• Le pédé homologué

    Selon le dictionnaire de l’Académie française, l’horticulture serait l’art de cultiver les jardins, de pratiquer la culture des légumes, des fleurs et des arbres. C’est donc une activité artistique qui devrait être ouverte à tous. Du coup, j’ai été très étonné d’apprendre au téléphone, en préparant mon déplacement pour un CFA horticole de l’Essonne, que je n’aurais que des garçons pour assister à mon animation. C’est donc la fleur à la capote, en mode « ramène tes testicules pour faire pousser la campanule et la renoncule », que j’allais à la rencontre des futurs Le Nôtre, prêt à parler pistil et semences, pollinisation et arrosage. Dès leur arrivée, j’ai compris que j’avais affaire à des professionnels de l’herbe plus prompts à couper des têtes de weed jamaïcaine qu’à tailler des bosquets versaillais. Les mecs étaient parfaitement désinhibés pour aborder la sexualité.
    Un garçon qui avait conservé sa casquette sur la tête m’a apostrophé tout de suite sur un point du règlement. Il m’a demandé si c’était normal de devoir enlever son couvre-chef pour assister au cours. « On nous les casse en nous disant que c’est un manque de respect pour les autres. » Je lui expliquais, un rien interdit devant sa question, qu’il n’était pas de mon ressort de changer les règlements intérieurs des établissements scolaires. Il a poussé son raisonnement : « Mais quand il y a un homme qui se maquille dans le CFA, qui te mate en train de pisser, c’est pas un manque de respect, ça ? Et le règlement ne dit rien ! » Je ne m’attendais pas à causer maquillage en horticulture, mais l’expérience me soufflait qu’il y avait matière à développer :
    « Pour être plus concret, quel est le problème ?
    – On risque de se faire péter la rondelle chaque fois qu’on va aux toilettes ! »
    Vu l’acrimonie ambiante, j’avais du mal à imaginer un ado s’en dédouaner et draguer ses pairs dans les toilettes. Aussi, je l’ai invité à se questionner sur une éventuelle parano. Le passage à l’acte réclame tout de même quelques étapes qu’on ne brûle pas comme ça dans les toilettes d’un CFA ! « Moi, perso, je suis célibataire et j’aime bien m’amuser. Et s’amuser, c’est péter la rondelle ! » m’a rétorqué un rapide en affaires. Assurément, le langage était plus cru que vert. Je leur ai expliqué que, sans être violent, on pouvait signifier à l’autre la gêne éprouvée par des regards insistants. Mais ils m’ont répondu qu’on ne discutait pas avec un pédé, on le défonçait. Le mec en question les matait sans arrêt : « Dans le coin fumeurs ! À la sortie ! Au repas ! Cette dalpé mate tout le temps. » Se reluquer entre mecs, c’était perçu comme inacceptable et particulièrement « dégueulasse » par le groupe. Sans surprise, ils ont fait référence à Adam et Ève, le couple originel et universel. « Monsieur, la base des bases, c’est un homme et une femme », m’ont-ils dit. Je leur ai fait un petit historique de la sexualité entre hommes, parfois parfaitement assimilée, parfois décriée à travers les âges, mais bien omniprésente. Le concept d’homosexualité datant de la fin du XIXe siècle, l’idée d’une sexualité non orientée, et ce depuis l’Antiquité, ouvrait le champ de tous les possibles. Les Grecs et les Romains se définissant alors comme bisexuels, les relations hommes-femmes avaient souvent pour unique vocation la procréation. Sceptique, l’un d’eux, s’étant mis à fouiller sur Wikipédia à l’aide de son téléphone, approuva, en nous lisant cette phrase entre deux fous rires : « Chez les peuples celtes, les hommes aiment s’ébattre à trois sur des peaux de bêtes. »
    Un mélange de dégoût et de rire secoua les travées du petit amphi dans lequel nous étions installés. Un gars qui visait les sommets du stand-up nous a balancé qu’« on devrait envoyer la SPA à ces pédés de Celtes qui niquaient » sur des restes animaliers. Plus sérieusement, ils pensaient tous que c’était simplement une histoire d’éducation et qu’un homo pouvait devenir hétéro s’il le voulait. En suivant un bon « entraînement à l’hétérosexualité », un jour ou l’autre, « devant un beau cul de meuf, le mec allait craquer ». Autrement dit, rien de tel qu’une bonne compète double mixte de sport en chambre, avec ou sans peau de bête, pour qu’un gay vire sa cuti.
