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  • Entendu dans un lycée, quelque part entre gare du Nord et Sarcelles, dans ce beau pays qui est le mien :

    "Dans les couloirs, on se teste... On se mate les yeux dans les yeux... Et on lâche rien... Le premier qui baisse le regard, c'est une tafiolle... Il est mort pour le reste de l'année... On lui fait bouffer la merde..."

    J'ai souvent défendu ici les femmes et pointé du doigt les violences qu'elles subissaient. Une fois n'est pas coutume, donc, je vais me faire l'avocat du couillu et soutenir les mecs. Pas facile d'être un lascar, un vrai, surtout quand on entend des phrases pareilles... La pression qui existe sur ces futurs adultes est forte et me rappelle un peu celle que j'avais connue à l'armée (dans cette époque proche du Néandertal, voire du Néantoutcourt, où celle-ci était obligatoire) : Sois un homme et montre que tu en as ou ferme là ! Certains GI en herbe qui fréquentent les couloirs de certains bahuts font tout pour briser moralement les plus faibles, qui eux-mêmes par effet domino, vont latter les « encore plus » faibles, initiés à leur tour au rite du coup de boule... En fait, le lycée, c'est un peu le Guantanamo du slip...


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  • Mercredi, à la fin de la pièce (cf post précédent "es Frères Lachaise"), les comédiens ont proposé un débat en profitant de la présence dans la salle, d'une seconde d'un lycée de Bondy. Au mot lycée, tout le monde s'est barré. On avait plus envie de s'engraisser que de parler acné. Déformation professionnelle oblige, je suis resté. Une fois de plus, il a fallu reparler de la transmission du virus et j'ai fini par l'ouvrir pour éliminer certains doutes.
    Le risque fantasmé autour d'une éventuelle contamination par le sang est toujours très présent dans les esprits. La réalité de l'épidémie est tout autre. La quasi-totalité des personnes exposées au virus le sont lors de relations sexuelles non protégées. Et curieusement, on finit toujours par débattre des coupures dans la bouche, des blessures, des aphtes, du moustique... Je me souviens d'une question hallucinante qu'on m'avait posée une fois :
    - Je marche sur le trottoir avec un pote. Il glisse et trébuche. Il se coupe sur un tesson de bouteille. Il se retourne et comme je n'ai pas le temps de m'arrêter, je pose ma bouche sur sa plaie... je risque de le choper ?
    - Quoi ?
    - Ben le sida...
    - Heu, avant de répondre à ta question, est-ce que tu as eu des rapports non protégés les six derniers mois ?
    - Ouais sûrement ça arrive à tout le monde. Non ?

    Je me dis que c'est peut-être pour ça que de nombreux individus veulent criminaliser la transmission du virus. Parce que dans la paranoïa ambiante, on associe sida et "crime de sang"... On n'est plus très loin du dépistage obligatoire et des camps à séropos. C'est Jean-Marie qui doit être content.


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  • Hier au soir, j'étais convié à La Manufacture des Abessses, 7 rue Véron dans le XVIIIe à Paris pour assister à "Lonely Planet" . Le sida dans les années 80, des chaises vides rassemblées comme un patchwork pour témoigner de l'absence de ceux que la maladie a emporté, l'angoisse des résultats d'un test de dépistage... Et puis du cocasse et du bizarre... C'est plein d'humanité et bien joué. Je vous le conseille, quoi. Et puis ça change du jardin des souvenirs du Père Lachaise.


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  • Natty - bedroom eyes

    Il est recroquevillé sur sa table comme un sénior en manque de DHEA et sans connexion internet pour contacter son dealer. L'omoplate gauche est saillante sous le pull jacquard. Il est bancal, limite désossé, bien que pas vraiment du genre à fréquenter <st1:PersonName productid="La Goulue" w:st="on">La Goulue</st1:PersonName> sur les pentes de Montmartre. La position maladive de son corps est l'exacte reproduction du vertige émotionnel qui le déborde. Il va passer deux heures le nez collé à son cahier, les yeux rivés sur une leçon imaginaire. Il entend, c'est sûr. Il imprime, sûrement pas.

    Il y a beaucoup de filles dans sa classe et forcément, on parle de contraception, quelle soit quotidienne ou d'urgence, puis d'avortement. Forcément. Je sens qu'il vit un calvaire, qu'il eût préféré faire Paris-Chartres à genoux puis rallier St-Jacques-de-Compostelle sur ses moignons restants, que peut-être il se récite déjà des « Notre père » pour expier. La prof n'avait pas besoin de me stipuler, à la pause, qu'il était le fruit d'une union à consonance latine, sans mariachis mais opus dei, catholique et intégriste. Comme beaucoup d'autres dans ce lycée du VIIe. Cette étiquette, il la porte, elle l'habite. Le pire est qu'il a choisit le premier rang et que mon sac de lubrifiant et de préservatifs est à quelques centimètres de lui. Satan à portée de mains, la luxure à portée de gland. La capote d'ailleurs, il me le rendra à la fin, ni dédaigneux, ni dégoutté... juste pas concerné.

    Dans « l'enquête sur la sexualité en France » de Nathalie Bajos et Michel Bozon (Ed. la découverte), ma bible, mon coran, mes saintes écritures à moi, j'ai lu que si la génération des femmes de 60 ans avaient entendu parler de contraception essentiellement grâce à leurs pairs, les filles de 18-20 ans citaient en premier l'école comme source d'information. C'est dire la responsabilité qui nous incombe de faire passer le message, le plus juste qu'il soit. Ça donne aussi du grain à moudre à tous ceux qui critiquent cette école publique qui aurait un peu trop ouvert son champs pédagogique à des faits de société (la sexualité, les conduites addictives, la différence, l'homophobie ...) pour faire de nos enfants, non plus des puits de savoir mais de futurs citoyens en phase avec leur temps.

    Nous sommes peu demandés dans les établissements confessionnels et probablement que la famille de ce jeune homme allait demander dès ce soir sa mutation pour un établissement plus hermétique aux débats sur la sexualité et autres joyeusetés engendrées par le vrai monde. Les voies du seigneur, qu'elles soient génitales ou pas, se doivent de demeurer impénétrables. Histoire de faire usiner la fabrique de Croisés.


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