• De l’opium du peuple et l’ivresse des débats (partie 2 : les meufs)

    Janvier est le mois qui honore Janus, dieu romain des clés et des portes. C’est donc le mois idéal pour crocheter nos mœurs cadenassées et ouvrir nos chakras à tout ce qui ne nous ressemble pas. C’est devenu essentiel dans une époque où les modes de vie des uns ambitionnent de s’imposer à ceux des autres. L’année dernière, on a pris cher. Très cher. En surfant sur l’éphéméride de 2015, on constate que Dieu, squatteur quasi quotidien de nos alertes Google, nous a plus arrosés de son courroux que de sa miséricorde. Nous avons bédavé l’opium du peuple jusqu’à l’overdose, jusqu’à pleurer des larmes de sang. J’ai dû sublimer mes émotions pour mieux travailler et consulter pour apaiser ma tension. Juste après le 13 novembre, j’étais dans un lycée de Seine-Saint-Denis où les filles sont nombreuses à escamoter leurs tenues religieuses afin d’intégrer le moule séculier de la laïcité. Plutôt que d’ignorer la scène pour filer à l’infirmerie, j’ai pris le temps de les observer. Tout en palabrant, elles géraient leurs mutations le plus naturellement du monde, comme une chorégraphie parfaitement maîtrisée. Mais, contrairement à ce qu’on croit, elles n’abandonnent pas leurs signes ostentatoires à l’entrée des bahuts, elles les subliment. Avec leurs robes sombres et très longues associées aux hijabs qui se font capuches ou écharpes le temps d’une journée de cours, elles demeurent habitées et habillées par leur foi. Elles défilent subtilement pour leur créateur. Franchement, je me pose la question de l’utilité de les obliger à se changer. On a choisi le combat frontal en légiférant, eh bien, elles se sont débrouillées pour respecter la loi sans perdre leur identité, un rien revancharde. Bien fait.
    Un Conflit de loyauté vis‑à-vis des traditions
    Pendant la première animation, les filles m’ont invité à parler des mariages forcés, et certaines témoignaient de copines à qui c’était arrivé. J’ai immédiatement fait référence à Mustang, ce film turc qui raconte l’histoire de cinq sœurs promises à des époux non choisis et remises dans le droit de chemin de la tradition par un oncle violent. Au moment où j’ai prononcé le mot « turc », une jeune fille au premier rang a lâché un « non » très ferme.
    « Tu ne veux pas que je parle de ce film ?
    – Non, monsieur, il n’y a pas de film. Ce film n’existe pas. »
    En la dévisageant, je n’ai pas senti ce négationnisme provocateur qui pullule sur le Net, mais j’ai lu, plutôt, la résurgence d’un mal-être profond face au sujet épineux des traditions. J’ai compris qu’elle était turque ou avait des origines turques. Je ne me suis pas démonté : « Donc, ce film qui n’existe pas narre l’histoire de cinq sœurs imaginaires qui se heurtent à la tradition patriarcale et leur façon d’y échapper… Forcément, ce film ne peut pas se voir. Mais je vous conseille quand même de le chercher. Sur un malentendu, on ne sait jamais… »
    Comment travailler face à de telles résistances imposées par le poids du respect et l’impossibilité de transgresser ? Si ­l’humour est un moyen d’évacuer les tensions, il convient d’accompagner le mal-être, de l’interroger. L’éducation populaire nous invite à déconstruire les cadres qui favorisent la reproduction des habitudes, nous aliénant à la pensée unique. Facile en théorie, mais dans la réalité, comment s’y prendre ? Je suis profondément attaché aux valeurs laïques de notre République, mais cela me confère-t‑il les pleins pouvoirs sur l’éducation des autres ? Cette fille était tourmentée, tiraillée entre d’une part sa famille, ses traditions et son appartenance à une société bien différente, et d’autre part une école qui invite au développement du sens critique. On s’est souri, malgré la gêne, et elle a entendu le scénario de ce film qui n’existait pas. Je me suis dit que nos animations devaient parfois être ­violentes pour ces filles éduquées aux antipodes des sujets abordés.