    « Dans le CFA, il y a un homo qui s’habille comme une pétasse, et ça, c’est horrible. Qu’il se fasse péter le cul, je m’en bats les couilles, mais il n’a pas à nous le montrer. Par contre, il y en a un autre qui nous fait pas chier avec ça ! » a repris un des types en lançant un regard vers le bas de l’amphi, où un garçon, un peu esseulé, a souri. J’ai deviné la récente sortie de placard que ce dernier avait dû opérer. « À l’adolescence, certains se sentent un peu perdus dans leur orientation sexuelle, se questionnent », ai-je ajouté, peut-être pour relativiser et éviter une possible mise à l’index. Un type a immédiatement rebondi en interpellant celui du premier rang : « Ça veut dire que t’es un peu perdu dans ta sexualité, toi, Alban ? »
    Malgré ma demande de ne pas entrer dans les histoires personnelles, Alban a tenu à s’exprimer :
    « Franchement, j’ai des doutes. Ouais, je suis perdu.
    – Sois hétéro, ma gueule !
    – Facile à dire…
    – Moi, mon père, à 8 ans, il m’a dit que j’avais intérêt à être hétéro, sinon il me défoncerait. Il avait envie que ses enfants “broutent du minou”. C’est comme ça qu’il faut éduquer ses gosses.
    – Et toi, Alban, avec tes parents ?
    – Ils ne savent pas.
    – Pourtant, nous, on l’a su direct. Ils sont aveugles, tes darons. M’sieur, lui, on le fait pas iech parce qu’il ne se maquille pas, il ne nous mate pas. Il est correct, contrairement à l’autre dalpé. »
    Après le témoignage de ce bel exemple d’homophobie transmise de père en fils, on a pu échanger sur l’importance de notre environnement et souligner la responsabilité des adultes dans leur mission éducative. Courageusement, Alban a tenu à nous faire partager ses balbutiements amoureux et l’émergence d’une préférence pour les mecs. Le groupe a défini le « pédé homologué » comme celui qui n’en rajoute pas, qui ne s’affiche pas. On peut être homo à condition de ne pas avoir envie d’aller aux toilettes en même temps qu’eux, de s’habiller dans la norme qu’ils ont fixée, de ne pas se maquiller, de ne pas se montrer efféminé et de ne jamais les mater. Une fois toutes ces limites posées, ils se disaient prêts à accepter la différence. Mais derrière leur agrément de carnaval se cachait l’obligation d’intégrer leurs codes, d’entrer dans le moule préalablement défini par leurs soins. J’ai nommé le concept « dictature hétérosexuelle » et ils ont trouvé le terme un peu abusif. « Mais qu’adviendra-t‑il le jour où Alban aura envie d’uriner en même temps que vous ? » La sonnerie leur a permis d’esquiver la réponse.

  • Commentaires

    1
    lucette
    Dimanche 31 Juillet 2016 à 21:43

    je me permet de vous écrire pour vous propos un formidable marabout papa vaudou qui m a sauvé en me ramenant mon époux qui m a quitté depuis 3 ans. Il réalise les travaux comme : Voyance précise de détaillée pour le bien être de tous. Amour , mariage , examens , protection contre le danger ,problème de couple... Tout être humain mérite le bonheur, il faut savoir comment le trouver. Pas de problème sans solution Problème de famille Examens, Concours Desenvoutement Impuissance sexuelle Entreprise en difficulté Problème de Couple: infidélité ,amour... Protection contre les dangers Retour immédiat de l'être aimé, fidélité absolue entre époux, protection contre tous les dangers, dés envoûtement, maladies inconnues, problèmes familiaux, impuissance sexuelle, réussite aux examens, dans le travail et permis de conduire... Il peut vous aidez je vous assure tout il effectue des travaux payement apres satisfaction. contacter le sur le 00229 67 88 27 01 ou par email : maraboutpuissant201600@outlook.fr ou par Skype: Hounon.amangnon

    2
    nono
    Lundi 1er Août 2016 à 16:40

    Quand les hommes rencontrent le harcèlement ... !!! Interessant !

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