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Lolita | 12 mars 2007

Elle est en préapprentissage pour devenir coiffeuse. Elle a 15 ans, et peut-être quelques mois de plus. Elle a un décolleté vertigineux et sans soucie peu. Dès que la prof annonce que je suis là pour parler de sexualité avec eux, elle saute de joie, se lève, vient me serrer la main... « Vous êtes la meilleure nouvelle de la journée ! » Une sorte de roi mage du cul, le messager attendu comme le messie et qui va transformer les cours en partouze, multiplier les capotes et marcher sur le liquide séminal. Je refroidis un peu ses ardeurs en expliquant que je ne suis pas là pour parler de parties de jambes en l'air mais pour échanger avec eux sur la sexualité et les IST (Infections sexuellement transmissibles). Qu'importe, elle est partie, partante et semble revenue de tout. Je sais déjà, dès les premières minutes, qu'il va falloir que je tempère ses velléités de témoigner, de s'exposer. Je propose pour rentrer dans le sujet (sans mauvais jeu de mot) une tempête de cerveau autour du mot sexualité, écrit en gros au tableau... Un brainstorming, quoi. Je note pour les inviter à s'exprimer « rencontre », puis, je leur donne la parole chacun à leur tour. Au moment où je la questionne du regard, elle se lève, papillonne des yeux et me lâche un « fellation » très, mais alors très aguicheur. Je lui demande de se rasseoir et nous continuons. Je suis quand même un peu déstabilisé par son comportement. Rassurez-vous amis lecteur, loin de moi l'idée de marcher sur les traces d'Humbert le personnage de Nabokov prêt à me laisser emporter dans une relation lolitesque. Mais la séduction agressive est toujours dérangeante et ceci quelque soit l'âge des deux personnes en contact. Il m'est déjà arrivé de me faire un peu draguer pendant des interventions mais elle, elle était très étonnante dans son manque total de pudeur, et surtout sa facilité à réduire les distances entre adulte et adolescent, entre formateur et élève. Trop à l'aise, trop exubérante, trop généreuse dans tous les sens du terme. Un « trop » qui cache des « pas assez » ? Que les psys fassent leur boulot...

Et puis, une question est venue sur les risques de contracter le virus du sida. Etaient-ils toujours aussi importants ? La jeune fille répond à ma place : « le sida ? Il faut faire attention. Moi je fais l'amour sans préservatifs mais qu'avec des garçons que je connais. Mais je prends la pilule.» Adieu Lolita. Sa phrase m'a fait immédiatement oublier son petit jeu de séduction et le militant que je suis, n'y a vu qu'une jeune fille mettant désespéramment sa vie en danger.
« - Tu penses vraiment que toutes tes amants sont au clair avec leur statut sérologique ? Qu'ils ont fait des tests ? De plus, penses-tu qu'on annonce toujours à son partenaire si on est infecté ou pas par une IST ? Ne pense pas qu'au sida, il y a aussi les Chlamydia, l'herpès, les infections à condylomes, les hépatites... »

Elle reste sans voix. Ses yeux sont moins rieurs, sa bouche se tord un peu. Elle redevient une petite fille surprise en train de faire une bêtise. « - mais je les connaîs, je suis sûre. C'est des mecs de mon quartier. » Je décide de parler des tests de dépistage et du temps d'incubation des virus. J'explique que beaucoup de gens vivent sans savoir qu'ils sont contaminés, que certaines IST ne se développent pas chez l'homme mais se transforment en maladie chez la femme. Je fais un tableau sur les transmissions avec les différents liquides qui peuvent véhiculer les virus. Je rappelle que la pilule la protège des risques de grossesse, mais en aucun cas des risques d'infections. Elle écoute, sérieuse. « - Monsieur, vous me faites flipper, là ». Vu l'expression de son visage, je me dis qu'elle ne bluffait pas, qu'elle a déjà eu des relations avec de nombreux partenaires. Et sans préservatifs.

Je réexplique que je ne suis pas là pour faire peur mais pour informer. Libres à eux d'avoir la sexualité qu'ils souhaitent mais en connaissance de cause, en personnes responsables de leur corps mais aussi de celui des autres. La sonnerie retentit. Les élèves se servent en préservatifs et cours papoter dans les couloirs. Elle se lève, prend un préservatif féminin et deux masculins, et me dit « merci, monsieur, c'était vraiment bien. J'ai appris plein de choses. » Je n'en suis pas si sûre que ça mais bon vent quand même, Lolita. Et surtout fais attention à toi.

Publié par didurban à 15:13:01 dans Prévention | Commentaires (1) |

Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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