• Texte publié dans le magazine Causette n°23

    Bondy, dans le 93, est une ville aux antipodes de Bormes les mimosas ou Honfleur. Ici, dans les bacs, aucune touche de couleur. Uniquement du gros killa de rappeur. Cette charmante bourgade qui entretient son asthme sous l’échangeur de l’A3 est réputée pour son accueil bétonné et sa franche camaraderie de quartier à grands coups de « Popopop » comme éructait le Suprême… Hier, à 8h00 du matin, sous la pluie, un tube entier de Prozac associé à une quinzaine d’ecstas n’auraient pas suffi pour irradier de bonheur mon visage ruiné par les fêtes.

    J’ai débuté avec une classe de filles, une section « carrières sanitaires et sociales » (aujourd’hui baptisée ASSP), orientation censée les emmener vers le service à la personne ; « toiletter du vieux qui bande mou » comme me l’a dit l’une d’elles. Elles étaient une petite douzaine sur 30 inscrites. D’après l’infirmière, les élèves ont le saut du lit tardif à Bondy et la plupart arriveraient certainement au compte-goutte, au gré du vent, du réveil matin, d’un petit bédo roulé à l’arrêt de bus ou de l’envie du moment. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé, avec cette sale manie qu’ont les jeunes de venir en classe, le casque soudé aux oreilles, tendant négligemment leur carnet, sur fond de Booba « voicodant » ses mots d’amour (J'me dis que j'vais la ter-je mais wallah qu'est-ce qu'elle est bonne (…) Ferme un peu ta gueule, va me faire un steak frites – Extrait de Killer – Booba 2011 ).

    Avec elles, la discussion fût détendue et directe, sans pudeur et sans distance, comme un bon échange de vannes autour du bac à sable. Alors qu’on parlait des premières fois, on s’est mis à lister les lieux où les ados des cités pouvaient s’échanger leurs fluides sexuels. La maison, pas question ! De toutes les façons, il y a toujours un grand frère ou un de ces potes qui traînent, prêts à faire sa langue de pute entre deux deals ou deux roues arrières. Si c’était pour se retrouver au bled à grands coups de pompes dans le boule, autant s’abstenir et attendre le mariage…

    À Bondy, les filles ne rêvent plus. Les lascars et leurs disquettes (comprendre, leurs grandes envolées de violons pour mieux profiter d’elles), elles les connaissent par cœur. Elles n’imaginent pas une seule seconde rencontrer un toubab du secteur pavillonnaire avec sa chambre privative derrière le garage familial, avec vue imprenable sur le canal, qui pourrait leur laisser croire, l’espace d’un soupir qu’elles viennent de jouir à Venise. Non, à Bondy, on ne se mélange pas.

    C’est fou comme dans les cités, on finit toujours par descendre. Les anciens, qui n’avaient de cesse de relater leur déniaisement tarifé sur le pavé, démarraient toujours leurs histoires par « un chéri, tu montes ? », laissant imaginer l’ascension pour le nirvana par paliers, la bite sous les draps et la tête sous les toits. Et bien aujourd’hui, dans les quartiers, c’est en bas que ça se passe, en dessous du niveau de vie, dans les caves. En quelques années, on est passé du paradis à l’enfer, de l'apesanteur à la pesanteur, du bleu azur au gris de dégoût. Certes, elles peuvent être un rien aménagées, ces caves, agrémentées d’un vieux canapé, ou d’un matelas ruiné. Il faut en vouloir : ça pue l’urine et les déchets, la bricole et les embrouilles. Du coup, on va à la baise comme à la guerre, parfois à plusieurs pour se donner du courage. (Au lieu de mettre une pote-ca, j'préfère mettre mon treillis kaki – killer)

    Une fille, qui depuis longtemps s’est affranchie de notre fameuse règle voulant qu’on évite les histoires personnelles, lâche qu’elle préfère le local à poubelle, plus spacieux et qui ferme mieux. Là, debout, on y fait son affaire, le plus rapidement possible pour éviter les odeurs. L’infirmière me dira plus tard, que dans le lycée aussi, dans la chaufferie où les effluves d’humidité sont insupportables, certains y copulent pendant les intercours. Haut-le-cœur !

