• Dieu en quête de street cred (1)

     
    Désormais, chaque fois que je réalise une animation de prévention sur la sexualité, Dieu me fait l’honneur de sa divine présence. Ubiquiste comme jamais, il m’accompagne dans tous les bahuts de la Région Île-de-France et il aime bien se faire mousser devant la charte de la laïcité. Il s’affiche au masculin, le neutre n’étant pas le genre de la maison et depuis que Booba l’a invité à se laver « le pénis à l’eau bénie (2) », son foutre est suffisamment sacré pour qu’une « pauvre meuf » puisse rivaliser et diriger 7,5 milliards d’individus à sa place. Depuis la loi de mars 2004 sur l’interdiction des signes distinctifs religieux au bahut, il a laissé sa toge vieille comme Hérode au pressing et a adopté les codes vestimentaires de notre temps, survolant les débats en jogging moulant.
    Généralement, il s’assoit au fond de la classe, près du radiateur, pas loin de la porte au cas où il y aurait une brebis égarée à aller pécho devant le lycée. Il assure maîtriser le dogme, mais celui-ci étant bien trop prolixe pour être twitté, il l’a grave synthétisé.
    Au début, il « fait l’ancien » devant un parterre de prépubères, montrant qu’il est à son affaire. Il convient de rappeler que les choses de la vie, Dieu les a vécues en 3D, bien avant Dorcel et sa réalité ­virtuelle. L’industrie du porno n’a rien inventé, Dieu fut le premier voyeur de l’humanité. Toute la sainte journée, il reluquait Adam et Ève, Jacquie et Michel originels, se goinfrant jusqu’au trognon sous les conseils d’un loving coach à sang froid. Alors, mes petites historiettes de relations et de prévention, pour lui, c’est suranné, mais par principe, il convient de les damner.
    Du coup, dès qu’on cause sexualité, Dieu n’en finit pas de la ramener. Le sujet qui le rend le plus vénère, c’est quand on aborde les stéréotypes de genre. Ça lui rappelle de sales souvenirs à Dieu. Il avait missionné Farida Belghoul et ses apôtres de la Journée du retrait – en latin « ecolus interruptus » – pour ostraciser l’ABCD de l’égalité. Mais par excès de zèle, elle l’a ridiculisé avec ses fausses dénégations visant une institutrice déculottant des gosses à l’école… Au tribunal, il est passé pour un con, Dieu, et je lui ai conseillé de changer de DRH, parce qu’entre Civitas et les dingues qui se font péter, il s’est bien planté sur les CV recrutés !
    La « théorie du genre », avec ses histoires d’égalité, de filles qui veulent bricoler et de garçons qui jouent à la poupée, ça a foutu un beau bordel dans ses torchons et serviettes. Il nous en parlait encore hier, entre mecs, en terrasse du grec. Franchement, le divin pas vraiment devin, il aurait pu imaginer qu’en créant Ève avec une cote d’Adam, les genres allaient, un jour ou l’autre, se mélanger la couenne. Alors, pendant qu’on disserte sur les stéréotypes qui accroissent les inégalités, Dieu chuchote qu’on en fait trop, qu’on ne respecte pas son boulot. Si chacun reste dans son genre, les brebis seront bien gardées, et on ne se mélangera pas les troupeaux. Mais ses arguments étant de moins en moins partagés et l’ABCD enterré, il se refait la santé sur la question de l’homosexualité. Les pédés, c’est sa tasse de thé et il est intarissable sur le sujet ! S’il a créé la binarité, ce n’est pas pour que des « mecs en jean troué se roulent des pelles sur des chars arc-en-ciel ». L’homosexualité est contre nature, point barre. « S’il n’y avait eu que des pédés et des gouines, on en aurait fini depuis longtemps avec l’humanité », et Dieu compterait ses annuités. Mais Taubira lui a cassé son conte de fées et de chevaliers, a tenté une OPA sur son marché de couples mariés, osant même la GPA (gestation pour autrui) et la PMA (procréation médicalement assistée). Il rabâche qu’« une clé, ça doit rentrer dans une serrure », comme « papa dans maman », disait-on à l’époque où on ne respectait pas les parents. Si c’est contre nature, comment explique-t-il alors que plus de 450 espèces animales, des orques aux girafes, ont des rapports entre mâles ou femelles ? Auraient-elles fugué de l’arche de Noé ? Sur ce coup-là, il reste coi. Finalement, Dieu est comme Bardot, plus empathique à l’égard des animaux.
