […] d’un quartier ». Curieux par nature, j’ai donc vérifié sur Big Bro Google Map. Dans mon quartier, j’ai effectivement compté dix-sept spots de dealers de bibine dits « cavistes », une dizaine d’épiceries, six grandes surfaces et une vingtaine de bars. Que fait donc la police, qui laisse prospérer impunément ce trafic d’éthanol interdit aux mineur·es (j’entends qu’on se marre dans les lycées), qui tue prématurément 41 000 personnes chaque année (2) ? D’une façon fort civile, le gouvernement parraine les rades des villes, mais aussi les rades des champs, puisque le plan ruralité prévoit d’augmenter le nombre de licences IV dans nos campagnes. Nos responsables politiques doivent se dire qu’une fois tous bourrés, on pourra plus facilement nous enfumer. La répression touche les lieux de fête avec la MDMA en nouveau paria, pendant que dans les ferias on se pochtronne à tout va. Et pourtant, selon l’AP-HP, moins de 5 % des incidents liés à l’ecstasy se déroulent dans des établissements de nuit, l’immense majorité intervenant dans des contextes privés.
    Le gouvernement va moderniser l’ex-Ocrtis (3) en créant un office antistupéfiants, l’Ofast. Cette structure rassemblera des policiers, des gendarmes, des magistrats, des douaniers, des représentants du ministère des Armées, du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères… Rien de bien neuf si ce n’est l’acronyme qui varie. « Déterminés, nous voulons dire un message ferme aux trafiquants : la France ne sera pas leur terrain de jeu. » En lisant cette conclusion aux forts accents gaulliens, on imagine aisément les narcotrafiquants, morts de trouille, prenant d’assaut les Thalys pour filer à Dam. La peur va changer de camp (j’entends qu’on se marre dans les lycées).
    Cerise sur le space cake, le gouvernement invite le citoyen à la délation via la « mise en place d’une plateforme d’appel afin d’éditer une cartographie unifiée et partagée de tous les points de deal ». Effectivement, cette proposition est plus que judicieuse à l’heure où un max de matos circule en Uber ou sur le Web. Castaner a un go-fast de retard.
    Sur le terrain de la prévention, depuis les années 1980, on s’égosille à crier haut et fort qu’UN MONDE SANS DROGUES N’EXISTE PAS ! On n’éradiquera pas un business estimé à 500 milliards de dollars par an en coffrant les petites mains. Narcos, The Wire, Gomorra, Breaking Bad… même Netflix se gave en séries sur le dos des narcos, et la bicrave scénarisée fait fantasmer, dans les collèges et lycées, des tas de gamins bien peignés.
    Alors, on continue d’incarcérer à tout va et à compter nos morts en soirée, ou on s’attelle à une vraie politique de prévention, accompagnée d’une décriminalisation de la conso qui permettra de mieux prendre en charge les usagers ?
    En 2000, le Portugal s’y est attaqué et les résultats sont concluants. En effet, aujourd’hui, le pays compte deux fois moins d’héroïnomanes qu’en 1999. En France, championne d’Europe des fumées clandestines, 29% des ados de 15 ans ont déjà testé le cannabis alors qu’aux Pays-Bas, où il est légalisé, ils ne sont que 18% à l’avoir expérimenté. CQFD.
    Une alerte officielle sur de l’ecsta surdosée en MDMA envoyée massivement sur les réseaux sociaux, doublée d’un stand d’info et de testing sur site, aurait peut-être pu sauver la vie de Louis Chassang, foudroyé le 1er septembre, là où une simple fouille à l’entrée des teufs ou une chasse aux dealers sont comme de la pisse de houblon dans un violon. La réduction des risques a fait ses preuves depuis longtemps : informer sur les effets, alerter sur la toxicité de certains produits, s’interroger sur son rapport à ceux-ci, repérer les moments de consommation adaptés ou pas, tester en petite quantité, résister à la pression du groupe, être bienveillant·es vis-à-vis des autres, ne pas associer certaines molécules… Devenir acteur et actrice de sa conso et non la subir, c’est ce que nous privilégions dans nos séances de prévention, sans jamais banaliser les produits. On devrait multiplier les lieux de prises en charge et d’écoute, mais en politique, de telles décisions, ça fait moins « j’en ai dans le pantalon » que de jouer la carte répression.
    Dr Kpote
     
    kpote@causette.fr et sur Facebook/Twitter
     
    1.En février 1995, Vanessa Paradis a été arrêtée à la douane canadienne en possession de 3 grammes de cannabis. Cet incident lui vaudra une interdiction de séjour de plusieurs mois sur le sol américain. Doc Gynéco y a fait allusion dans une de ses chansons.
    2. Chiffre fourni par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).
    3. Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants, créé en 1953.

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