• J’ai pu observer hier un de ces fameux stages de sensibilisation aux dangers des produits stupéfiants, auxquels sont conviés par la justice certains contrevenants. Un groupe d’une dizaine de jeunes adultes, s’étant tous fait péchos par les gardiens de la paix (mais pas du calumet) en train de fumer un pilon sur la voie publique étaient donc installés en U dans une salle de formation.


    "À cause du cannabis, vous pouvez souffrir d’un symptôme amotivationnel, vous empêchant de procrastiner… C’est le cerveau reptilien qui gère les réflexes…"


    Voilà, je vous ai perdu, vous êtes déjà sur Wikipédia ou sur le site du zoo de Vincennes à la page reptiles… C’est un éducateur qui leur parlait en ces termes comme on récite une leçon bien apprise la veille. J’ai senti tout de suite que les mecs n’entravaient pas une miette de sa logorrhée pontifiante. Je me suis surpris à bailler, à échanger un sourire complice avec l’étudiant à ma droite et le magasinier en face de moi… On se faisait gravement chier, mais surtout on n’avait qu’une envie, se foutre de la gueule de ce discours technico-moralisateur à des années lumières d’une bonne sensation de high sur du libanais ou de l’Afghan…

    N’ayant pas été interpellé et donc obligé de l’écouter, j’ai pu m’enfuir au bout d’une demi-heure, non sans leur lâcher "un bon courage", vu qu’ils allaient se le cogner tout l’après-midi. Je suis sûr que certains d’entre eux auraient préféré être incarcérés…


    « Cette information à l’adresse de consommateurs, ciblée sur les dommages et les risques encourus, doit être de nature à modifier les habitudes d’usage des stagiaires. »

    Si un seul de ces types a modifié hier soir ses habitudes, je veux bien qu’on me trépane du côté du reptilien… Franchement, tu n’avais qu’une envie : en rouler un petit, histoire de te « mettre bien » et surtout permettre justement à ton reptilien de s’envoler comme à la grande époque des Dinosaures, où tu n’avais pas besoin de gober pour voir de drôles de bestioles…


    La plupart des mecs présents s’étaient tous roulés un bédo, histoire de se faire une pause kit-kat dans leur journée, un peu comme le condé paye une pression comptoir à ses collègues, après moult efforts consentis pour appréhender tout ce qui est « noir et en mouvement », afin de rentrer dans les stats de Brice Papon. Ça ne sentait pas trop la pathologie lourde, genre skizos prêts à proposer un remake de Columbine, mais plutôt les récréatifs en goguette qui avaient eu comme une absence vis-à-vis de la loi qui proscrit toujours l’usage du cannabis.


    Par contre, il y avait deux lascars bien enfumés, qui semblaient suffisamment dans les vapes pour qu’on se questionne sur une éventuelle béquille psychique.  Leur rapport aux produits, comment vivent-ils cette arrestation?, faire le point sur leur conso… etc.  voilà autant de sujet dont on aurait pu débattre, d’une manière informelle et qui aurait certainement plus d’utilité qu’une pseudo conférence sur les effets des produits psycho actifs.


    Au moins, ça m’a incité à continuer à mettre de la vie et de l’humour dans mes animations sur les toxicomanies et surtout rasséréner sur le fait qu’il est fondamental de ne pas s’installer sur le terrain de la morale. Dans cette société du risque zéro et de la santé totalitaire, travailler sur « ce que nous sommes » me paraît mille fois plus intéressant que de traiter globalement nos actions, à grand coup de stages et de concepts de prévention nous mettant tous dans le même panier…


    Vous verrez, à force de nous protéger, vigipirater, filmer ou vacciner, les gouvernants vont finir par transformer nos cerveaux, comme le croco, en bottines ou en sacs en main. Le reptilien sur les chaussettes ou en bandoulière.

     


    2 commentaires
  • Six classes de filles en deux jours! Pas l’ombre d’un testicule moulé à la braguette, même pas dans la salle des profs. Pas de panique, je ne fais pas référence à un soudain génocide masculin orchestrée par une chienne de garde aux crocs empoisonnés mais le lycée où je me suis rendu, propose, tout simplement, des formations qui n’intéressent principalement que la gent féminine : du social, quoi… Je suis donc retourné au bahut en mode d’avant les années 70 : pas un gramme de testostérone, de slip kangourou et de free-fight programmé pour la récré. Et bien, même si les bavardages demandent un peu plus de flicage, je me suis re-po-sé !

    Et en plus, ce fût enrichissant. Que demande le travailleur social ? Les filles se sont exprimées comme jamais. C’est quand même plus facile quand il n’y a pas de taliban pour leur intimer, d’un regard bien appuyé ou d’une réflexion assassine, de la fermer. Ainsi libérées, les deux heures d’animation (on aurait dit leurs vagins à une époque plus militante), leur appartenaient pleinement. Tellement c’était serein, Sohane et Samira ont dû s’en étouffer en plein festin de racines de pissenlits.

