• Bâtards ou potes ?

    Dead Kennedys - Too Drunk To Fuck

    Je suis un peu en avance et je déambule dans les couloirs du lycée, un ersatz de café sorti du distributeur à ulcère dans la main. Je tombe sur une exposition réalisée par les élèves sur le thème « Respect et Humanité ». Je m'approche et découvre des collages de photos, associés à des textes contre le racisme. Un titre m'accroche un peu plus : « Blacks, blancs, beurs, ensemble ». Je n'aime pas cette expression qui me rappelle le slogan hypocrite de l'après Coupe du monde de 98, et qui ne veut rien dire puisque « beur » n'est pas une couleur. Je parcours le texte qui parle de rapprochement, d'échanges, de similitude de par la couleur de notre sang... d'amour, de respect et d'humanité comme le titre l'indique. Et puis, une phrase résonne différemment dans mon cerveau en alerte: « nous sommes tous égaux et toi, taffiole, tu ne l'a pas compris. » On peut donc faire preuve d'humanité pour les couleurs, pas pour les orientations sexuelles.

    Je décide d'en parler aux élèves. Personne n'avait remarqué ce mot, devenu terriblement banal. Ils m'expliquent que «taffiole» veut dire peureux, flippé, en gros un sous-homme, un type qui se fait dessus dès que ça chauffe. Je leur exprime mon scepticisme sur le fait de conclure un texte sur le respect, l'amour par une insulte. Ils me répondent que c'est une histoire de générations, «que les jeunes de maintenant parlent comme ça», sous-entendant que j'aurai viré «vieux con». C'est vrai que dans la plupart des classes de banlieues, le mot «bâtard» sert de ponctuation et que deux bons amis l'utilisent comme notre bon vieux «potes». Alors, si «mon pote» est devenu «bâtard», alors «peureux» peut bien se traduire par «taffiole»... Le problème, c'est que «fille» est devenue «salope», «taspé» ou «pute» et que «faire l'amour» voire «baiser», largement acceptable si on n'est pas un père la pudeur, s'est transformé en un «taper» inadmissible ... On peut comprendre alors l'incompréhension de ces jeunes qui se retrouvent face à un tribunal alors qu'ils n'ont fait que «taper» comme les autres. On peut comprendre, mais sûrement pas l'accepter et c'est là que notre rôle d'éducateurs, d'acteurs de prévention prend toute sa valeur. La notion de limites dans le vocabulaire employé est aussi floue que celle des attitudes à avoir en société. Systématiquement, je note au tableau les termes injurieux, mal employés et j'invite la classe à leur trouver des synonymes. Si on laisse ces expressions violentes se banaliser, on permet à l'agressivité de pourrir notre quotidien. Pire, on la cautionne.


