• Clitorus ou cunnilingus : le plaisir féminin reste langue morte

    Faute de salle libre, avec ma quinzaine d’apprentis menuisiers, nous nous étions installés dans l’atelier, accoudés aux établis, les sinus emplis de cette forte odeur de bois fraîchement coupé qui donne envie de tintinnabuler dans les cheminées. Ça me changeait des salles de classe habituelles, surchargées en phéromones d’ados, mélange de sueur et d’hormones saturées, qui fleurent bon le renfermé. Mais je n’étais pas là pour décorer le sapin, mais bien pour animer une séance de prévention, fallait pas l’oublier.
    Une montagne s’élevait au premier rang, sous la forme d’un type aussi grand que large, le genre qui aurait pu reprendre le flambeau de feu Notorious B.I.G., pour les amateurs de rap XXXL. Avachi sur sa chaise, la ceinture abdominale détendue par les kebabs, il envoyait de la vanne au rythme de ceux qui déjeunent au Red Bull. Nous abordions les pratiques sexuelles en essayant d’évaluer ensemble les risques de transmission d’infections, quand il est devenu beaucoup plus sérieux, presque inquiet : « Hé ! monsieur, c’est quoi le truc que vous avez noté, là, le “cunninligus” ? » Un autre élève me prend de vitesse : « Lorsque le keum y lèche le sexe d’une meuf, ça s’appelle un cunnilingus, gros. – Mais c’est dégueulasse ! Bouffer la chatte, avec le pipi, c’est dégueulasse ! Ça se fait pas monsieur. Et puis ça pue, une chatte. »
    Il avait l’air franchement dégoûté sans en rajouter, prêt à éructer son sanglier du petit déjeuner. Il a fait des grands moulinets avec ses bras, tout en se pinçant le nez. Cinq minutes auparavant, il nous vantait les bienfaits de la « petite pipe tranquille », mais le cunni, ça dépassait son entendement. « Tout à l’heure, tu nous mimais la fellation avec un grand sourire de satisfaction. Il me semble que tu urines aussi avec ton sexe. Dans ce sens-là, ça te pose moins de problèmes ? » l’ai-je questionné. « C’est pas pareil, monsieur. Je suis circoncis, alors mon sexe, il est toujours propre. Et puis vous imaginez, le keum qui fait un “cunni-j’sais-pas-quoi” à sa femme et qui embrasse après ses enfants à la sortie de l’école… Monsieur, vous avez déjà fait des trucs dégueulasses comme ça ? »
    Après lui avoir expliqué que je n’étais pas là pour dévoiler ma vie privée et encore moins si j’embrassais les gosses la cyprine* aux lèvres, j’ai regretté notre manque d’élasticité nous empêchant de nous renifler le bout du gland. « Nombre d’entre vous seraient surpris par l’odeur de celui-ci quand vous l’exposez au niveau du visage de votre copine ou de votre copain pour obtenir une petite gâterie. » En effet, que l’on soit ouvrier ou patron, la dernière goutte étant pour le caleçon, on peut aisément imaginer que l’odeur d’un gland en fin de journée s’apparente plus à du Mister Gore que du Miss Dior.
    C’est vrai, on ne parle jamais de l’odeur d’une bite peu aérée alors que les témoignages sur les relents pestilentiels de la vulve sont légion. C’est souvent relayé par les filles elles-mêmes, comme sur ce forum d’ado : « Bonjour.... j’aimerais savoir quand les gars font des cunnis.... c’est pas dégueu pour eux ? Parce que me semble que c’est pas la partie qui sent le meilleur chez une femme (ça pue même) et il y a des pertes blanches ou même on peut mouiller.... c’est pas cool pour le mec non ? » La méconnaissance anatomique au féminin s’accompagne des élucubrations les plus folles quant à ces liquides, de la « mouille » aux pertes blanches, stagnant et croupissant dans le vagin. Ce n’est pas le cas des mecs, puisqu’eux, ils ne gardent rien, expulsent urine et sperme. Du coup, on entend systématiquement parler de « crasseuses qui puent », jamais de « crades qui fouettent ».
    Pour éviter de se prendre la tête entre les cuisses, un ado a imaginé avec sa copine le Snap-Cunni : « Ma copine m’envoie une vidéo sur Snap de sa techa et je lèche mon téléphone. Après je fais pareil avec ma teub. On se le raconte et ça nous fait délirer… » Parents inquiets, si votre enfant lèche son smartphone, sachez qu’il pratique le Safe Sex en 4G et participe à l’éradication de l’herpès.
    Le cunni, moins visuel qu’une bonne pipe dans les films de boules, reste techniquement un grand mystère pour beaucoup d’ados. À ce titre, un jeune homme du Val-d’Oise exprimait son inquiétude : « M’sieur, j’ai entendu dire qu’en faisant un cunnilingus on pouvait rester coincé, car ça fait ventouse avec la bouche. C’est vrai ? – Ne confond pas aspirer et lécher… » lui ai-je répondu en réprimant un fou rire. M’étant fendu d’une explication plus détaillée, j’ai dû faire face à une réputation d’expert en langues qui m’a suivie jusque dans la queue du self.
    Comme nous ne sommes pas tous de grands latinistes, dans une classe de BEP de Pantin, un petit malin a voulu nous faire la leçon : « Taisez-vous, bande de bouffons. Moi, le sexuel, ça me connaît. Quand le keum y bouffe la techa de la meuf, ça s’appelle un clitorus. »
    En même temps, le livret de la prévention des IST ne fait pas vraiment la promo de cette pratique : « On place la digue dentaire (carré de latex ou polyuréthane) de manière à recouvrir toute la vulve. Pendant le cunnilingus, il faut la tenir bien en place avec les deux mains, sans trop la tendre. » Franchement, expliquer à des jeunes de 15 ans à peine pubères qu’ils vont jouer à Dark Vador devant une vulve, je n’y crois pas trop. Mais puisque risque il y a, même s’il est minime, on fait le job.
    Et puis, en relisant l’enquête Ifop « Génération YouPorn, mythe ou réalité ? », réalisée en octobre 2013 auprès de jeunes âgés de 15 à 24 ans, une question m’a scandalisé dans la partie « pratiques bucco-génitales ». On demande aux garçons « Avez-vous éjaculé dans la bouche de votre partenaire ? » et aux filles « Votre partenaire vous a éjaculé dans la bouche ? ». On affine par un astérisque en demandant aux garçons « Votre partenaire a avalé votre sperme ? » puis aux filles « Vous avez avalé le sperme de votre partenaire ? ». Cette enquête n’aborde absolument pas le cunnilingus et le contact de la bouche avec la cyprine. Une fois de plus, on cultive le tabou et on occulte le plaisir féminin. Si j’osais, je dirais que, chez Ifop, on envoie certes la sauce, mais avec beaucoup de mâle. 


    * La cyprine est la sécrétion vaginale lors des rapports.


  • Commentaires

    1
    MD
    Mercredi 16 Décembre 2015 à 10:52

    Article sympa, toujours directe. C'est vrai qu'on parle de sexualité et de plaisir féminin, et on a très peu d'infos en général sur les risques de transmissions d'IST dans ce sens. Ce qui devient problématique, puisqu'on élimine qu'une partie du risque.

    Pour une femme qui aime les femmes, je trouve ça encore plus compliqué. Parce que concrètement, entre deux filles, le plaisir féminin est au centre de la sexualité, et c'est pas dans les films pornos lesbiens faits pour émoustiller des mâles qu'on va se reconnaître et choper des informations. C'te galère. 

    2
    lucette
    Dimanche 31 Juillet 2016 à 21:40

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