• Le bling-bling, en référence au bruit des chaînes clinquantes portées par certains rappeurs, illustre bien notre époque où le nombre de vues sur YouTube prime sur la qualité du propos. « Être vu, c’est la base, m’ont dit des lycéen·nes parisien·nes, parce que ça fait du cash ! » Dans cette société du m’as-tu-bien-vu, les rappeurs et les footeux sont devenus les Dolce & Gabbana de la junk mood. Ces derniers ont familiarisé des tas de gosses avec le mot « sextape », désormais aussi usité que les cartes Pokémon dans les cours de récré.
    À la façon de Kalash Criminel, des jeunes veulent le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, autrement dit « le salaire à Messi et la sœur à Neymar ». Les footballeurs, gladiateurs des temps modernes tatoués jusqu’au SIF (sillon interfessier) et icônes du Mondial de la coiffure, ont engendré l’image d’une virilité surgonflée dans des survêts bien ajustés qui cartonne dans les lycées. Chantres du bling-bling, rappeurs et footballeurs se kiffent tellement qu’ils n’ont de cesse de nous faire partager leur virile amitié, suivie par des millions de fans.
    Sur YouTube, on peut découvrir que Booba et Benzema apprécient les courses en Lamborghini à 300 000 euros. Mais s’ils « portent leurs couilles en se tirant la bourre », me signalait un mec en chaudronnerie, celles-ci doivent être bien lustrées, car le rappeur demeure un rien maniaque avec ses sièges : « Suce-moi dans ma Lambo sans faire de tache », nous susurre son Auto-Tune dans le morceau B2oba. Cabella, le joueur prêté par l’OM à Saint-Étienne, réussit l’exploit de faire le signe Jul sans se tromper de nombre de doigts quand il marque, parce que ce rappeur « l’inspire » quand il chante : « Pétard en billets violets, te déshabille pas, je vais te violer (1). » Matuidi et Niska font « charo » commun tout en faisant « des repérages de femmes sur les réseaux (2) ». Et Serge Aurier avait peut-être remplacé l’eau de sa chicha par la « limonade de chatte (3) » de son poto Kaaris, le jour où il a traité son coach de fiotte sur Periscope. Quelque part entre la queue et les pieds, ces types nous proposent donc une vision de l’humanité en dessous de la ceinture et au ras d’un gazon qu’on broute en chanson.
    Forcément, à ce stade de mon propos, vous vous questionnez sur la place des femmes dans ce grand déballage de testostérone. Les compagnes de footeux, regroupées sous l’acronyme WAGs (Wives and Girlfriends), sont cantonnées à rivaliser dans leur propre championnat sur Insta, celui de la plus sexy, la plus à poil sur le Net, ou la plus hot, sans que jamais on n’évoque leur carrière personnelle. Elles sont donc désignées comme « femme ou petite amie de… », sans autre qualité, juste bonne à accompagner leur compagnon, roi du petit pont. Une recherche sur Google avec « femmes de footballeur » montre clairement qu’elles sont référencées uniquement sur des critères « plastiques » : « Top 35 : les plus belles WAGs » ; « Les 17 femmes de footballeur les plus canon », etc. On les cantonne donc au rôle de belles plantes qui prendraient racine sur les pelouses du parc de leurs princes. Les WAGs, entre deux poses sur les réseaux sociaux, seraient majoritairement des pompeuses de « bites et de pognon », aux dires de certains jeunes amateurs de ballon rond et de gros nichons.
    « Monsieur, quand on voit la gueule de certains joueurs et les femmes qu’ils se tapent, on devine pourquoi elles sont là.
    – Heu… pourquoi ? [Je joue volontairement les candides.]
    Elles michetonnent. Elles sont là pour le fric.
    – Mais certaines ont des métiers très rémunérateurs, comme mannequin ou chanteuse, sans avoir à vivre aux crochets de leur mec.
    – Elles veulent toujours plus ! Et puis leur beauté de mannequin, avec le temps, ça va passer…
    – C’est sûr, reprend un autre, les footballeurs ne vont pas rester avec une meuf de 40 ans toute fripée, même au niveau des fesses. Ils préfèrent, comme nous, du frais !
    Comme je leur suggérais que c’était peut-être une association bien calculée pour faire le buzz et engranger un beau pactole pour anticiper des retraites précoces de sportifs et de mannequins, ils ont résumé mon hypothèse par un truculent « après le double Big Mac, le double micheto ! ». Les footeux comme les mannequins étant bons pour la casse à 35 piges, si les premiers peuvent se reconvertir en entraîneurs, proposer aux secondes de finir entraîneuses reste plus touchy.
    On a abordé le cas de la jeune star Mbappé, joueur du PSG, qui aurait « liké sur Insta des meufs », et l’une d’elles « l’a affiché plutôt que de lui piquer sa thune ». Le débat s’est tout de suite porté sur la bêtise de cette fille. « Un mec friqué et connu te kiffe sur Insta, tu lâches pas l’affaire ! » ont assuré les filles à l’unanimité. Quand je leur ai dit que femme de footballeur ce n’était pas une vie, à suivre son cramponné de mari, elles m’ont répondu qu’elles étaient partantes pour un tour du monde du shopping. « En même temps, tous ne jouent pas au PSG, au Barça ou à l’AS Roma, et arpenter les rues de Manchester sous le crachin, ou les tribunes du FK Chakhtar Donetsk, en Ukraine, ça ne doit pas toujours être hyperglamour », leur ai-je fait remarquer. « Monsieur, la vraie WAG, elle tape niveau Ligue des champions, genre Real ou Bayern. Elle ne va pas aller se faire chier à Montpellier ou Dortmund ! »
     
