<< CPNT : Chasse Pêche Neuf-trois et Tradition | Le jour de la meuf, mangez des pommes. | Lolita >>
Journée de la femme oblige ou simple coïncidence, j'ai eu hier,
une classe de filles en CAP couture dans les Hauts-de-Seine. Celles-ci étaient
très défavorables au fait que ce soit un homme qui vienne animer l'intervention
sur la sexualité. Ça râlait sec dans les couloirs et certaines voulaient même
rentrer chez elles. À peine installés, je leur ai immédiatement proposé de
mettre des mots sur leur gêne afin de pouvoir dépasser ce problème qui aurait
pu plomber le débat. La peur d'être jugée comme étant des « filles
faciles », « portées sur la chose », par un homme semblait les
préoccuper. Je leur ai expliqué que je n'étais pas là pour les juger et surtout
que je ne divulguerais pas leurs paroles aux professeurs ou au proviseur... De
plus, nous étions là pour parler de la
sexualité et non pas de leur
sexualité. Ce fût un argument satisfaisant pour les filles musulmanes, à qui je
certifiais pour enfoncer le clou, que je n'appellerais pas leurs pères ou leurs
frères pour leur dire que nous avons parlé de rupture d'hymen, de clitoris ou
de secrétions vaginales, voire pire, (sortez vos gousses d'ail, crucifix et
autres coran), d'orgasme. Si elles avaient des questions plus personnelles,
l'infirmière pouvait servir bien sûr de relais.
Une fois rassurées, nous avons beaucoup travaillé sur la
notion de consentement et tout ce qui pouvait se faire, se dire avant l'acte
sexuel. J'ai élaboré des questions à partir d'un document canadien sur les relations
entre partenaires et la règle des 3C : Connaître ses propres désirs et
limites, Communiquer efficacement avec l'autre pour les exprimer et la notion
de Consentement éclairé, même si souvent « ça se passe dans le noir »
comme me l'a signalé une élève, avec humour. Elles étaient unanimes sur le fait
que c'était difficile de dire à son partenaire qu'on refusait un acte sexuel,
ou que l'on ne souhaitait pas avoir telle ou telle pratique. Après avoir
travaillé ensemble sur les raisons, nous avons mis à jour que la crainte, la
peur de la réaction des garçons, en était la cause.
Puis, nous avons essayé de définir ensemble la notion de
consentement mutuel. Le problème est que bon nombre d'entre elles avaient déjà
subies des pressions, des manipulations voire des gestes violents ou incitatifs
et qu'elles avaient fait l'amour sans être vraiment certaines de le vouloir
vraiment. Une fille me dit même résignée, que tel est le destin de la femme, à
cause de la « pomme ». Cette référence au jardin d'Eden, paradis
perdu à cause d'une femme, la première de l'humanité, qui s'est laissé tenter
par un serpent à deux boules ( ?), un spermatozoïde reptilien ( ?),
un vît à gland fourchu ( ?), m'a
toujours laissé de marbre. J'ai toujours eu du mal avec la genèse de
l'humanité, surtout lorsqu'elle est
teintée de culpabilité.
Nous avons passé beaucoup de temps à échanger autour de l' « avant »,
comment on peut se préparer au mieux pour avoir une relation à fort bénéfice,
sans regrets. - « On parle pas de sexe, alors ? » La question
a fait rire toute la classe. Elle rougit un peu quand je la regarde : - « Mais
nous en parlons depuis une heure !! Et puis, je croyais que vous ne
vouliez pas en parler en présence d'un homme !! La sexualité se
réduit-elle seulement à l'acte ? Et après comment on se sent ? Qu'est
ce qu'on se dit ? Mais si vous voulez qu'on parle des pratiques sexuelles,
on peut. Mangeons la pomme, et jusqu'au trognon, tiens ! »
Nous avons abordé les pratiques sexuelles sans aucune gêne, sans problèmes, sans tomber bien sûr dans la surenchère. Beaucoup de questions portaient sur la fellation, la sodomie, les risques liés à ces pratiques... Franchement, à quoi bon organiser une « journée de la femme ». Elles n'en ont aucunement besoin. C'est sûrement les hommes qui en sont les instigateurs, juste pour se déculpabiliser de cette furieuse envie de croquer qui les taraudent tout le reste de l'année.
Publié par didurban à 14:27:23 dans Prévention | Commentaires (0) | Permaliens
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