• Chamelle, filtre et Coca : la contraception maison

    Qu'ils singent les poses gangstas des rappeurs sous stéroïdes, ou celles aguicheuses des bimbos fessues sur Instagram, ou qu'ils mythonent des soirées libertines sous Krokodile, un vent de conformisme souffle pourtant sur les aspirations des ados. Étonnement, beaucoup prétendent à la sécurité d'une vie éloignée des hastags provocateurs,se rêvant pères, mères et mêmes propriétaires. Du coup, ce n'est pas aisé de leur fourguer la contraception, partagés qu'ils sont entre le sentiment d'une parentalité qu'il juge prématurée et l'envie qui les titille de se reproduire. Quand on leur demande comment éviter une grossesse non désirée, ils citent spontanément les préservatifs et la pilule. Si le port de la capote est globalement acquis, les questionnements de l'adolescence sont loin de faire le jeu de l'observance (respect des prescription, dose et heure de prise). Prendre la pilule tous les jours réclame une sacrée motivation. Ingérer un médicament sans être malade, c'est un peu comme tweeter sans followers : bien relou.

    «Y'a aussi le truc bizarre dans le bras.» L'implant est populaire, mais conserve tous ses mystères. À 15 ans, imaginer qu'un bâtonnet gros comme une allumette va diffuser dans le corps un progestatif bloquant l'ovulation pendant 3 ans, ça relève du côté obscur de la Force. De toutes façons, dès qu'on parle gynéco et légère incision, les volontaires ne sont plus légions. Œstrogènes,progestérone, menstruations, glaire cervicale… comme me l'avait signalé un apprenti en mécanique option poésie, « dès qu'on met le nez dans le moteur, c'est tout de suite moins kiffant». Certes, mais du coup, on se retrouve avec des filles (et des mecs) totalement incultes en dessous de la ceinture.

    L'anneau vaginal, le diaphragme et la cape cervicale, j'y fais juste référence, car les ados ne se sentent pas vraiment prêtes à explorer l'intérieur de leur sexe. Le patch n'étant pas pris en charge, il reste le DIU - « le quoi? » - le stérilet, ce vieux truc de daronnes qui « fait penser à un hameçon qui doit bien niquer le vagin » … Vagin et utérus ne font souvent qu'un à l'adolescence.

    Et puis, il y a les méthodes alternatives à la sauce ado.

    La méthode Ogino s'apparente aux pires épreuves de Koh-Lanta : sachant que l'ovocyte survit 1 jour après l'ovulation et que les spermatozoïdes résistent jusqu'à 5 jours après l'éjaculation, calculez la période optimale de fécondité sans jouer votre collier d'immunité. C'est loin d'être gagné !

    Crise oblige ou simple bêtise, il y en a encore qui, en panne de préservatifs, assurent les retourner ou les laver avant réutilisation! Certains racontent même des histoires de rapports sexuels avec du plastique autour du vît, comme un surimi ! Le coït pouvant virer au thermoformage, on comprend mieux les origines de l'expression « être à la colle » ! Provocation ou pas, ils convient de rappeler que seuls les préservatifs estampillés NF et CE protègent des grossesses et des IST.

    Certaines ont adopté la méthode Coca. Aujourd'hui, on ne prône plus les vertus spermicides d'une bonne douche vaginale avec la boisson gazeuse, mais on l'a adapté : "Si on boit du Coca juste après avoir fait du sexe, ça diminue les risques de grossesse ? » Non,le Coca Zéro ne veut pas dire zéro bébé et le Coca Cherry n'attirera pas l'homme ou la femme de votre vie.

    Dans le hors-catégorie, un jeune avait expliqué à l'infirmière qu'on pouvait aussi mettre des cailloux dans la shnek. Info prise, les bédouins caravaniers en introduisent dans le vagin des chamelles pour éviter les grossesses. Ce spécialiste des femelles à deux bosses s'est aussitôt fait recadrer.

    Fumer jusqu'au filtre rendrait stérile,selon une légende ado-urbaine. « J'avais peur d'être enceinte et je finissais toutes les clopes de mes copines pendant les pauses ». L'haleine de cendrier peut être un bon contraceptif sans aller jusqu'à se brûler les doigts.

    À un âge où on a du mal à s'engager, logique que la technique du retrait ait ses adeptes. Mais quand je mentionne la présence du liquide séminal et la difficulté de maitriser une éjaculation, on sent l'angoisse parcourir les travées. Et puis « quand le keum, il éjacule à côté, ça fait un peu film porno ».

    Il y a celles qui se lèvent juste après le rapport pour annihiler toute tentative d'escalade des spermatozoïdes, et celles qui tournent le dos à la contraception et à leurs partenaires, offrant leur anus.

    Si l'accès à la contraception d'urgence est acquis, certains parlent de coups de poing ou pied dans le ventre pour avorter sans passer par des praticiens, toujours suspectés de balancer. Quelquefois, ce sont les filles qui le réclament à leur copain. Fabulation ou pas, le plus surprenant, c'est que les ados ne sont que rarement gênés par la violence de tels actes.

    Et puis, il y a la méthode contraceptive divine : l'abstinence avant le mariage.Mais les Écritures, c'est simple sur le papier et plus compliqué à exécuter. J'ai le souvenir d'une fille évangéliste enceinte à quatorze ans et demi. Elle se revendiquait contre l'IVG et la contraception. Elle voulait aller au bout de sa grossesse, mais elle a fait une fausse couche. Dieu est peut-être grand, mais l'inconscient a une tête de plus que lui.


  • Commentaires

    1
    Samedi 21 Février 2015 à 19:33
    obscur?
    J'adore la chute :) J'ai été très surprise de certains commentaires- Facebook sur la vidéo de Camweb. Quand j'ai voulu les relire, ils avaient disparu et c'est pas plus mal car c'était obscur et d'un autre temps. ce qui m'amène à me demander si les adultes sont plus au clair sur ces questions là ? Y a t il un moment où les choses sont acquises et où on peut avancer?
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