• De l’opium du peuple et l’ivresse des débats (partie 1 : les mâles)

    Dans ce Bac pro vente où les jeunes arboraient le look costard-cravate, Neuilly-sur-Seine prenait un air de Neuilly-on-Thames. Le look Boss, ça me changeait un peu du jogging trois bandes stylé Bayern avec la sacoche sur le côté. Mais l’habit faisait-il pour autant le moine et la djellaba, l’imam, pour satisfaire toutes les sensibilités dans cette période troublée. J’allais vite m’apercevoir que nenni dans le couloir qui nous menait au CDI, les mecs semblant moins collet monté devant les filles qui traînaient. Pour que l’animation sorte du cadre scolaire, nous nous sommes posés dans les fauteuils moelleux du centre de doc.
    Les deux heures imparties ont démarré sur un échange viril, pour une histoire de téléphone tombé. Les types n’avaient pas besoin de booster leur testostérone comme on me le propose régulièrement sur ma boite mail, ils étaient à bloc.
    Une fois la prise de bec terminée, j’ai décidé de démarrer l’animation sous la ceinture.
    - Les gars, en une minute, j’ai entendu 4 fois « j’m’en bat les couilles ». On devine chez vous cette envie irrépressible de partager une virilité vigoureuse et assumée. Maintenant que vous avez confronté la taille de vos attributs, vous savez pourquoi je suis là ?
    - « Notre prof nous a dit que vous alliez parler du féminisme, du respect des femmes », formula l’un d’eux en levant les yeux aux cieux.
    - Du respect des hommes aussi, car ça va de paire, sans mauvais jeu de mot ! La relation s’inscrit en miroir. Pour respecter l’autre, faut-il encore se respecter soi. L’expression de la virilité, par exemple, est bien différente selon qu’elle se théâtralise dans une rivalité d’hommes, comme tout à l’heure ou qu’elle s’inscrive dans une relation avec une femme…
    J’ai été coupé par un élève, qui s’est levé et a harangué les autres comme un tribun : « Parlons de la différence entre les hommes et les femmes ! Les gars, j’ai lu une étude qui démontre que comme l’homme se reproduit en quelques minutes alors que la femme, elle, a besoin de 9 mois, c’est pour ça qu’on a toujours faim… Qu’on veut plus assouvir nos envies sexuelles qu’elles. »
    - « Concrètement ça se traduit comment ? »
    - « Ben, quand je vois un cul dans la rue, c’est normal que j’ai envie de le baiser. Ce sont mes besoins primaires. L’homme est fait pour avoir beaucoup de rapports. C’est comme ça que l’humanité s’est développée. »
    - « Je vois, tu diras à ta femme enceinte : excuse chérie mais pendant que tu es en gestation et dans l’attente de notre progéniture, j’ai eu des rapports sexuels avec d’autres femmes pour assouvir mon besoin primaire de procréation. »
    - « Monsieur, vous détournez ce que j’ai dit. Chacun son rôle. Monsieur, honnêtement, si votre femme vous demande de réparer le rideau, c’est à vous de le faire, non ? Et vous vous allez lui demander de faire à manger. Ça a toujours été comme ça depuis l’homme des cavernes. Pourquoi changer ça ? »
    J’ai proposé de quitter le paléolithique et les peaux de bêtes pour lancer un débat sur le rôle de chacun au sein du couple mais ils étaient, maintenant, trois, à crier plus fort que les autres, à se tenir debout pour mieux marteler leurs idées. Ils y avaient dans leur discours une bonne dose de mâle dominant, programmé pour fertiliser à l’envie les ovules disponibles… Insidieusement, je sentais bien que la religion les inspirait mais c’était à eux de l’affirmer et non à moi, de provoquer leur confession.
    Un autre a repris le flambeau. « De nos jours, on veut trop changer les choses et ça va se retourner contre nous. Vous verrez. » Comme je lui demandais de développer, il m’a expliqué que « l’humanité veut aller vivre sur Mars, que c’est une hérésie, qu’on veut faire des choses qui vont à l’encontre de la normalité », tout en apostrophant ses deux potes de prêche: « on s’est compris, hein, les gars ? » Les autres ont acquiescé.
    Et d’embrayer : « Ben nous les musulmans, on pense que…
