• Dr Kpote, ministre de la jeunesse et de l'éducation populaire, on peut y croire. Du sport, par contre…

    Premières mesures du ministère :
    Labéliser un site porno pour éviter le surf intempestif des ados et créer une campagne de sensibilisation dans laquelle Dora choperait des chlamydia !


    Au passage, spécial dédicace à Céline pour les photos et aux deux sociologues qui nous ont reçues et ont réussies à rendre le lieu plus chaleureux…


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  • Dans un lycée du 78, une question sur un petit papier anonyme :
    "Pourquoi la chatte des filles est chaude et humide ?"
    à la lecture de celle-ci, un autre élève tient à répondre :
    - Ben parce que c'est par là qu'elles pissent…


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  • Comme les profs et les élèves, j’ai préparé soigneusement mon cartable ! Préservatifs, lubrifiant, planches d’anatomie, numéros d’urgence et centres de dépistage… je suis opérationnel. Pour assainir un peu l’air du temps sacrément vicié, je me suis procuré Elles sont 300000 chaque année, discours de Simone Veil pour le droit à l’avortement aux Editions du Points, histoire de rappeler à tous les négationnistes de la loi de 75 les enjeux d’un combat plus que jamais d’actualité. *

    J'ai fini la saison dernière, le moral aussi plombé qu’un urètre en pleine bléno, fatigué par la violence des propos homophobes ou sexistes. Les vacances m'ont ressourcé car j'ai évité les distributeurs de préservatifs, les lieux de culte, les dispensaires anti-vénériens et les meetings de droite. J'ai aussi banni de mon itinéraire estival les spots de jeunes, leur préférant les bancs de quadras bedonnants, entourés d'une progéniture plus encline à jouer aux pâtés de sable qu'au docteur.

    Du coup, c’est avec une motivation aussi finement recousue qu'un hymen perdu, que je repars débattre, informer, prévenir, écouter. Je suis remonté comme un hool Anglais qui attend l’heure du derby au troquet. Et ça tombe bien parce que, visiblement, les sujets d’animation sont au cœur de l’actu de rentrée.

    Le nouveau ministre de l’Education, M. Peillon veut mettre la morale laïque au programme des élèves dès la rentrée 2013. Cette manie qu’ont les hommes politiques de vouloir institutionnaliser ce qui se pratique déjà au quotidien par tous les travailleurs sociaux et acteurs de terrain est consternante. Ce n’est pas par des grandes envolées lyriques et des lois pensées à la va-vite qu’on va sauvegarder la laïcité mais en composant avec les différences qui font notre République. Pour ma part, même si j’éprouve une profonde aversion pour tout ce qui se rapporte au divin, je me garde bien de le faire sentir à ces adolescents au cerveau embrumé par l’opium du peuple, dealé par leurs propres parents. Aujourd’hui, il faut le savoir, la famille anar relève de l’exception culturelle. Le port du foulard, de la croix ou de la kippa au bahut, j’étais plutôt contre au départ. Et puis j’ai vu ces filles musulmanes d’Epinay se changer en hâte sur le trottoir avant de rentrer ou sortir du lycée, adaptant leur allure vestimentaire à leur environnement ou ces apprentis juifs oser parler sexualité uniquement après avoir ôté leur calotte. Comment imaginer que ces gamins puissent se dédouaner de leur éducation familiale en 10 minutes sur le chemin du lycée ? Les parents radicaux ne risquent-ils pas d’envoyer leur progéniture dans des écoles confessionnelles ? voire de les déscolariser ? Je crois que je préfère des ados élevés au Saint-Esprit et intégrés à l’école de la République, invités à débattre sur des sujets de société occultés dans la sphère privée, que de ne plus les voir du tout… L’école est souvent le dernier rempart au repli communautaire. On peut expliquer que la religion relève des valeurs personnelles sans pour autant coller deux heures de morale laïque dans des emplois du temps déjà bien chargés. M. Peillon a remis de l’huile sur un feu qui couvait et les travailleurs sociaux vont encore jouer les pilotes de canadairs.

