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Dans le dos de Papon | 17 juin 2008

Qui a dit que dans ce pays, il n'y avait que des salauds de droite, planqués derrière le concept de l'immigration positive pour mieux assumer ce racisme ordinaire empreint de pétainisme qui les caractérise ? Hein, qui l'a dit ? Quand je suis arrivé au Tribunal Administratif, rue de Jouy dans le IVe, j'ai reconnu dans la cour centrale une trentaine de visages venus pour soutenir Mr B. Ému aux larmes, son père, un vieux monsieur à quelques encablures de la retraite nous aurait presque tous embrassé. Vu de l'extérieur, ça aurait pu faire mariage, sauf que nous étions plutôt là pour consommer le divorce entre l'Etat français et les droits de l'homme. Nous avons squatté la moitié de la salle du tribunal. Les gardiens de la paix qui n'en ont que le nom avaient tous l'air surpris d'une mobilisation aussi importante. Mr B. fatigué, a refusé nos sandwichs, l'estomac tordu par la bile et l'enjeu. On a patienté en prêtant l'oreille aux plaidoiries des avocats des autres déférés. Nous avons écouté la triste litanie de ces gens partis d'ailleurs parce qu'ils rêvaient d'ici et qu'un coup de botte va renvoyer là-bas. Cette fois, nous n'étions pas spectateur au Théâtre du Soleil, mais bien confronté à des vraies tranches de vie de migrants, dans toute leur tragédie. "On joue sa vie comme on joue au flipper", chantait Téléphone. Les types à la barre, eux, ils venaient de prendre un sérieux coup de bumpers et d'une belle fourchette juridique, la France leur infligeait un Game Over sans appel.

Les deux chinois avant Mr B. étaient seuls au monde et ils le seront probablement encore plus dans leur pays qui s'apprête à recevoir la crème de la diplomatie internationale au moment de la plus grande bouffonnerie sportive de tous les temps. Une traductrice leur restitue à l'oreille la teneur des débats entre l'avocat et le représentant de la préfecture, un homme à la chemise blanche aux rayures saumon, que nous ne verront que de dos. Le représentant de la pref', c'est Mr Verdier. Je donne son nom, histoire qu'il reste une trace écrite de ses forfaitures quelque part, juste au cas où les FFI reviendraient. Il a le même patronyme que le pire de mes voisins, celui qui ne supporte pas qu'on se gare sur sa place de parking. Et ben Mr Verdier de la pref', il ne supporte pas que des étrangers viennent s'installer sur le sol qui lui est réservé. Alors plutôt que poser sa démission, il fait son travail, sans entrain certes, mais froidement, cliniquement. Il ne ressemble à rien ce petit fonctionnaire collabo, qui à défaut de remplir des trains, réserve des places de charters, en queue d'appareil, près du réservoir à merde.

L'avocate de Mr B. est minable. Elle n'arrive pas à enchaîner deux phrases sans chercher ses mots, parle d'un magasin à Montreuil au lieu de Bagnolet, appelle son client Mr A. au lieu de Mr B.... Elle est empruntée, faussement concernée maintenant que le chèque est touché. Le Papon local reste stoïque. Il a trente militants, cinq membres de la famille, un bébé qui tête son biberon dans son dos et pourtant, comme il lirait la notice d'une étagère Ikéa, il énumère administrativement les motivations de son bon coup de balai vers la Tunisie. Nous échangeons des regards inquiets. Dès que l'affaire de Mr B. est finie, nous nous levons d'un seul homme pour mettre une dernière pression sur le juge... Dehors, l'avocate subit notre opprobre, puisqu'elle n'avait même pas été capable de faxer les dernières pièces du dossier au juge dont cette lettre si belle d'un instituteur que je vous livre ici :

Monsieur P.
Professeur des écoles

Paris, le 14 juin 2008

à Monsieur Michel Gaudin

Préfet de police


Objet: Affaire B. n° étranger 9303xxxxxx retenu au centre de rétention de Vincennes

Monsieur le Préfet de Police,

je suis l'instituteur de S., la fille de Monsieur B. et je me permets de solliciter votre haute bienveillance pour l'affaire citée ci-dessus. S. est une élève très bien intégrée à la classe que j'ai le plaisir de diriger cette année et elle a de très bonnes relations avec ses camarades. Elle est, à titre d'exemple, souvent invitée aux anniversaires de ses amies. S. vit très mal la situation qu'elle ne comprend d'ailleurs pas. S. qui est une bonne élève, calme, appliquée et sérieuse ne peut quitter son univers auquel elle est attachée et qui est toute sa vie.

Les autres élèves de la classe ne saisissent pas, non, plus l'état de tristesse dans lequel S. se trouve. Ils ne savent que faire pour la soutenir. Il est difficile, pour un maître d'école de travailler avec un tel poids affectif, voire d'expliquer à des élèves si jeunes une situation aussi éprouvante... On ne peut la laisser s'installer dans la classe parce qu'elle perturbe les apprentissages de tous. Ainsi, nous ne pouvons concevoir que S. perde ses repères familiaux.

En sachant que vous ferez tout votre possible pour aider cette famille, très intégrée, je le rappelle, je vous prie, Monsieur le Préfet de Police de croire en l'expression de ma très haute considération.

Les dés étant jetés, seule une poignée ont poireauté jusqu'à 17h30 pour la décision du juge. Moi, j'avais du taf. Je suis parti un rien pessimiste. J'ai serré la main de la femme de Mr B. sans trop la regarder, car j'avais les larmes aux yeux. Elle m'a remercié.

Et puis, en fin d'après-midi, la nouvelle est tombée: Mr B. était libre et son avis de reconduite à la frontière était annulé !!! Franchement, j'étais fier de nous et pour une fois, pas mécontent d'être français. Verdier, j'ai un dernier message pour toi : tu fais vraiment un métier d'enfoiré.

Publié par didurban à 11:35:45 dans Police partouze, justice à poil | Commentaires (14) |

Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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Lisabuzz.com parle de Dr Kpote et Mr Sexuel : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Dr Kpote et Mr Sexuel, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Didurban mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Dr Kpote et Mr Sexuel et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

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