• Entendu dans un lycée du 93 :

    "J'ai des potes qui font la brochette, autrement dit, ils... vous voyez ce que je veux dire... les uns derrière les autres. Si le dernier à le sida, le virus peut passer de l'un à l'autre ?"

    En ce qui me concerne, je h'ai pas le souvenir d'avoir fait la chenille en seconde... 


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  • D'entrée, il s'est mis à l'écart. Il est rentré dans la salle comme une balle, s'est précipité au fond de la classe, a reculé au maximum sa table et s'est bouché les oreilles... Puis il s'est écroulé sur celle-ci, faisant corps avec elle, pour disparaître de mon champ de vision, devenir une simple excroissance du mobilier... Comme inanimé. Je n'ai pas relevé, ne voulant pas le stigmatiser. Ce sont les autres qui en ont rajouté :

    - Il est puceau, M'sieur, il ne veut pas entendre le mot sexe.

    - Et pourtant, il kiffe grave... Regardez, il se frotte à la table.

    - C'est ramadan, M'sieur. Il dit qu'il n'a pas le droit d'écouter ça... mais c'est un chaud.

    Il a relevé la tête, preuve que les sons traversent facilement la paume des mains. Il a sourit bêtement, un rien gêné. J'ai senti un peu de détresse dans son regard fuyant. J'ai préféré laisser faire plutôt que de lui mettre la classe à dos, rappelant quand même le cadre de mon intervention, dans le respect des sensibilités de chacun.

    L'intervention s'est déroulée normalement avec une classe plutôt participative et les deux-trois grandes gueules habituelles qui avaient déjà tout vu, tout tenté, tout vécu, les professionnels de la baise. Je le surveillais du coin de l'œil et je m'aperçu rapidement qu'il avait légèrement incliné sa tête pour s'offrir un meilleur angle de vue et d'écoute tout en conservant une pseudo attitude de repli.

    Je n'ai pas remarqué le garçon qui grâce à une belle plongée en apnée sous les tables, avait réussi a récupéré le préservatif de démonstration dans la poubelle. A la sonnerie, il s'est précipité sur l'exilé du fond et lui a chatouillé l'oreille avec. Les autres, autour, comme une meute de hyènes, excitées par l'odeur du lubrifiant, se sont mis à hurler de rire. Une fille s'est saisie de la capote et l'a jetée sur le visage du malheureux garçon. J'ai entendu un hurlement et il s'est précipité à l'extérieur comme si le diable était à ses trousses.

    Au moment de quitter l'établissement, la proviseure m'a interpellé :

    - Que s'est-il passé, un élève est arrivé en courant et a demandé qu'on lui ouvre la porte rapidement...Il avait l'air tourmenté... Et il n'a pas voulu répondre à mes questions.

    Je lui narre la scène, signalant mon étonnement quand au caractère disproportionné de sa réaction. Nous convenons que l'évènement devra être repris le plus tôt possible avec l'infirmière.

    Plusieurs témoins ont vu le garçon dévaler la rue du lycée. Aux dernières nouvelles, il aurait pris la porte de Bagnolet, puis le périphérique. Peut-être qu'il continue de tourner aujourd'hui.

    Ses parents vont peut-être porter plainte pour « incitation à la débauche » ou « tentative d'homicide religieux par préservatif ». Je me suis dit que je contre-attaquerais pour « satanisation abusive de pulsions naturelles»...


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