    Et puis, l’info du jour tombe comme une dépêche AFP et circule de chaise en chaise, à la vitesse du smartphone arabe dans le quartier. Il y aurait  au cinquième étage de l’Hôpital Jean Verdier à Bondy, un endroit où les jeunes se rencardent pour baiser. Coïncidence troublante ou ironie de la vie, le cinquième, c’est l’étage des prématurés, ce qui fait beaucoup marrer les filles… Certains grands auraient les clés d’un couloir abandonné et ce fameux hôtel de passe, hébergé malgré lui par l’hôpital, aurait déjà accueilli de nombreuses parties plus ou moins fines. Rumeur ou vérité ? Certaines filles semblent tellement sûres d’elles que je finis par ne plus douter qu’elles aient pu y goûter. Après vérification, l’hôpital Jean Verdier possède bien un service néo-nat au cinquième…

    Après tout, on peut penser que dans un hôpital, c’est plus stérile et surtout plus confortable que sur les poubelles. Quand on sait qu’à Jean Verdier, plus de 5% des interruptions volontaires de grossesse concernent des mineures, on peut se dire que certaines, une fois de plus, n’ont eu qu’à descendre d’un étage ou deux…

    Mais quelle trace je vais laisser si je ne fais pas de marmots - killer


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  • Pourquoi de nombreux mecs mettent la pression pour avoir des rapports non protégés ? Une partie de la réponse dans cette enquête du magazine Esquire.


    Le magazine masculin Esquire vient de dévoiler son enquête annuelle sur la sexualité des hommes américains. 522 participants âgés de 21 à 59 ans ont répondu à ce sondage. Les résultats évoluent entre le rassurant (les hommes mariés se disent plus satisfaits de leur vie sexuelle que les célibataires) et le déprimant (34% des hommes en couple avouent avoir déjà été infidèles). Si 34% l'avouent, on peut aisément supposer que 74% le sont profondément… Infidèles, bien sûr.

    Pour 10% des hommes interrogés, on apprend également qu'ils considèrent que le sexe oral n'est pas vraiment du sexe. Concernant le nombre de leurs partenaires, 22% des participants se vantent de 20 conquêtes ou plus, 23% en comptent de deux à cinq. Les hommes confient aussi leur plus grande peur lors d'une première fois avec quelqu'un: ils sont quatre fois plus inquiets de leur performance que de contracter une maladie. Autrement dit, les mecs préfèrent être des étalons vérolés que des poneys sains…

    Les participants au sondage révèlent enfin leur position sexuelle préférée. Trois d'entre elles se démarquent. La levrette remporte la préférence de 26% des sondés, le missionnaire 28%. Et selon les chiffres d'Esquire, les hommes aiment que les femmes prennent le dessus, puisque c'est l'amazone qui arrive en tête, avec 30% des votes. Le plumard est donc le seul endroit où les hommes aiment que les femmes prennent le dessus…

    Alors les filles, elle est pas belle la vie ?…


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  • Bon, les banderoles sont pliées à la cave, les autocollants ont laissé des traces rondes ou carrées sur les cuirs de manif, la CFDT est partie faire le tapin au MEDEF et on a tous mal au cul. Comme il faut mettre un peu de margarine dans les épinards, on laborieuse à nouveau et le soir, on décongèle les Morteau (ben ouais, j’aime bien la Morteau) qu’on s’était mis de côté pour les jours sans. Octobre s’est paré de noir, pour mieux porter le deuil de nos illusions, si tenté qu’il nous en restait un chouia…

    Ce matin, dans le RER, je rejoins la cohorte des déportés vers les camps de travail d’un patronat qui a eu la confirmation qu’il pourra nous faire trimer jusqu’à notre dernière boîte de Viagra. Emporté par la foule, je limace, via le RER A, en direction d’Achères dans le Val d’Oise. Achères, c’est beau comme une ville nouvelle en phase de dépucelage au bulldozer, les rues écartées face à la gare routière, sa vulve commerciale offerte aux éjac’ du RER, une cité dortoir qui se vide au petit matin et s’endort le soir…  Je suis à la bourre, donc je ne prends pas le temps de visiter. De toute façon, il pleut.

    J’ai des classes de filles ce matin, des "CAP petite enfance" et des carrières sanitaires et sociales. Dans ce lycée, il n’y a plus d’infirmières. C’est trop mal payé… Et pourtant, les infirmières scolaires ont plus d’utilité qu’un trader : elles font de l’accompagnement affectif et social, elles donnent des cours d’anatomie, elles pansent les plaies du cœur, elles diffusent de l’info, de la capote, de la contraception d’urgence, elles orientent sur le centre de planification, elles signalent, rencontrent, dérangent parfois et au final, arrangent toujours… Elles donnent dans l’humain, pas dans le G20. Et tout ça pour 1300 euros par mois environ. Et oui, sache le, toi le cadre sup. de mes roubignolles : pendant que tu fais suer le prolétariat, ta fille avale du Norlevo au lycée en s’épanchant sur ton absence, tes priorités professionnelles, tout en vomissant ton goût du pognon qui tue tout le reste.

    Les infirmières sont des véritables boites à sondage de l’adolescence, une sorte d’IPSOS du "djeuns" version terrain en continu. Les études sur les ados, ce n’est pas la peine de les commander aux sociologues de télévision : la température de la jeunesse, elles la connaissent par cœur. Mieux, quand la fièvre commence à monter dans les banlieues, elles l’anticipent. Tiens, au passage, je propose que nous dissolvions les CRS pour les remplacer par des Compagnies Républicaines d’Infirmières.

    Les infirmières sont aussi mes anges gardiens dans les lycées. Leur bureau est souvent excentré par soucis de confidentialité. Là, entre deux Doliprane et une serviette hygiénique demandée comme si on dealait de la poudre en face du poulailler, elles me proposent un café, m’accompagne à la cantine (alors que ça fait des années qu’elle ne la fréquente plus), disserte avec moi sur cette jeunesse inquiète que nous côtoyons au quotidien.

    Mais d’infirmière à Achères, il n’y en avait point. Alors, les filles m’ont attendu à la fin de l’animation parce que taper étoile sur un numéro vert, ça ne remplace pas la chaleur humaine, le conseil les yeux dans les yeux. Du coup, j’ai fait des heures sup’. J’ai suppléé au vide social de notre chère République bananière qui se dépense au Fouquet’s. Les filles avaient plein de questions sur les tests de grossesse, la contraception et l’IVG. Certaines n’étaient plus très loin de la correctionnelle et je les ai envoyés illico presto au planning familial pour la prise de sang qui s’imposait… Le sida, ce n'était pas la priorité. On était dans l’angoisse du ventre, les veilles de baffes paternelles qui envoient direct à la case foyer, le dos du mec « qui aurait pu être un papa si craquant » qui s’éloigne…

    N’ayant fait que 3 jours de médecine, je me suis abstenu de poser des diagnostics. En gros, je n’ai pas fait mon doctissimo.fr, les hypocondriaques étant déjà suffisamment nombreuses. J’ai juste rassuré et surtout orienté. Il faut dire qu’on a la grossesse crânienne un rien nerveuse à 15 ou 16 ans. Et de l’inconscient à l’utérus, il n’y a qu’un pas, qu’un spermatozoïde peut franchir la flagelle bandée.

    Elles le savent les filles, qu’à 15 ou 16 ans, elles sont au top de l’hormone, au meilleur de l’ovulation, open à tout ce qui passe et pourtant, elles ont le cupidon collé aux nichons, le bon sentiment qui érode la mémoire, l’amour qui éblouit la prévention. Mais une fois les "oh oui" du soir métamorphosés en "oh non" du matin, il ne reste que les yeux pour pleurer, l’estomac pour se nouer, l’angoisse qui ronge les ongles et la life.

    Elle a 15 ans justement et d’un sourire un rien crispé, elle témoigne :

    - Avec mon copain, on avait envie de le garder. Mais mon daron, il a laissé entendre que si ça m’arrivait, je pouvais prendre la porte…

    - Tu lui as dit, donc.

    - Non, non mais on a testé dans une discussion. Faut dire que ma sœur s’est retrouvée mère à 14 ans ½…

    - Et ta sœur, ça va. Elle a l’air heureuse.

    - Non, elle est seule et elle en prend plein la gueule de toute la famille…

    - C’est bien que ton copain ait pris position sur cette histoire de grossesse.

    - Ouais, grave.

    - Mais tu as l’exemple de ta sœur… C’est jeune 15 ans… T’as pas envie de finir ton CAP avant ?

    - Si, si, mais… Vous avez l’adresse du planning ?