    Le débat sur l’ouverture ou non de salles d’injection réveille les vieux réflexes sécuritaires. Médias et VIP des talk-shows dissertent sur les « salles de shoot » alors que les associations répondent  « salle de consommation à moindres risques »… Non seulement le mot « shoot » fait peur dans les chaumières, mais surtout il réduit au geste de l’injection tout un travail d’accueil et d’accompagnement. On a connu le même problème avec les programmes d’échange de seringues et la politique de réduction des risques. Filer un coup de main à tous ces « camés qui l’ont bien cherché », c’est vraiment une idée à la con de beatniks ultra-gauchos…

    Et pourtant, les bénéfices des salles de consommation à moindres risques sont nombreux : les usagers les plus précarisés y sont accompagnés, la consommation y est plus sûre, la morbidité associée au VIH, au VHC, aux abcès, ou aux overdoses diminuent. Enfin, l’accès aux soins est amélioré. Dans certaines villes, l’ouverture de salles de consommation a été associée à une augmentation des inscriptions dans des programmes de substitution. C’est tout bénef pour la société, non ? Bien évidemment, dans nos animations, on va marcher sur des œufs. Attention sujet sensible !

    D’ailleurs, je vois déjà les jeunes m’exposer leur vision personnelle de la chose: un endroit kiffant où fumer de la bonne entre potes sans être emmerdé par des moustachus en estafette et soigné par des spécialistes en cas de bad trip. Un avant-goût de la légalisation du cannabis ?

    Et puis, il y a cette petite info, noyée dans l’océan des débats qui ont animé la XIXe Conférence internationale sur le sida de Washington : des chercheurs sud-africains et sud-coréens travaillaient sur un smart phone capable d'effectuer le test du sida, grâce à un microscope et une application qui pourront photographier et analyser des échantillons sanguins à distance.

    J’imagine déjà les ados, télécharger dans quelques années des applis qui leur permettront de savoir simplement en photographiant l’autre, si leur partenaire est vierge, enceinte, séropo, stérile, nympho, SM… Le meilleur des mondes, quoi.

    * Mercredi 26 : Journée internationale et nationale sur la contraception Vendredi 28 : Journée internationale et nationale sur l’avortement


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  • Une animation de prévention, c'est comme un - dépucelage. Un moment que l'on n'oublie pas. Au début, on se sent un peu fébrile, puis, petit à petit, on fait sauter les verrous, les tabous transgénérationnels, et l'on finit par se donner comme jamais. Orientations et pratiques sexuelles, virginité, infections sexuellement transmissibles, contraception, accès à l'IVG, relation à l'autre... On déroule le programme comme un exemplaire du Kama-sutra qui prenait la poussière dans le grenier de l'humanité.

    Il m'arrive d'intervenir dans des classes de primo-arrivants, des ados de 15 à 18 ans d'origine étrangère fraîchement débarqués. L'Éducation nationale les rassemble pour évaluer leur niveau avant de les intégrer dans la grande lessiveuse scolaire. La première chose qu'on lit sur leur visage, c'est le plaisir d'être là. Ils ont la sensation de tutoyer la vie rêvée des séries télévisées, dans le pays de Zizou et de Voltaire, du french kiss et du camembert. Ils projettent leur avenir aux frontons des mairies au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Ils ne savent pas encore que tout ça, c'est de la pub mensongère, du baratin de camelot pour arnaquer le touriste...
    Ils ont soif d'apprendre. Mais parler de sexualité à visage découvert, dans le cadre scolaire, ça les surprend et ça les gêne. Certains espèrent même que leur famille ne sera pas tenue au courant du programme de cette journée si particulière. Parler sexe au lycée, quelle idée ?

    La suite dans Causette N°27, en kiosque !


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  • Elle s'appelait Samira. Samira Belil. Des Samira, j'en rencontre souvent… Laissons lui la parole :

    "J’ai été violée à trois reprises, il m’a fallu beaucoup de courage pour vous faire un sourire.

    Il m’a fallu quinze ans pour m’en sortir, quinze ans, c’est long. A l’âge de vingt-quatre ans, je me suis dit : je ne peux plus passer ma vie à pleurer, dans les larmes, le shit, à boire, à me détruire complètement, à faire parler les autres gars, ça a mis cinq ans pour redevenir humaine, pour cesser d’être sauvage, pour pleurer déjà (je ne pleurais plus), à la fin de ma thérapie, mais merde, ce que j’ai vécu, ça fait quinze ans que je le mange, matin, midi et soir, eux ils sont tranquilles, ils ont payé à la société et non pas à moi, ils ont fait leur peine de prison, j’entendais des mecs dire : de toute façon, elle l’a cherché, je ne rencontrais vraiment aucune compassion, de la part de qui que ce soit, ni de la part des jeunes, ni de la part de mes parents.

