• Hier, à Pantin...

    19 casquettes portées sur le haut du crâne. Une nouvelle mode made in banlieue, après la jambe du pantalon remontée, l'« hydrocéphale attitude ». 38 pupilles dilatées fixent un point imaginaire, au-delà de mon corps, du tableau, de la pièce, de la galaxie. 38 tympans vibrent sans traduire au cerveau. 19 corps sont avachis sur les tables. 19 bouches soufflent. 38 mains roulent dans le vide, mimant le geste qui manque. 19 pieds tapotent nerveusement.

    - À votre avis, pourquoi on fume, en général ?
    - Parce qu'on se fait chier. Y'a rien à faire...
    - Bon vous avez fini, m'sieur...
    - Pourquoi, vous en avez déjà marre...
    - Non, on voudrait juste aller fumer...

    Vu qu'on a largement légalisé l'ennui, on pourrait peut-être dépénaliser le cannabis, non ?


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  • Au creux de ton bras - Mano Solo

    A la demande de mon employeur, j'ai réalisé ce matin ma première séance de prévention sur le thème des conduites addictives. Un rien fébrile, je craignais un peu les questions autour de ma légitimité à faire ce type d'intervention. En gros étais-je un ancien tox qui fait son come-back de cure pour discutailler le bout de chichon avec les élèves. Bien entendu, ils m'ont posé la question. Bien entendu, je leur ai répondu que les expériences personnelles n'étaient pas à l'ordre du jour, que nous n'étions pas un groupe de parole qui se retrouve pour décrocher et que le but de la séance était de réfléchir plus globalement sur les produits psycho-actifs et leur conséquences sur le psychisme, le physique, le quotidien, la relation aux autres... Ils m'ont dit que je parlais bien mais qu'ils voulaient savoir ce que je prenais, question de crédibilité mais aussi à cause de mes paupières encore un peu collées. Alors pendant quelques secondes, je me suis mis à repenser à tous ces univers parallèles que nous avions visité à l'adolescence et longtemps après. Maintes fois, nous avions défié les lois de la gravitation, vivant comme les australiens, la tête à l'envers.

    Je n'allais tout de même pas leur raconter cette soirée où nous avions débattu pendant plusieurs heures avec les personnages d'un tableau sur un mur, après avoir pris un acide... Ni la fois où nous avions tremblé toute une nuit dans nos couettes après nous être probablement trompé de champignons, ou de bouse... Ni ces vacances où nous avions touché de l'huile de cannabis, ou cet ecsta que j'avais pris dans un mirador à l'armée et qui m'avait valu plusieurs jours de trou pour avoir déclencher une alerte fictive ... Et ni... Non ça craint trop ! Ni ça non plus d'ailleurs... Je ne pensais pas que le sujet allait me rendre un rien nostalgique sur toutes ces bonnes soirées de défonce. Ceci dit, je pourrais aussi leur parler de ces potes disparus, d'overdose, d'accidents de voitures à cause de l'alcool, du sida... De tous ceux qui ont quelques synapses qui déconnent, ou un physique de petit vieux à 40 ans. Des factures d'orthodentiste pour les chimistes et des devis de chirurgie esthétique pour masquer la couperose apéritive. Finalement, je suis resté « éthique » comme on dit et j'ai respecté la charte de l'intervenant. Pourtant, je suis incapable de relater ce que m'ont dit les élèves. J'étais probablement trop concentré sur mon sujet. Ou bien j'ai eu un retour d'acide...

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