    Bien entendu, elles ont exprimé cette difficulté à porter des jupes, elles ont témoigné de l’obligation de s’habiller sans mettre trop en valeur leurs formes, de ne pas être trop femmes… Rien de bien nouveau dans ce monde profondément machiste avec ses traders de merde qui jouent au Monopoly avec notre pognon (oui je sais ça a peu de rapport mais je viens de voir Inside Job, alors…). Certaines se la jouent plus bonhommes pour avoir la paix. Mais rouler des épaules, se saper en jogging et cracher par terre, ça ne les fait pas vraiment bander. Celles-là aussi, expriment leur lassitude d’avoir à jouer les Big Jim pour protéger leur réputation. Exit les « Ni putes, Ni soumises », un « Ni fille, Ni mec » serait plus d’actualité. Comment, à 15-16 ans, ces filles de l’entre deux genres, peuvent-elles se construire dans leur identité féminine ? Quelles femmes seront-elles une fois adultes ? Sommes-nous en train de vivre l’émergence d’un troisième sexe, une sorte de transgenre qui n’aurait aucun lien de parenté avec celui qu’on rencontre au coin du bois, les soirs d’exutoire aux heures de fermeture des bureaux ?

    Faire l’amour à l’envi, ce serait « ne pas se respecter ». Voilà ce qu’on leur a dit et répété, à tel point qu’elles ont fini par l’assimiler totalement. Mais ce qui me chagrine le plus, c’est qu’il n’y a pas que la rue qui véhicule ce discours simpliste, leurs familles, aussi, les maintiennent dans ce rôle de future proie facile en refusant de les voir grandir, en leur interdisant de s’émanciper. Alors, elles répètent ces mots carcéraux, pas toujours convaincues mais au moins pour la galerie. Après tout, on ne sait jamais. Et si le grand frère laissait une de ses oreilles traîner dans le coin ou si une copine venait à vendre la Mèche pour s’acheter une conduite …La peur des représailles est répandue chez certaines.

    Certes il y a celles disent s’en battre les couilles (tiens une expression bien masculine, non ?) et qui mettent un gros kick aux mecs qui les font chier. Ces filles-là, on sent une drôle de violence dans leur regard, une violence plus jusqu’au-boutiste que celle de n’importe quel mec élevé dans un chenil de pitbull. Elles adoptent toutes les attitudes masculines, par un mimétisme de survie, comme ces animaux qui arrivent à se fondre dans la nature pour se rendre invisibles à l’ennemi. En jogging basket souvent, elles parlent fort et serrent la main. Leur vie affective est mise entre parenthèse et les expériences sexuelles, renvoyées aux calendes grecques, un jour de St Glinglin.

    Il y a celles qui résistent par la provocation, exhibant le superflu pour mieux conserver l’intérieur, faisant claquer fort leurs talons comme si à chaque pas, elles organisaient leur propre marche des fiertés. Elles se disent lasses de se faire traiter de putes par les mecs mais aussi par leurs pairs qui ont mis un mouchoir sur leurs convictions, mais n’ont pas envie de lâcher l’affaire. Pour celles-là, on peut craindre le pire, la punition suprême au fond d’un RER ou d’une cave, traînant leur sale réput’ jusqu’au bled comme d’autres leurs années de placard.

    Et puis il y a une grande majorité silencieuse aux sourires crispés, des filles qui s’angoissent par avance de croiser au détour d’une soirée ou d’un vestiaire, un de ces monstres couillus et poilus, qui se feront fort de les déflorer à la hussarde en les plantant là, la vulve offerte et l’amour en jachère. Celles-là, elles s’abreuvent des histoires des plus précoces et se signent intérieurement pour expier cette chaleur dans le bas-ventre qui les culpabilise tellement.

    Je leur pose la question de la mixité. Je leur demande si ça leur manque les garçons dans ce lycée où les orientations proposées n’intéressent qu’elles. D’abord elles assurent que non, qu’elles ont la paix, qu’elles sont plutôt bien. Au pire, oui au pire, les keums, elles peuvent toujours les voir le week-end ou le soir. Elles regrettent qu’on en soit arriver là.

    Soyons réalistes, ce type de situation ne se vit pas de partout. Il y a une spécificité à ce type d’environnement. L’univers de la cité, de certaines cultures machistes y est pour beaucoup. C’est sûr que ce type de débat n’existe pas les lycées du XIV ou du Ve où je vais quelquefois.

    J’ai signé la pétition contre le viol lancée par Osez le féminisme. « La peur doit changer de camp » est-il dit en sous-titre. Mais y’a-t-il vraiment un camp ? Doit-on forcément opposer les deux sexes ? Doit-on répondre à la peur par l’intimidation. Et si on misait tout sur l’éducatif, l’accompagnement, l’écoute de ces mecs qui eux aussi subissent la loi de la performance, du plus fort, des faux-semblants.

    Une psy disait l’autre jour que les ados décompensaient de plus en plus violemment et que notre société anxiogène en était le terreau. « La peur doit changer de camp », moi, ça m’inspire pas trop. Ça pue trop l’escalade.

     


    8 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires