Salut à toi - Berurier noir
« Une vie contraceptive commence vers 15 ans et finit vers 40-45 ans... Vu la durée, on peut donc concevoir qu'il y ait des erreurs, des oublis, des moments où l'on passe au travers... » Cette introduction au reportage « Avortement, une liberté fragile » que j'ai vu l'autre soir sur France 5 est intelligente, car elle pose les vraies difficultés de la contraception dans son quotidien, sans rentrer dans l'éternel débat du « pour ou contre l'avortement ».
Le reportage a magnifiquement montré les interrogations, la culpabilité, les angoisses de ces femmes qui choisissent d'avorter mais aussi de celles ou ceux qui pratiquent l'IVG. Contrairement à ce que pensent les nouveaux croisés de SOS Bébés et consort, ce n'est pas parce qu'on a légalisé l'avortement que les femmes le font de gaîté de cœur ou par facilité...
C'est un droit chèrement acquis. Une gynéco de la génération d'avant 68 raconte les fœtus à même le sol, les hémorragies, les suicides... Elle argumente : « une femme qui ne veut pas d'enfants n'en aura pas, et elle fera tout pour avorter, au péril de sa santé ».
Pourtant, de moins en moins de soignants acceptent de le pratiquer, de plus en plus de médecins, pharmaciens et leader d'opinion y vont de leur morale et les mouvements pro-vie n'ont jamais été aussi forts. Une conseillère conjugale du planning de Marseille, disait qu'on a fait d'un droit, un passe-droit et que l'air de rien, on fait comprendre aux femmes qu'elles ont de la chance de pouvoir encore interrompre leurs grossesses non désirées !
Dans mes interventions, j'ai parfois la sensation de lister un peu froidement tout ce que les jeunes filles peuvent mettre en place pour éviter une grossesse : les préservatifs, la pilule, la pilule du lendemain, l'IVG médicamenteuse ou non. Comme si c'était facile, comme une notice à suivre...
Mais la réalité est plus complexe que ça. Il y celles qui dépassent le délai légal, parce qu'elles ont quand même leurs règles, parce qu'elles angoissent tellement qu'elles mettent du temps à réagir, parce qu'on les culpabilise, parce que les listes d'attente augmentent, parce que les places sont chères, parce qu'elles sont mineures et que les anesthésistes hors-la-loi demandent des autorisations parentales... Il y a celles qui ont subi leur relation sexuelle, celles qui ont été larguées entre temps, celles qui ont déjà suffisamment de mômes, celles qui sont trop jeunes, celles qui craignent le courroux familial, celles qui ont essuyé une fin de non-recevoir de la part de leur compagnon qui s'en lave les mains, celles qui n'ont pas envie d'avoir d'enfants tout simplement...
Que dire du témoignage édifiant de cette femme à qui le médecin a montré les « belles » échographies qu'elle ne voulait pas voir, a fait écouter le cœur du fœtus contre sa volonté et a signifié qu'après une bonne nuit de sommeil, sa décision aurait changé !!
Nombreux sont les témoignages d'une liberté, d'un droit qui est remis en cause insidieusement. Pour l'instant, on n'interdit pas l'avortement, mais on limite considérablement son accessibilité. Et puis, surtout, on juge de plus en plus. Les classes suivent le mouvement, les élèves étant bien souvent le reflet des idéaux familiaux...
Beaucoup de jeunes que je rencontre sont contre l'avortement, et les raisons religieuses sont le plus souvent invoquées. Ils sont formatés pour accueillir la vie et ceci uniquement lors de relations officialisées par le mariage... On fait fi des « erreurs » de jeunesse ou pas, des premières fois balbutiées, des oublis, du désir... On se doit de les enterrer au plus profond de sa honte et ceux ou celles qui se font prendre sont radiés de la famille, virés du cercle, satellisés comme des déchets qu'on ne veut pas enterrer ou incinérer, car toxiques pour la terre nourricière...
En 72, au moment du procès de Bobigny, un slogan disait « mon vagin m'appartient ». Ce vagin, Sarkozy l'a confisqué à nouveau en fustigeant les années 68 et en nommant Boutin dans son gouvernement...
Nous aurons, tous, bientôt, à redescendre dans la rue pour défendre le droit à l'avortement au nom des 343 salopes et des milliers qui ont suivi. Mais attention, car en face, il y aura des chouans, des chanteurs de cantiques en latin, des crânes rasés, des testicules barbues, des jupe-plissée-queue-de-cheval, leurs jockeys en soutanes, des poussettes piégées, des chiards hurleurs, des texans et leur troupeau de veaux. Et je reste intimement persuadé que c'est aussi un combat d'hommes... On ne vous laissera pas tomber les filles.
Publié par didurban à 14:41:59 dans Action | Commentaires (14) | Permaliens
Publié par didurban à 12:06:51 dans Prévention | Commentaires (10) | Permaliens
Publié par didurban à 10:47:46 dans Qui finit mal, en général | Commentaires (7) | Permaliens
Ce matin, je me suis connecté sur bloggland pour lire d'éventuels comms sur mon blog. Sur le Réactor, un seul blog se traînait. Je vais voir par curiosité et je tombe sur le site d'une jeune ingénue qui parle de ses fantasmes, perversions, envies, désirs, des pipes de ses copines et des mains baladeuses de ses cousins... Pourquoi pas ? Le net est fait aussi pour ça et chacun doit rester libre de publier ce qu'il veut. Sauf que... Ce matin, elle a écrit un post sur un viol collectif à Grigny. Elle relate les faits, chirurgicalement, autrement dit froidement. Et puis, je lis son propre com à son texte (et oui, faut bien faire un peu d'auto-promo pour exister) et je lis : de Julie75016 : les tournantes en banlieue me font fantasmer...