    Franchement, elle n’arrivait pas trop à situer le nombre de semaines de grossesse, voir même à se situer tout court. C’est difficile à prendre ce type de décision quand on aime et qu’on a la vie devant soi. J’ai croisé les doigts pour qu’elle ne soit pas hors délai…

    Des infirmières, on aimerait qu’il y en ait deux par établissements. Et bien payées SVP, pour services rendus à la Nation. Il paraît que Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, et Luc Chatel, ministre de l’Éducation, vont présenter le plan santé scolaire, lundi 15 novembre. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu’on va avoir encore mal au cul…

     


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  • La semaine dernière, je suis intervenu dans une classe de primo arrivants. Les primo arrivants, d’un point de vue social et humain, ce sont tous ceux qui viennent d’immigrer et qu’on accompagne dans leur installation. D’un point de vue hortefeusement racial, ce sont ceux qu’il faut vite virer pour éviter qu’ils se multiplient.

    Ils sont tout neufs, les primo arrivants, dans l’esprit comme dans l’envie. Ils ont encore l’œil qui pétille de cette joie d’être là, au cœur du 93, en Ile-de-France, la première région économique de ce grand pays qu’est la France. Ils ont le sentiment d’avoir enfin débarqué en Babylone, dans cet eldorado qui a permis en 98 à des noirs et des Arabes de descendre les Champs en autobus à impériale sans se faire contrôler, une coupe du monde sous le bras. Ils sont enfin dans le pays de Zizou et des droits de l’homme, de la Révolution sans-culottes et du French-kiss sans calottes, des coqs fiers, libres et ergots dans le social-poulailler. Ils vont désormais vivre dans une région qui brille de milles lumières et qui va enfin leur permettre de sortir de l’ombre, de la misère, des guerres…

    Ils sont pleins d’enthousiasme, ouverts au débat, épris de cette nouvelle liberté qu’on leur a fait miroiter dans une série B, sûrs d’un avenir plus rose que chagrin. Ils ont soif d’apprendre, de savoir, d’écouter.

    Ils n’ont pas encore goûté aux contrôles à répétition de la BAC, aux "bâtards" de leurs pairs, aux "fils de putes" de sa mère, à la pression du quartier, au chômage, aux discriminations, à la panne d’ascenseur social, à l’enfer des caves, à la dope, à l’hypocrisie d’une démocratie qui n’en a plus que le nom, à la violence quotidienne, à l’incivilité, au merdier, quoi… Neufs qu’ils sont, remplis de rêve, polis et tout et tout.

    Ils sont ouverts à la nouveauté, mais parler de sexualité à visages découvert, dans le cadre scolaire, ça les gêne un peu. On est très loin des « si je lui défonce la chatte » ou « s’il me la met dans le trou » qui introduisent ou ponctuent généralement les animations auprès de ceux qui sont parfaitement intégrés au 9-3. Les yeux se baissent et les réflexions sont toutes en poésie, comme celle de cette jeune Roumaine : «tous les êtres humains sont différents. C’est comme deux cerises sur un arbre. On croit qu’elles se ressemblent mais à bien y regarder, elles sont uniques.» J’en pleurerai.

    Alors j’annonce la couleur : le sujet va nous amener à partager un peu d’intimité, peut heurter, s’inscrire en opposition avec  tout ce qu’on leur a dit dans leurs familles, ou ne pas dit d’ailleurs… Je vais essayer de respecter leurs sensibilités, leurs histoires, leurs jardins secrets. Ils vont être dépucelés. Le grand Satan va sortir sa clé USB remplie de foutre visuel en .avi et va l’introduire sur l’ordinateur pour dévoiler toute la vérité. L’éjaculation faciale risque d’être violente avec au programme, orientations sexuelles, pratiques sexuelles, vraie définition de la virginité, infections sexuellement transmissibles dont même le mariage ne protège pas, avortement et tout le toutim.

    Et puis j’embraye doucement, en mesurant la portée de chacune de mes phrases : un dépucelage trop violent et c’est peut-être toute une vie affective qui vire à la Tour de Pise, aux fondations bancales et l’orientation penchée, réclamant d’être étayée, et n’en finissant plus de s’épandre en divan moyennant le prix d’une consultation non remboursée.

    C’est fou comme dans la grande majorité des foyers mondiaux, on parle si peu du corps. De ce corps qui est pourtant tellement exhibé sur papier glacé, écran plasma ou LCD, en deux ou 3D. La nudité est partout mais l’anatomie se tait, les organes ne parlent qu’en chirurgie ou en catimini. Les règles, l’hymen, les testicules, les sécrétions sexuelles, l’anus… Autant de sujets tabous qui laissent la place à tous les fantasmes qui génèrent non pas de l’envie, mais de l’inquiétude. Dépucelés qu’ils ont été mes primo arrivants. Je leur ai balancé la purée et je les ai retrouvés tout essoufflés par tant de révélations, impossibles à confronter avec les vérités ancestrales.

