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Lumière contre l'oubli | 03 décembre 2008


Nous avions convenu, qu'à chaque décès, une bougie serait allumée sur la grande table en bois près de l'entrée... Pour témoigner du pire sans avoir à poser des mots dans l'urgence, pour s'éviter les questions et cheminer dans notre deuil, mais aussi pour excuser nos visages fermés. Ce jour-là, dès que j'ai vu la bougie, j'ai compris que c'était de Priscilia qu'il s'agissait. Elle avait 3 ans et ça faisait déjà une bonne année que toute l'équipe la portait à bout de bras. Depuis quelques jours, elle était hospitalisée sans vrais espoirs de retour. En soins palliatifs qu'elle était. En tout cas, nous, nous n'avions rien pour pallier son absence. Priscilia était légère comme une plume, les os saillants sous une peau tendue à l'extrême, son petit corps soumis en continu à la douleur. Priscillia ne s'exprimait plus, du moins par la parole. Ça fait bizarre un regard de vieille femme sur un visage d'enfant...

En trois petites années, elle avait vécu l'équivalent d'une vie de centenaire. Je l'avais toujours connu en phase sida, la maladie s'étant immédiatement déclarée, dès sa naissance. Les seuls sons qui sortaient de ses lèvres sèches, c'étaient des cris à la limite de l'ultrason, quand le kiné trois fois par semaine, la torturait pour lui donner un semblant de mobilité, un espoir de mouvement. Il nous arrivait de faire les pantins désarticulés pendant des heures autour d'elle, en espérant un début de sourire qui n'arrivait jamais. On parodiait le rire médecin, en vain.

Ce jour-là, j'avais bouclé mon atelier "aide à la recherche d'emploi" en quelques minutes. Le cœur n'y était pas. Les usagers l'avaient bien compris. De toute façon, trouver du boulot quand t'es séropo et sans papiers... Ils connaissaient tous la signification de cette lumière vacillante posée au milieu de la table, de cette lumière contre l'oubli.

Trois jours après, on s'est tous retrouvés pour l'enterrement. À la levée du corps, on aurait pu faire une belle photo en noir et blanc. Les noirs, c'était la famille. Les blancs, les accompagnants de l'association, salariés et volontaires. Les parents nous avaient demandé aucun signe ostentatoire pouvant faire référence au sida. Ils n'osaient pas trop nous parler devant le reste de la famille, de peur de se retrouver sur le bûcher de l'Inquisition, de peur que le mot SIDA transpire et transforme les pleurs en cris d'horreur. Officiellement la tuberculose avait encore frappé. Au bout d'un moment, sans se consulter vraiment, on a décidé de s'éclipser, de ne pas aller jusqu'au cimetière de Pantin ou Drancy, je ne sais plus.

Le sida nous avait volé une âme de plus. Les préjugés et les tabous nous avaient volé une partie de notre deuil. Lors de cette 20e journée mondiale de lutte contre le sida et cette question de la pénalisation de la transmission du VIH, j'ai eu l'impression que les politiques nous volaient encore un peu d'espoir.

Publié par didurban à 17:54:14 dans Pensées partagées | Commentaires (1) |

Choisis ton camp camarade | 02 décembre 2008

Hier soir, pour lutter contre le sida, on avait le choix entre la manif d'Act-Up sous la pluie et dans le froid, avec un "dying" à République, le cul dans l'eau ou un concert classique au théâtre des Champs-Elysées avec coupette de champagne, le cul dans le velours et la langue dans le demi-sec... En ce qui me concerne, j'ai toujours eu du mal à trinquer à la mort de tous ceux qui nous ont quittés. Alors, je me suis contenté de me sabrer le moral entre Bastille et Beaubourg...

Publié par didurban à 21:05:33 dans Pensées partagées | Commentaires (0) |

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Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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