Vu le pseudo de cette ado (j'ose espérer que c'est une ado) en mal de sensations, la banlieue doit être une lointaine contrée peuplée de tribus hostiles, où l'on parle de drôles de dialectes et où on se promène à poil sous le pagne devant sa case. Folklorique, quoi. Un peu comme au Club.
Mais là où mon sang ne fait qu'un tour, c'est quand elle signifie que les viols collectifs la font fantasmer !! Moi, je veux bien qu'on imagine toute sorte de délire pour assouvir ses envies, genre « je suis à poil dans le métro » ou « un maître me commande par SMS », mais faire l'apologie des tournantes, ça, je ne peux pas. Sur le terrain, on se bat toute l'année pour débanaliser des actes criminels qui deviennent presque quotidiens. Et une petite bourge de merde se met à rêver qu'une bande de nerveux des cités l'éclate dans une cave. Elle cautionne donc leurs agissements.
Relis le bouquin de Samira Belil. Passe un coup de fil au siège de NPNS, écoute les histoires vraies de celles qui ont subi le pire et surtout sors de ton ghetto pour dealers d'actions et obligations. Oublie tes fantasmes à la con et fais toi attacher au plumard ou au 4x4 de papa si tu veux, mais n'oublie pas que faire l'apologie des tournantes, c'est se rendre complice d'un viol collectif et ça, ça relève des assisses. Merde.
Publié par didurban à 11:27:12 dans Action | Commentaires (27) | Permaliens
A. refusait de prendre un traitement. Elle avait connu les
années AZT et la première génération d'antirétroviraux, qui avaient eu, à son
avis, pour unique résultat une cohorte de zombis partis dans la douleur. Souvent,
à la manière du Patchwork des Noms, elle m'égrainait la liste des potes
disparus en me fixant bien pour ajouter du poids à sa litanie. L'arrivée des
trithérapies en 96 n'avait rien changé à son point de vue : « Les médocs, c'est
de la saloperie. Les malades sont des souris pour les labos, qui ne pensent
qu'à se remplir les poches... ». Sa trithérapie, prenait la poussière sur l'étagère
de ses toilettes : tout un symbole. Personnellement, j'ai toujours pensé
que comme beaucoup de toxicos ou ex-toxicos, A. entretenait un rapport ambigu avec
la médecine et les médicaments. À force de gober tout ce qui passait, les
gélules étaient plus associées à la défonce qu'à la guérison. D'ailleurs, j'ai
toujours vu des boites de Rohypnol traîner au pied de son lit. Elle fumait des Bob
Marley sans filtres en continu et de temps à autre se servait un petit
« sky », histoire d'entretenir la brume qui l'entourait.
A. était dans le déni de la maladie : elle se savait
contaminée mais ne l'acceptait pas. La faute en incombait aux autres. Dans son
cas, il s'agissait des parents de son ex. En effet, elle estimait que les
parents d'E. étaient au courant de la séropositivité de leur fils et qu'ils n'avaient
rien fait pour l'avertir. J'ai pensé qu'elle devait drôlement être sous l'influence
de ce type, puisque même après sa mort, elle n'osait lui adresser des
reproches. D'ailleurs, les vioques, ils allaient payer. Et pour mieux me le
prouver, elle prenait régulièrement le téléphone, composait leur numéro,
hurlait les pires insanités et raccrochait.
Ces moments d'hystérie étaient impressionnants. Elle changeait véritablement de
visage, ses traits se déformant en un rictus digne des pires films à fort taux
d'hémoglobine. Elle refusait la séropositivité et les autres lui servaient
d'exutoire, de cibles à abattre... Ils représentaient le VIH, ce putain de virus
qu'elle ne pouvait matérialiser et à qui elle aurait volontiers tordu la
structure ADN. Je lui servais de témoin, cautionnant par ma simple présence, sa
version de la cause de sa mort annoncée. Insulter les parents d'E., lui évitait
de se poser les vraies questions sur les conditions de sa contamination :
l'abandon du domicile conjugal, la défonce, les prises de risques...
Le problème était que, sans traitements, le virus commençait à gagner la bataille. Elle était tout le temps crevée, contractait des zonas à répétition, s'amaigrissait sans cesse. A. avait un boulot physique : elle « montrait son cul dans les peep-shows à des pauvres mecs juste bon à se branler ». Les périodes où elle était trop fatiguée, amaigrie, les dealers de viande lui signifiaient qu'ils ne voulaient pas d'elle en vitrine. L'amateur de branlette en cabines veut des formes et la maigreur, vue du Kleenex, est plus à pleurer qu'à éjaculer.
Je commençais à entrevoir le pourquoi du comment de l'accompagnement : travailler sur l'acceptation de la maladie et la prise de traitement, la révélation de sa séropositivité à ses enfants, lui redonner l'envie de se nourrir correctement... Sa situation sociale étant très précaire, je décidais de contacter l'assistante sociale d'une autre association qui proposait un portage de repas à domicile et une aide-ménagère aux personnes infectées trop fatiguées...
Malgré la noirceur du tableau, A. était très attachante.
Au-delà du pathos qui se dégageait de son histoire, elle avait une volonté impressionnante
de bouffer la vie. L'énergie du désespoir ? Elle était drôle, ponctuant
ses phrases d'un argot à
Publié par didurban à 10:20:33 dans Qui finit mal, en général | Commentaires (0) | Permaliens
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Lisabuzz.com parle de Dr Kpote et Mr Sexuel : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Dr Kpote et Mr Sexuel, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Didurban mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Dr Kpote et Mr Sexuel et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com
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