    Quand on a causé du sida, j’ai retrouvé les caractéristiques de chaque continent. Les asiatiques se sont tus et ont continué de pianoter sur leurs traducteurs portables. Les Africains, plus bavards, ont témoigné de leur peur face à l’ampleur de l’épidémie. Les Maghrébins ont dénié, et obscuranté. L’unique représentante des pays de l’Est l’a associé tout de suite au shoot et à l’échange du matériel d’injection. On était dans le cliché, la carte postale du séropo.

    Finalement on dit que le monde bouge, que les individus circulent, que ça globalise à tout va mais les mentalités, elles, sont bien figées.

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  • Comment on atteint le sida ?…

    Le sida serait donc devenu une destination, un lieu à visiter… Cette petite erreur de transcription faite par un élève est, ceci dit, fort représentative de la pensée de beaucoup : pour avoir la possibilité d’apercevoir le sida, il faudrait voyager… Et de préférence loin. Beaucoup n’imaginent pas une seconde que le virus vit à leurs côtés, hébergé par les cellules d’un voisin ou d’une collègue de bureau. Certains reconnaissent même espérer le voir un jour, histoire de savoir à quoi il ressemble ou de vérifier si, finalement, il existe vraiment.

    Pour ceux-là, les dubitatifs du VIH, on pourrait, en poussant un peu mémé dans les oursins, imaginer des formules vacances, avec pour thématique le sida…

     

    Les voyagistes spécialistes de la destination à risques conseilleraient prioritairement un vol sec, le lubrifiant étant devenu depuis le 11 septembre, un produit interdit en cabine, donc encombrant inutilement, pire, considéré comme explosif et islamiste. C’est vrai quoi, un gel pour le trou de balle, ça donne envie d’intifader tout ce qui bouge sans keffieh, non ?…

     

    Pour voir le sida à l’état sauvage, il conviendrait de choisir une destination en Afrique subsaharienne ou en Asie, parce que c’est bien connu, en Europe, l’épidémie est sous contrôle et les malades sous surveillance…

     

    Partir en dehors des vacances scolaires serait un plus. On imagine tout de même pas des parents bien attentionnés, partir en quête du sida dans les bordels africains ou thaïlandais avec leur progéniture… Associer pédophilie et sida, il n’y a que le Front national qui l’ose… Non, non, le sida, c’est mieux entre adultes.

     

    Question budget, on pourrait atteindre le sida sans se ruiner. C’est donc un pari pas cher. On peut parfaitement imaginer un tour opérator spécialisé dans la visite des caves de banlieue et pour le prix d’un aller simple en RER, à vous le grand frisson… Par contre, il vaut mieux prévoir de s’installer ensuite dans un pays avec une bonne couverture sociale (depuis peu, vous pouvez rajouter les Etats-Unis à votre liste) parce que les thérapies, qu’elles soient bi ou tri, contribuent à la grande partouze financière à laquelle se livrent sans retenue les actionnaires des labos, leurs portefeuilles s’engrossant les uns les autres….

     

    La formule tout compris serait peut-être un peu empirique. En effet, une fois contaminé, vous allez certainement manquer d’appétit, voire avoir du mal à digérer. Le petit dej’ suffira car il vaut mieux partir se vider les couilles, le ventre plein.

     

    Ne vous chargez pas en bagages. Éventuellement, prévoyez simplement du matériel d’injection en cas de libido en berne. Voyagez léger, parce qu’une fois sur site, pour atteindre le sida, il va vous falloir grimper, grimper et grimper encore. Tutoyer les sommets du VIH est à ce prix, il faut être bon grimpeur.

     

    Pas de capotes ! Barebackez à l’envi ! C’est vrai, quoi, qui sont ces gens timorés qui voyagent couverts ?! Aller à la rencontre de l’habitant, sans burqa pénienne, c’est quand même plus convivial. Au moins, on sait à quel gland se vouer. Partager un virus avec 44 autres millions de personnes, ce n’est pas faire preuve d’altruisme ?

     

    J’oubliais… N’hésitez pas à partir en groupe. Ce sera probablement la dernière fois, parce qu’une fois contaminé, vous ne trouverez plus grand monde pour vous accompagner…

     

    Je vais en parler aux jeunes, tiens. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ?

     


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