    Rap et foot : l’union sacrée
    Comme je leur demandais si ça ne les gênait pas d’être moins considérées que leur mari, l’une d’elles m’a sorti que « avec une belle paire de seins siliconés, elle lui ferait la misère sur les réseaux sociaux ». « Le problème, c’est que le mec ne sera jamais vu comme un michto, alors que l’inverse, si », lui a rappelé, désabusée, une bonne copine de classe. Comme quoi, même si on a l’air de prendre son panard, on est rarement sur un pied d’égalité.
    Récemment, le rappeur belge Damso a été choisi pour écrire l’hymne des Diables rouges belges pour le Mondial de foot 2018, en Russie. Quand on écoute ses textes, on comprend que ce choix ne tient pas du hasard. En effet, le chanteur a la langue bien pendue et la queue fourchue quand il déclame : « Ça casse les couilles comme quand t’as plus d’capotes/Devant biatch qui a le DAS qui arrête pas de mouiller (4) ». Ça, c’est pour nous rappeler que les « chiennes » qui mouillent sont forcément conta­minées par le sida. On stigmatise une fois de plus la liberté sexuelle des femmes comme support de maladie. « J’ai séché les cours, pour mouiller des chattes pendant que j’ai le barreau, bitch (4) » et « Si t’as pas de fesses, j’espère qu’au moins tout le reste est siliconé-é-é (4) », sont deux autres punchlines qui en disent long sur les fantasmes du jeune homme.
    Les mondes du foot et du rap vont donc unir leur verve poétique pour faire chanter les supporteurs et supportrices. Un choix qui cautionne parfaitement cette fameuse exemplarité vis-à-vis des jeunes générations que n’ont de cesse de réclamer les coachs… Damso a balayé la polémique en sortant ses larmes de croco philanthropique sur son compte Insta : « Cette tournée m’a fait comprendre une chose : je les emmerde avec leur polémique à la con. Venez à mes concerts, il y a des jeunes filles, des jeunes garçons, des mères, des pères, des adultes, des Blancs, des Noirs, des Arabes, des Asiatiques, des “HUMAINS”, tout simplement. Ça sera ça le titre de l’hymne. Un grand merci. #Dems »
    Mais oui, Dems, c’est beau, toute cette humanité, ça donne presque envie de pleurer… Heu, non ! de mouiller. De la chatte, bien sûr.
     
    1. Sors le cross volé, Jul.
    2. Réseaux, Niska.
    3. Arrêt du cœur, Kalash Criminel feat, Kaaris.
    4. IVG, Damso.

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