  • Commentaires

    1
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 10:34
    S'lut bâtard
    C'est pas moi qui vais te donner tort. Mais j'ai l'argument un peu faible, ce matin, je repasserai.
    2
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 10:37
    Salut Taspé
    Ben à bientôt alors...
    3
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 10:37
    han
    moi aussi, moi aussi.
    4
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 10:39
    J'ai pas de synonyme
    pour "han"... t'es trop djeune Jane.
    5
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 10:44
    c'est pas faux.
    Mais je parle pas aussi mal quand même...
    6
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 10:46
    Parler je ne sais pas
    mais écrire, non. ;)
    7
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 10:48
    Toi 'vec ton vocable
    t'vas t'faire natchave mon gars. Les meufs michto sont bonnes à bouillave, point barre. Ou alors, peut-être en arrivons nous à une conclusion simple : rendre les quartiers à une banlieue de la république a laissé un ordre simple s'installer : celui du plus fort, dès toute expression est d'abord celle d'un machisme profondément hétérophobe exacerbant un passage raté par l'âge du don fécal. Le plus difficile dans cette histoire c'est qu'avec le relativisme ambiant et le flegme tout cynique d'une société désabusée l'on ne prête plus attention à ces saillies pourtant signifiantes.
    8
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 11:00
    Toi 'vec tes phrases
    On n'y prête plus attention et on a tort... Il y a bien une différence entre le quadra version Canal ou Sky qui utilisent, voire abuse de ces termes pour faire plus jeune que le jeune et tous ceux qui en sont encore au stade de l'apprentissage du relationnel. Il suffit de se faire une petite journée au tribunal de Créteil avec les comparutions immédiates pour se rendre compte des effets pervers de se laisser-aller général, avec des momes qui ne comprennent rien et qui sont incompris dans leurs explications...
    9
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 11:02
    Et puis
    ce n'est pas qu'une histoire de machisme. Les filles s'y mettent aussi.
    10
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 11:13
    Le machisme n'est
    pas l'apanage des hommes. C'est le principe même de l'imperium exercé par une superstructure sur le lumpen proletariat expliquat le barbu Karl. Pour ce qui est des comparutions immédiates ou pas d'ailleurs, et sur les jeunes sous ordonnance de 45 ou sous art 375 du code civil (enfance en danger), et il en va d emême pour les personnes sous PJM (Protection des Jeunes Majeurs), des études sont toujours en cours, notamment le nombre de mots disponibles dans le vocabulaire, sur le relationnel, sur le rapport au père, etc. Il faut y ajouter le délitement des rôles dans le cadre de l'exercice de la justice, où l'on voit des assistantes sociales jouer les avocats, des juges jouer la compréhension et l'humour, etc. Quant aux mômes qui ne comprennent rien, oui et non : il y a une réelle stratégisation du parcours judiciaire ou de ce qu'il faut dire au juge. Tout cela tandis que le juge confond les dispositifs qui permettraient un parcours éducatif du jeune sous main de justice...
    11
    mac
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 11:23
    oui !
    Excellent post que voili voilo... Oui, entièrement d'accord avec toi... Il y a de petits détails qui au fur et à mesure... font entrer de drôle de trucs dans la tête des gens... Oui si appeller son pote "batard" devient "normal"... On pourrait l'appeller dans 1 an : fils de pute ! viens faire un tour ! Le Mac se la joue toujours vieille france mais le mac a toujours dit que certains délires n'auraient jamais du être autorisés... Je veux dire par là que s'occuper de la banlieue : c'est bien... mais se faire mettre par la banlieue : C'est non ! Ces jeunes qui parlent ainsi sont pommés, complètement déshumanisés ! Tout est devenu une banalité : la sexualité de taré, la délinquance, la drogue, la baston... Tout est devenu normal... A qui la faute ? Je sais ! La faute à ceux d'en haut ! A ceux qui détourent des milliards et qui ne vont jamais en tôle... La faute à ceux qui un jour... On oublié de montrer l'exemple. (putain comme c'est beau !)
    12
    mac
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 11:28
    ...
    J'ai du mal ! mais Didurb' , j'ai quitté la banlieue, j'ai fui la banlieue pour habiter sur ma terre d'origine ... qui est une autre planète (!!!) avec ce que je vois dans ma télé chez vous !!! Pour rien au monde je quiterrai ma corse et quand je vois ou que je lis des articles comme les tiens... Je suis... désolé ! Triste ! Quand je vois dans quel état sont une majorité de Français !!! je me dis : Putain ! On est pas dans la merde !!! Quand je lis tous les articles de journaux... Je sors de chez moi, aspire un bol d'air du maquis (!!!) caresse mon chien... Et je regarde l'horizon, la mer... Je ne sais pas comment tu fais pour faire ton job dans un tel bordel !!! (rire) et crois moi : je t'en félicite ! - je crois bien que c'est l'heure du Casa' non ?...- Le code est 357 !!!
    13
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 11:37
    Mac
    je n'ai pas le temps de développer maintenant mais je garde le code pour le casa... Swannn, on n'attend plus rien des études... depuis le temps que les formations politiques s'en servent pour masquer leur inefficacité...
    14
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 11:54
    Je ne parle pas
    de ces études là. Et les politiques font ce qu'ils veulent de ce qu'ils ont. Je parle de suivi de cohortes par des sociologues, et autres universitaires. Et il n'y a rien à attendre d'une étude, ou d'une recherche, il s'agit d'en comprendre les résultats, et effectivement de les mettre en perspective pour prendre des décisions de politique publique (ce qui est du ressort effectif des politiques, qu'il soit dans le législatif ou l'exécutif). Il n'est jamais bon de chasser d'un revers de main la connaissance que l'on peut recenser, à moins de vouloir laisser perdurer.
    15
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 12:04
    hum...
    Swann, c'est plus fort que le Mac ! Mais ton com ...là juste en dessous du mien... HuM... J'étais mort de rire à la fin... Parce que .. si on lit vite ton com... On n'y comprend rien ! Enfin je veux dire pour le commun des mortel banlieusard ou français moyen... Mais bon : je ne t'en veux pas ! (rires )
    16
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 12:05
    hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
    et plus je le lis vite et plus je rigole !!! Sans rancune !
    17
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 12:13
    C'est curieux Mac
    cette façon de parler des banlieusards et des "Français moyens" qui statistiquement restent un "halo"... Cela étant, je concède que le comm n'était pas forcément le plus explicite possible.
    18
    mac
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 13:32
    certe swannn
    C'était juste le 3Mac" qui se foutait un peu de toi !!! mais j'ai bien rit !
    19
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 13:51
    Vouaip !
    Hello par ici ! ... Non je ne balancerai pas d'insulte, je soigne mon vocabulaire en ce moment... Faut dire que je passe mes journées à faire le clown face à une soixantaine d'oreilles attentives au moindre dérapage... Ces ptits couillons ont d'jà récupéré putain, merde, fait iech et bordel !
    20
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 20:45
    Swannn
    je ne sais pas si tu reviendras sur les comms de ce post mais quand je parlais des études, je sous-entendais que malgré leur intérêt, rien n'a changé et surtout, en les lisant beaucoup constatent, débattent, mais peu se frottent à la réalité quotidienne d'un terrain de plus en plus miné... et ceci pas uniquement dans les banlieues des français moyens. Surtout qu'on est tous en banlieue de quelque part et qu'on est tous le moyen d'un autre… pour finir, même si tes comms sont volontairement un rien enrobés, ils n'en sont pas moins interessants…
    21
    Vendredi 9 Novembre 2007 à 11:19
    Alors là
    nous parlons d'un autre sujet, siur lequel tu as à la fois tort et raison. Tort parce que bien des chercheurs se colletent à la réalité de terrain, et depuis l'intégration de l'interrogation de l'acteur comme étant un élément d'objectivation des pratiques (cf. La misère du Monde de Bourdieu), on a des éléments et des recherches très intéressantes sur une quantité de sujets. J'y ajoute les travaux publiés par le Conseil Economique et Social, ainsi que ceux publiés à la documentation française, la Cour des Comptes par exemple est particulièrement intéressante. En revanche, je suis d'accord que des rapports sont parfois le reflet d'une réalité transformée, sans que ses auteurs s'en soient nécessairement aperçu d'ailleurs, notamment parce que "les visites de terrain" pour des personnes assez haut placées dans l'appareil d'Etat ne pourraient être efficaces et dignes d'intérêt qu'à partir du moment où l'on ne mobilise pas le ban et l'arrière-ban ainsi que le saint-Frusquin pour les recevoir.
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