    Curieusement, quand on parle de transgenre, l’Éternel fait moins le mariole. Lui, le grand architecte du Tout, se serait donc planté d’assignation pour des tas de gens. Au début, il criait à l’indécence, et puis Thomas a révélé le secret de sa grossesse dans Secret Story. Les ados ont kiffé, en famille devant la télé. Après avoir d’abord piqué sa voix à Dieu, TF1 a foutu le merdier dans ses identités. Du coup, sur le sujet, le divin se fait plus humble, s’évertuant à comprendre les coulisses de la vie. Même outrancière, cette saison de télé-réalité nous a fait gagner des années d’évolution. Mais bouffi d’orgueil, Dieu n’est pas du genre à se flageller ad vitam aeternam sur ses ratés. Il préfère nous entraîner sur les rapports avant le mariage et la virginité, un terrain qu’il maîtrise bien. Récemment, il a perdu en crédibilité, diffusant une parole trop radicale avec l’hymen des filles et tellement plus indulgente à l’égard des garçons. Parfois, Dieu est un blédard qui cherche le code Wi-Fi pour se connecter à aujourd’hui. Quand on lui signale qu’il est sexiste, il répond qu’il a toujours été très clair en se faisant appeler Dieu le Père, mais je sens que la pilule patriarcale passe de moins en moins.
    Là où il se fait le plus vilipender, c’est sur la question virale. VIH, VHC, herpès, papillomavirus… Quand j’envoie la liste des saloperies qu’il nous a concoctées, même ses plus fervents admirateurs lui trouvent la main lourde. Il voulait nous laver de nos péchés et il aurait oublié de fermer le robinet. Chaque fois qu’on aborde les rapports non protégés, Dieu s’attaque à l’IVG et à l’irresponsabilité. « Avorter tue une vie innocente ! » aime-t-il marteler. Je ne me gêne pas pour lui faire remarquer qu’être enceint, ça ne risque pas de lui arriver et les plus concernées lui tendent un cintre pour qu’il puisse ranger le costard que je viens de lui tailler.
    À la fin de l’animation, il fait mine de ne pas y toucher, mais revient souvent prendre des capotes. Il s’en met plein les fouilles après avoir critiqué le trop de liberté dans la sexualité. Il crie à la ­cantonade que ce n’est pas pour lui, ­s’inventant des potes imaginaires. Mais je lui refile toujours un peu de lubrifiant parce qu’à force de bouffonner, je me dis qu’il doit avoir les muqueuses bien séchées.
    Depuis quelque temps, il a la tête ailleurs, Dieu. Il a lâché le peuple pour conseiller les grands de ce monde. En volant des États-Unis à la Pologne, avec quelques escales dans la campagne française, il truste du ministère austère. Mais à force de rabâcher, il finit par lasser. Son GPS pour nous guider sur le droit chemin est une appli trop compliquée à paramétrer. Ses punchlines ont perdu en street cred, et il ferait bien de se renouveler pour faire le plein sur sa prochaine tournée. La concurrence, elle, est passée à la vitesse supérieure, en grosse cylindrée. Eh oui, Dieu, sache-le, « sur l’autoroute du succès, le diable, lui, roule en BM (3) ».
     
    1. street credibility, légitimité de la rue.
    2. Extrait d’Illegal (album 0.9).
    3. Paroles de Hamdoulah moi ça va (album Mes Repères), de La Fouine.

  • Commentaires

    1
    Bob
    Mardi 6 Juin à 11:57

    The relationship between different sexes is not easy from the earliest childhood. This provokes the subsequent changes in a more mature age.

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