    Deux jours après, j’ai eu le cas d’une jeune fille à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) qui se bouchait les oreilles quand l’animation basculait sur l’anatomie génitale. Je l’ai vue se tasser doucement sur son siège, disparaissant dans le tissu ample de son look confessionnel, sidérée par les paroles crues de ses camarades de classe. Elle a sorti un bouquin en arabe. Peut-être le Coran ? Qu’importe, je ne lui ai pas demandé. Fut un temps où, intérieurement, je me serai moqué de telles bigoteries. Mais j’ai changé. De laïcard intolérant, j’ai viré laïque bienveillant. La violence des fous de Dieu a gommé une partie de ma colère. Ce que j’ai perdu en « mécréantidude », je l’ai gagné en humanité. Je ne lui ai pas reproché de lire, tant j’ai senti son besoin d’avoir un support entre les mains qui la maintenait dans sa réalité, l’empêchant de sombrer dans un inconnu salace et salissant. Elle n’avait pas à payer l’addition d’un monde fou de ses certitudes au point de vouloir les imposer aux autres. À elle de cheminer, d’entendre ce qu’elle pouvait, d’attraper au vol ce qui pourrait lui servir un jour. Sa présence, ici, suffisait.
    « M’sieur, c’est vrai qu’on saigne ? » Combien de fois ai-je entendu cette question ? Avant de parler biologie, j’ai raconté comment les femmes musulmanes et séropos que j’avais accompagnées un temps m’avaient fait part des différentes techniques (fruits rouges, sang préparé, etc.) pour faire croire à leur virginité et faire perdurer la tradition. Elles savaient qu’on ne saigne pas systématiquement lors du premier rapport, mais continuaient à partager ces informations pour transmettre leur culture. La fille qui m’avait posé la question s’est dite « choquée » par cette révélation, mais heureuse d’y avoir eu accès. Elle a promis d’avoir une discussion sur le sujet avec sa mère le soir même. Je lui ai signalé que si celle-ci criait au mensonge, c’est probablement qu’elle ne se sentait pas en capacité de remettre en question ses propres valeurs et son éducation. Quoi qu’elle lui dise, qu’elle ne lui en veuille pas ! On a abordé les situations ubuesques engendrées par ce culte de la virginité, comme l’hyménoplastie ou l’existence de sites qui vantent les mérites de l’hymen artificiel pour 29,95 euros seulement. Le paradis en version hard discount.
    En rentrant, je me suis dit que ces ados ne parlaient jamais d’amour, mais que la religion était vécue et partagée sous la forme d’injonctions, d’obligations : rester vierge jusqu’au mariage, bannir les pédés, ne pas manger ce qui est interdit, etc. Dans leurs convictions, Dieu n’est qu’un censeur, juste bon à punir. Où se terre l’espoir qu’est censée insuffler une religion ? L’amour de son prochain qu’elle se devrait de distiller ? Pourquoi ceux qui les éduquent, qui se déclarent porte-parole du divin, occultent-ils cette dimension essentielle ? En tout cas, ce n’est pas en leur jetant notre laïcité et nos terrasses avinées dans la gueule qu’on va se rencontrer. Puisque leurs précepteurs les abreuvent de diktats, offrons-leur l’ivresse de l’amour.

  • Commentaires

    1
    lucette
    Dimanche 31 Juillet 2016 à 21:42

    je me permet de vous écrire pour vous propos un formidable marabout papa vaudou qui m a sauvé en me ramenant mon époux qui m a quitté depuis 3 ans. Il réalise les travaux comme : Voyance précise de détaillée pour le bien être de tous. Amour , mariage , examens , protection contre le danger ,problème de couple... Tout être humain mérite le bonheur, il faut savoir comment le trouver. Pas de problème sans solution Problème de famille Examens, Concours Desenvoutement Impuissance sexuelle Entreprise en difficulté Problème de Couple: infidélité ,amour... Protection contre les dangers Retour immédiat de l'être aimé, fidélité absolue entre époux, protection contre tous les dangers, dés envoûtement, maladies inconnues, problèmes familiaux, impuissance sexuelle, réussite aux examens, dans le travail et permis de conduire... Il peut vous aidez je vous assure tout il effectue des travaux payement apres satisfaction. contacter le sur le 00229 67 88 27 01 ou par email : maraboutpuissant201600@outlook.fr ou par Skype: Hounon.amangnon

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