• Consentement : Nom masculin s’accordant surtout au féminin

    Partant du constat que le consentement est une question récurrente dans les interventions d’éducation à la sexualité en milieu scolaire, l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) a mené une enquête dans les lycées et les centres de formation d’apprentis d’Île-de-France 1. Celle-ci, en analysant la façon dont les professionnels et les jeunes appréhendent le consentement dans la sexualité, montre combien les stéréotypes de genre restent finalement très ancrés dans les pratiques des animateurs et les comportements des adolescents. Pris dans l’enchaînement des animations menées en solitaire depuis une quinzaine d’années et sans réelle analyse de mes pratiques professionnelles, je m’endormais un peu sur mes lauriers. Cette enquête m’a invité à m’interroger sur ma façon d’aborder la notion de consentement et c’est plutôt salutaire.

    « Le consentement constitue, pour les professionnels de l’éducation à la sexualité en milieu scolaire, une clé de voûte afin de permettre aux adolescents de construire leur rapport à l’autre et à soi », nous dit l’étude. Au début de mon activité, traiter du consentement n’allait pas de soi. Crainte du témoignage de viol mal accueilli par le groupe ? Difficulté de mettre en place un suivi adapté après une parole libérée ? Une certaine frilosité vis-à-vis du sujet a longtemps subsisté. Maintenant que j’ai rectifié le tir, je me demande comment j’ai pu animer des séances de prévention sans aborder la négociation du rapport, fondement de la relation pour vivre une sexualité assumée et épanouie. C’est devenu, aujourd’hui, la pierre angulaire de mes animations, construites autour du respect du partenaire. Accorder de l’attention à l’autre, c’est aussi faire attention à soi, donc se protéger mutuellement.

     

    La règle des 3C

     

     

    Mais comment aborder cette notion de consentement sans brandir froidement ce mot que beaucoup de jeunes associent uniquement au viol, occultant le débat sur cette fameuse zone grise où le oui et le non n’étant pas explicites, on laisse le champ libre à toutes les interprétations ? Après de nombreuses recherches, j’ai adapté un outil québécois de prévention des violences sexuelles, nommé la règle des 3C. Le premier C – « connaître (identifier) ses propres limites et désirs » – invite les jeunes à exprimer leur individualité au travers de leurs fantasmes et leur marge de liberté. Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour l’autre ? Qu’attendez-vous de la relation ? Parents, société, groupe d’amis, qui pose les limites et quand les repousse-t-on ? Une fois limites et désirs exprimés, la nécessité de les partager avec son partenaire s’impose alors comme une évidence. On mutualise l’intime en face to face et non plus sur les réseaux sociaux ou par texto. On va s’exposer pour éviter de « sexposer ».

     Le deuxième C initie l’échange et la relation, c’est « communiquer », verbalement, mais aussi sans mots, au travers de nos attitudes. Comment savoir si on s’est bien compris ? Comment décrypter les signes envoyés par l’autre ? Comment l’inviter à s’exprimer malgré la timidité liée à l’intimité ou la peur de décevoir ? Symbole de la communication non verbale, un des slogans forts des marches dénonçant le « slut-shaming » 2 est « mes vêtements ne sont pas un consentement ! » C’est passionnant d’échanger avec les jeunes sur les jugements qui accompagnent la tenue, sur cette communication du paraître, omniprésente dans la télé-réalité et les clips. La réflexion permet d’ouvrir les tiroirs stéréotypés dans lesquels la société aime à nous ranger : la pute, le queutard, la fille qui se respecte, le BG, le forceur…

     

    Décoder les signes

     

    L’enquête met en avant que, dans le jeu amoureux, l’identification du consentement de l’autre doit se faire « naturellement ». Certains évoquent une sorte d’alchimie qui fait que l’on comprend ce que l’autre veut. La force d’un couple se verrait ainsi à travers la capacité à décoder les signes du consentement. Mais là où ça se complique, c’est que, pour les filles, les différentes parties du corps ne font pas l’objet d’un même accord : si leur sexe reste une chasse gardée, elles acceptent, pour souligner l’investissement dans la relation, de se faire caresser les seins, les fesses, le ventre. Difficile pour les ados de décrypter tous ces signes qui se télescopent. Si on est d’accord pour les seins et les fesses, c’est qu’on l’est forcément pour le reste. Ou alors, on est une belle allumeuse mytho ! L’adolescence, qui se construit dans les grands écarts de température, ne prend pas en compte la tiédeur des hésitations.

     Le troisième C tombe à pic : « S’assurer du consentement. » Il est essentiel de signifier que celui-ci peut être remis en cause à chaque seconde. Ce n’est pas parce qu’on s’est laissé embrasser, caresser qu’on va aller au bout. Beaucoup ont du mal à accepter une volte-face au moment du passage à l’acte. De la pulsion sexuelle au sentiment amoureux, on travaille à identifier quand l’autre est tour à tour objet de désir, corps qui nous aimante ou personnalité qui nous charme. Les émotions qui nous traversent, nous débordent parfois, ne sont jamais figées. Et puis entre le moment où on s’est embrassés et celui où on se retrouve nus, en situation de passer à l’acte, est-on dans le même état d’esprit ? Est-on toujours raccord avec ce début de consentement donné ?

     C’est un temps d’animation où l’écoute s’impose et la vanne est bannie. Je reste ultra vigilant sur les regards, les attitudes qui pourraient trahir un vécu douloureux. C’est vrai que, fortement influencé par les statistiques des violences sexuelles, je focalisais sur le visage des filles. J’en oubliais trop souvent les questionnements des garçons, me laissant influencer par cette minorité d’entre eux qui vantent leurs performances. La lecture de l’enquête m’a interpelé à ce sujet. Elle souligne clairement que les animateurs de prévention reconduisent pour la plupart des stéréotypes de genre : garçons et filles ne sont pas pensés comme étant concernés par les mêmes risques. Ainsi, le consentement sexuel n’est utilisé qu’au féminin (« consentante »), comme s’il ne pouvait se penser au masculin.

     En laissant une place aux interrogations des garçons (virilité, pression des pairs, obligation de faire jouir), on sort du schéma simpliste, filles victimes/garçons agresseurs. À l’adolescence, filles comme garçons, on peut être maladroits et obnubilés par l’obligation de réussir ses premiers rapports, donc s’extraire de la relation et se centrer uniquement sur la technicité de l’acte. C’est là que la violence peut émerger, quand l’autre est déshumanisé. Si on veut sortir de la spirale des violences sexuelles, le consentement doit s’accorder au masculin comme au féminin. 2

     

    1. L’enquête est disponible sur le site www.injep.fr
    2. Traduit en français par « humiliation des salopes ».

     


  • Commentaires

    1
    Mercredi 16 Décembre 2015 à 07:04

    Un concept que plus d'un devrait réellement connaitre. En tout cas, je salue l'idée des concepteur pour cet article!  Un grand merci

    2
    lucette
    Dimanche 31 Juillet 2016 à 21:41

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