Beaucoup ne se pose même plus la question du sens de ce mot, de sa portée. Par principe, je reprends toujours les élèves qui utilisent ce terme qui accorde peu de crédit à l'autre. Quand on "crache" sur quelqu'un, on n'exprime que du mépris. A fortiori quand on "crache" à l'intérieur du sexe de quelqu'un...Le summum, c'est quand on "défonce" à mort avant de "cracher"...
Dans une classe où les élèves maintenaient que le terme n'était ni pire, ni mieux qu'un autre, et qui me laissaient entendre que j'étais totalement "has been", je leur posais la question : - Diriez vous par exemple : "le soir où j'ai été conçu, mon père a bien craché dans ma mère..." ou "Hier soir, j'ai entendu mes parents baiser. Mon père a craché et ils se sont endormis." Ce qui revenait à dire, vous n'êtes que des fils de glaviots, des raclures de fond de gorge mélangées à un reste de morve... Autrement dit, des résidus d'herpès labial à la sauce enzymatique (Tiens, à la rentrée, je vais essayer cette phrase, juste pour voir les réactions...).
Certes la référence aux parents peut paraître facile, un rien provocatrice, voire abusive mais, ils l'avaient bien cherché et surtout le blanc qui a ponctué ma phrase a démontré que j'avais fait mouche. Le mot "cracher" dans la couche parentale, ça fait tâche. Déjà que les ados ont du mal à imaginer la libido de leurs vieux, ils les voient encore moins se cracher dessus, en dessous.
Par pur jeunisme ou par mimétisme à la mode Canal Plus ou Cauet, je comprends qu'on puisse utiliser le verlan ou l'argot des jeunes. D'ailleurs, pour animer des soirées de quadra parfois trop ennuyeuse, je m'amuse à le faire. Ça donne du piment à mes histoires de capotes. Par contre, je pense que notre rôle d'éducateurs est de reprendre systématiquement les termes irrespectueux voire injurieux pour éviter de les cautionner.
Le mot "cracher" doit disparaître du vocabulaire de la sexualité. Parce qu'on commence par "défoncer", puis "cracher", et qu'on finit par "jeter", voire "latter" ou "fumer"... Autrement dit, faire l'amour relève plus de la baston de rue que du partage des émotions. On associe, une fois de plus, l'autre à un produit de consommation, qu'on crache quand il a mauvais goût.
Et puis, en général, une fois qu'on a craché, on se détourne par dégoût. On regarde rarement la cible de notre projection salivaire. On se retire, on se rhabille et on se tire en abandonnant l'autre, souillé.
L'amour, l'envie, le désir, ça doit faire saliver. Par contre, il vaut mieux garder son crachat pour les tombes. C'est plus érudit.
Publié par didurban à 11:43:21 dans Prévention | Commentaires (19) | Permaliens
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