    Il n’y a pas eu de main tendue pendant quinze ans, quinze ans c’est long quand il n’y a pas de main tendue, c’est là que je me suis dit : Samira, il va falloir que tu expliques ce qui se passe, à tout le monde, ce qui se passe réellement. Je voulais expliquer par quoi on passe, nous les filles dites pas bien, dites « pétasses », on parle toujours des filles sages, sérieuses, c’est l’image qu’on a dans les médias sur les filles qui réussissent mieux à l’école, on parle pas des galériennes, moi je veux qu’on parle des galériennes, je veux qu’on parle de tout ça, toutes ces filles-là, voilà ce à quoi je pense ; je pense à ces jeunes qui ont trente ans, vingt quatre ans, vingt ans, elles ont voulu vivre, on les met dans des petites cases, c’est elles qu’on voit chez le juge, chez l’assistante sociale, c’est tout le temps les mêmes qu’on voit, je pouvais plus supporter ça. Je me suis dit : : Samira, tu vas témoigner et tu vas expliquer un petit peu à ces gens, aux parents, aux frères, aux cousins, aux juges, aux éducateurs, aux animateurs, aux avocats, à plein de monde, quel était notre état d’esprit, ce qui fait qu’on tombe dans un viol collectif, et pas une « tournante », ça m’énerve aussi, ça s’appelle un viol en réunion, on passe aux assises, et pas en correctionnelle pour une affaire comme ça, c’est un crime, c’est puni par la loi. C’est une manière de dénier ce problème aux quartiers, on est dénié du début jusqu’à la fin à partir du moment où on a été victime de ça ; moi je rencontre des tas de jeunes filles qui sont déniées, c’est très éparpillé ce que je dis, je le conçois bien, mais c’est pas normal ce qui se passe.

    Je ne suis pas en colère par rapport à ces garçons, je suis en colère par rapport aux adultes, à la justice, au pouvoir.

    Je suis en colère par rapport aux éducateurs, aux assistantes sociales, il y a des démarches à faire, on n’est pas costaud pour les faire, j’avais quatorze ans, on me dit faut aller porter plainte, on me dit que c’est la loi, on me dit que c’est mon devoir et mon droit d’aller porter plainte, je vais porter plainte, à partir du moment où j’ai porté plainte, j’avais quinze à vingt gars par jour qui me crachaient dessus, qui me tapaient, qui me forçaient à ce que j’enlève ma plainte, ouais, ouais j’enlève ma plainte, jusqu’à aujourd’hui je n’ai pas enlevé ma plainte, y a eu un deuxième viol, parce que j’avais porté plainte, le mec m’a attrapée dans le RER, il s’est dit : t’as porté plainte, t’as ouvert ta gueule, je vais te le faire payer une deuxième fois ; donc deuxième viol en réunion, je ne dis toujours rien, je ne porte pas plainte, je savais ce qui allait se passer.

    Je me tais, il se trouve que nous avons été dix filles à être violées par cet individu, les démarches c’est super grave, faut pouvoir aller voir une association, l’association en question s’est foutu de ma gueule aussi : je vous parle cash, je prends pas de gants, l’avocate est carrément partie au ski, jusqu’à aujourd’hui je ne sais pas pourquoi madame est partie au ski, j’ai pas eu de réponse, elle a envoyé un stagiaire, et ce stagiaire a demandé un franc de dommages et intérêts en ce qui me concerne, moi je chie dessus, je ne vaux pas un franc.

    Suite à ça, j’ai continué ma déchéance, ma destruction, y a pas eu un regard. J’ai pas eu d’éducateur qui m’a dit « t’as peut être besoin d’aller voir quelqu’un », « t’as peut-être envie de parler », non, personne me l’a demandé.

    Et ça continue encore aujourd’hui, on m’a laissée comme ça, pendant des années : j’avais un juge pour enfants, un éducateur qu’étaient censés s’occuper de moi, j’ai rien eu de tout ça, j’ai été de foyer en foyer, des foyers en éducation surveillée où y avait d’autres agresseurs, pas les miens. Les agresseurs d’autres filles, déjà on se pose la question par rapport au juge pour enfants, y a eu viol collectif : comment se fait-il que l’agresseur soit dans un foyer alors que sa place est en prison ? Les sociétés n’ont pas trouvé autre chose que la prison, en prison il faut les éduquer, leur faire comprendre pourquoi ils ont fait ça, c’est intéressant.

    Ce sont aussi des victimes, mais je ne cautionne pas, y a des lois, faut les appliquer."


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