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Romano vs Viviane | 23 mars 2007

Hier, dans une classe Electro-tech, j'ai demandé aux élèves d'imaginer un scénario autour d'une rencontre. Ils ont décidé de partir sur un couple hétéro parce que c'est plus « naturel »... Je ne manque pas de leur rappeler que ce qui est naturel pour l'un, ne l'est pas forcément pour l'autre. Cause toujours.
Le garçon, 20 ans, s'appelle Romano. Pour la fille, 18 ans, ils choisissent Viviane. Ils se rencontrent à Auchan, au rayon lingerie. Viviane est en train de choisir un soutien-gorge 95B alors que Romano, lui, s'est perdu. Sacré Romano, il a du confondre rosbeef et soutif. Après une discussion rondement menée (logique avec un 95B) Romano obtient le numéro de portable de Viviane. Il l'appelle le soir même et lui propose un restaurant.
- « Au KFC ! »
- « Non, plus classe. Dans un indien. »
- « Ouais, un indien, c'est classe. »
- « Laisse tomber, ils vont bouffer du pigeon. Il vaut mieux aller au KFC »
- « Non, il l'invite au ciné. Comme ça il lui achète des pop-corn et ça lui revient moins cher.
-« A ce compte là, il propose une balade à La Défense, c'est gratuit »


Après un débat sur l'argent qu'ils sont prêts à dépenser pour draguer une fille (la moyenne se situe à 2-3 euros, le prix d'un kebab), nous choisissons ensemble un restau pas trop cher. Ils boivent un peu. Avec modération. En sortant, il l'a raccompagne car il n'y a plus de bus. En fait, si la banlieue est mal desservie par la RATP la nuit, c'est par civisme. C'est pour relancer la galanterie. Ils arrivent devant chez elle. Elle propose un café. Ils montent et dans l'escalier et ils s'embrassent, se caressent un peu. Hier, ils étaient au rayon lingerie d'Auchan, et là ils s'embrassent goulûment entre deux étages. C'est une affaire bien emballée. Presque trop. Alors, je décide de me mêler un peu du scénario en prenant le rôle de Viviane qui se recoiffe et rajuste son soutien-gorge :
- « Tu sais, je crois que ça va un peu vite. Je préfère qu'on s'arrête là et qu'on se rappelle demain. »
Le tollé est général. Certains élèves se lèvent d'un bond.
-« Quoi, elle nous chauffe à mort. Et il faudrait qu'on parte. Moi, je l'attrape et... » Il mange la suite dans son écharpe.

Je les comprends un peu. Je leur dis que la frustration peut être dur à avaler, que le film qu'ils avaient programmé s'arrête d'un coup, comme un DVD rayé au mauvais endroit, juste avant la grande scène bien « hot ». Mais je rajoute que de toutes façons, ils doivent l'accepter, par respect pour l'autre. Toute autre décision relèverait de l'agression. Eux, ils décident d'insister, de ne pas « lâcher l'affaire ». Ils mettent la pression, la suivent dans l'escalier, continue de la baratiner.
Je leur explique que la fille peut commencer à avoir peur. Après tout, ils se connaissent peu.
- « elle n'avait qu'à pas lui proposer un café. »
- « ouais, c'est avant qu'il faut réfléchir. »
Le mot « taspé » revient dans quelques bouches. Ils sont dans le scénar. En érection ou « en chien », selon.
- «  un café, ça veut dire qu'on est prête à aller plus loin, à faire l'amour ? »

Le débat continue sur le consentement, ses limites, sa durée, la possibilité de le remettre en question à chaque étape. Je me rends compte que peu de garçons laissent aux filles la possibilité de revenir sur leur décision de départ en toute sérénité. Je me dis que parler de la transmission des IST, c'est important mais que ce n'est pas suffisant. L'amour n'est pas uniquement une histoire d'échange de liquides, le rapport à l'autre est primordial. C'est lui qui va déterminer la nature de la relation. Quel fantastique moyen de prévention que le dialogue entre deux êtres qui prennent le temps de s'écouter et surtout d'accepter les désirs de l'autre. Je suis persuadé que l'utilisation ou non du préservatif est lié à l'équilibre de la relation. Un rapport « à l'arrache », accepté sous la pression n'invite pas à la protection, surtout chez des jeunes de 15-20 ans, concentré uniquement sur l'acte lui-même afin d' « assurer un maximum ». Les ados sont obnubilés par la pénétration, et du coup négligent tout ce qui peut la devancer, la préparer. Il faut être rapide et surtout performant. Il faut en retirer le maximum de bénéfices personnels. C'est le libéralisme sauvage adapté à la sexualité. Le CAC 40 du  plumard. D'ailleurs, pour certains, les filles ne sont cotées qu'en bourses. Et surtout pas ailleurs.

Publié par didurban à 10:22:11 dans Prévention | Commentaires (6) |

Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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