    Je lui ai demandé de ne pas s’exprimer au nom d’une communauté forte de plus 1,5 milliards d’âmes dans le monde, qui vivent leur religion de manière bien différente. Il a accepté mais non sans mal, l’argument des velléités belliqueuses des sunnites vis à vis des chiites n’étant pas suffisant pour le faire revenir sur son positionnement de porte-parole communautaire.
    Du coup, il a embrayé sur les homosexuels et le mariage pour tous, affirmant même que les pédés voulant tous des gosses, la terre entière allait virer sa cuti et se sodomiser à tout va. Il convenait donc de les éliminer de la surface du globe.
    Je lui ai proposé de jouer la fameuse scène de sortie du placard, m’installant dans le rôle du fils :
    - « Papa, je me sens plus attiré par les garçons que par les filles. »
    - « Tu n’as pas le droit. Les pédés, c’est interdit par notre religion. »
    - « Mais papa, je crois en Allah tout puissant mais je suis quand même amoureux des garçons. »
    (Il fait le signe de l’égorgement)
    - « Papa, tu serais prêt à me tuer ? »
    - « Heu, non mais je vais te frapper » (il lève la main)
    - « Papa, papa, tu m’as cassé le bras mais je suis toujours homosexuel. C’est bizarre, non ? »
    Il a finit par sourire, décontenancé par mes réparties. J’ai même lu un soupçon d’empathie dans son regard. Un doute l’habitait quand à la suite à donner à notre échange. Je leur ai proposé un débat inversé, dans lequel, ils devaient imaginer des arguments pour défendre l’homosexualité mais ils ont refusé. Fallait pas pousser, non plus !
    Par la suite, chaque échange s’est inscrit sur le terrain du religieux. Tout devenait profondément identitaire, donc dénué de recul. Il y a eu des échanges vifs, des coups de gueule, de l’énervement, mais jamais je leur ai opposé la charte de la laïcité.
    - « Monsieur, je vous remercie de nous avoir laissé parler », est venu me dire l’un d’eux tout en me serrant la main.
    - « Tu as conscience que vous avez beaucoup monopolisé la parole avec la religion. Que les autres se sont peu exprimés. »
    - « Oui, mais on ne peut pas toujours le faire, alors on en a profité. »
    J’ai entendu les échanges perdurer dans le couloir et j’ai secrètement rendu hommage à l’école de la République, l’école pour tous. Trois jours plus tard, c’était le 13 novembre et les terribles attentats de Paris perpétrés, coïncidence, par des équipes de trois djihadistes. J’ai eu une pensée pour ces trois jeunes qui s’étaient longuement exprimé au nom de leur religion.
    En relisant les valeurs de l’Éducation populaire, je me suis dit qu’on s’en était sérieusement éloigné depuis quelques décennies. Reconnaître à chacun la volonté et la capacité de progresser, écouter et échanger sans convaincre, accepter nos différences plutôt que d’afficher un drapeau tricolore sur les terrasses des cafés, cela me paraît la meilleure des réponses. Et plutôt que de nous alcooliser avec la baguette et le béret, inspirons fort l’opium du peuple pour mieux en digérer les effets et renouer avec les ivresses du vivre ensemble.

  • Commentaires

    1
    lucette
    Dimanche 31 Juillet 2016 à 21:38

    je me permet de vous écrire pour vous propos un formidable marabout papa vaudou qui m a sauvé en me ramenant mon époux qui m a quitté depuis 3 ans. Il réalise les travaux comme : Voyance précise de détaillée pour le bien être de tous. Amour , mariage , examens , protection contre le danger ,problème de couple... Tout être humain mérite le bonheur, il faut savoir comment le trouver. Pas de problème sans solution Problème de famille Examens, Concours Desenvoutement Impuissance sexuelle Entreprise en difficulté Problème de Couple: infidélité ,amour... Protection contre les dangers Retour immédiat de l'être aimé, fidélité absolue entre époux, protection contre tous les dangers, dés envoûtement, maladies inconnues, problèmes familiaux, impuissance sexuelle, réussite aux examens, dans le travail et permis de conduire... Il peut vous aidez je vous assure tout il effectue des travaux payement apres satisfaction. contacter le sur le 00229 67 88 27 01 ou par email : maraboutpuissant201600@outlook.fr ou par Skype: Hounon.amangnon

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