• <st1:PersonName productid="La Femme" w:st="on">La Femme</st1:PersonName> des Uns Sous le Corps des Autres – Serge Gainsbourg

    Hier soir sur France ô, j'ai vu un reportage sur l'homosexualité en banlieue. Evry, Grigny, Aulnay... Que des villes que j'ai appris à connaître, des lycées, des CFA que j'ai fréquenté et des phrases, des injures, des attitudes, des explications à la mord-moi-le-pitt que j'ai entendues. Quel courage, il a fallu à ces 4 jeunes, Emir, Mikaël, Brahim et Julia, pour témoigner à visages découverts devant la caméra, le pire ne venant pas toujours de la bande qui prend racine au pied de la tour mais parfois d'une mère : « je suis peut-être fatigante, mais moi je ne me suis pas fait enculer.. »

    Cette question de l'orientation sexuelle, je l'aborde toujours dans mes interventions et immanquablement, elle déclenche les mêmes réactions.

    - « c'est contre-nature. Dieu a fait les hommes pour aller avec les femmes. » Autrement dit, on a été conçu pour s'emboîter et surtout procréer. Point barre. Avec cet argument là, le débat est souvent stérile car la remise en cause de l'existence d'un Dieu tout-puissant et du Jardin d‘Eden, donc la genèse de l'humanité version couple hétéro, ça ne se fait pas.

    - « les pédés, c'est sale. Ils font honte à la cité, au groupe »...Aux autres mâles, quoi. Dans le reportage de Mario Morelli, le témoignage d'Emir est très touchant. Il vire au sublime quand il parle de sa liberté, de cette homosexualité qui lui a donné des ailes lui permettant de survoler le merdier et quand il décrit l'enfermement de tous ces machos, prisonniers de leur rôle de petite frappe hétéro, dépendant du regard du groupe.

    Quel courage, il leur a fallu mais en éteignant ma télé, je n'ai pu m'empêcher d'éprouver de la crainte pour leur intégrité physique. Je me souviens de ce CFA à St Denis (93) où les apprentis voulaient me tabasser parce que je « défendais les pédés », parce que j'en étais... Je les avais simplement invité à réfléchir sur cette question fondamentale :

    Choisissons-nous notre sexualité ?...


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  • Une blonde platine dans la casbah – Biyouna

    L'année scolaire est en passe de se terminer et c'est l'heure des bilans. Cette année, j'ai ajouté à ma panoplie préventive, le costume d'intervenant en toxicomanie. Ça n'a pas toujours été facile, les élèves ayant des difficultés à parler de pratiques illicites, surtout devant leurs profs ou les infirmières scolaires. Pourtant, j'ai appris que le produit le plus dangereux pour la société, ne se trouve pas sous les bouses de vache mais bien dans les couilles des hommes.

    C'est vrai, quel produit peut rendre nerveux ? Agressif ? Quel produit engendre une furieuse envie d'en découdre ? Quel produit provoque des hallucinations visuelles comme « il m'a regardé de travers » ou auditives genre « il m'a traité de tapette » ? Quel produit donne la sensation d'être l'unique, l'élu, le roi du pétrole ? Contraint l'organisme à rouler des épaules, tendre les muscles, relever la tête, fermer les poings, soulever de la fonte, se masturber l'égo devant les miroirs ? Quel produit provoque des gestes incontrôlés comme le doigt ou le bras d'honneur, la tarte dans la gueule ? Quel produit donne l'illusion que son sexe a triplé de volume? Quel produit détruit la matière grise et fait grossir les testicules ? Quel est donc ce produit qui agit à la fois sur le cerveau et les bourses et qui fait qu'on devient un winner ultra-libéral ou un président avide de pouvoir ? Quel est ce produit qui pousse les hommes à s'armer, à se tirer dessus, à violer, à envahir les terres du voisin, à torturer son prochain ?

    La coke ? L'héro ? La kétamine ? Le GHB ? L'ecsta ? La skunk ? Le crack ?

    Non, ce produit, c'est la testostérone. Cette putain d'hormone mâle, qu'on produit en continue et en toute impunité, qui transforme l'agneau en bourreau... A quand le sticker à coller sur le front : « l'abus de testostérone nuit gravement à la société » ou « Attention ! La testostérone peut tuer ! ».  


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  • A. devait 6 mois de loyer. Elle avait dû recevoir une lettre recommandée qu'elle avait classée dans sa poubelle, pratiquant un tri très sélectif avec les diverses administrations qui tentaient de la contacter. Du coup, un huissier avait finit par l'avertir de son passage, un matin. Elle m'avait demandé d'être présent, afin de l'aider à trouver une conciliation, la diplomatie n'étant pas son fort. Nous attendions donc l'assermenté du racket en buvant un café, agrémenté d'un joint bien tassé pour elle. Elle avait sa mine des mauvais jours et l'état de l'appartement ne dépareillait pas. Elle n'avait pas quitté son lit depuis plusieurs semaines et tout était centralisé autour du matelas, véritable radeau de la méduse échoué sur la moquette. Pêle-mêle, on y trouvait la télé, des conditionnements vides de compléments alimentaires, des plateaux repas associatifs à la saveur caritative à peine entamés, des cendriers pleins, des fringues roulés-boulés, des magazines féminins, divers ouvrages sur l'astrologie et la dernière lettre à en-tête qu'elle avait reçue avec le nom de son futur visiteur. J'avais préparé une lettre type pour demander un échéancier de règlement de la dette et j'avais exposer à A. mon plan de bataille. Nous allions faire profil bas, expliquer ses difficultés financières passagères par la maladie, dealer un échéancier et surtout lancer une demande de HLM ou d'appartement thérapeutique en parallèle.
    A l'heure prévue, la sonnette nous injecta un coup d'adrénaline et je crois me souvenir avoir entendu son cœur battre comme jamais. J'allais ouvrir. Le type était fidèle aux canons du look dans la profession : lambda. Un regard circulaire lui permis de faire un état des lieux et une petite idée de la situation. A. était resté au lit et en rajoutait un peu. Le type, un rien embarrassé, ne savait pas à qui s'adresser. J'entretenais volontairement le flou sur ma présence au domicile d'A. afin de lui laisser abattre ses premières cartes.

    - Vous connaissez les raisons de ma présence chez vous ce matin. Vous n'avez pas répondu aux diverses injonctions de votre propriétaire et je suis mandaté par lui pour faire un état des valeurs mobilières et autre afin de pratiquer, par la suite, une saisie...
    Le discours se voulait technique, froid. Son regard évitait le visage émacié d'A. reposant sur un oreiller jaune délavé qui semblait acidulé à côté de son teint diaphane. Je lui fis ma proposition d'échéancier, pensant qu'il accepterait afin d'éviter tout conflit.
    - Monsieur, non seulement je ne sais pas qui vous êtes mais en plus, sachez que je ne suis pas mandaté pour accepter un échéancier. Il faudra voir ça avec mon client. Et de sortir un calepin et un stylo et de commencer à lister le matos. Le type était plus dur à cuire que prévu...

    C'est à ce moment là qu'elle. a choisit d'exploser. Elle a envoyé balader ses draps et s'est levé comme si les ressorts du sommier l'avaient botté au cul, seulement vêtu d'un tee-shirt cachant à peine son sexe.
    - Qu'est ce que tu fais connard. Tu notes quoi ? Je suis malade, je ne peux pas bosser. On te propose de régler sur plusieurs mois, alors tu prends et tu te casses...

    Je craignais le pire mais je sentais que je n'arrêterais pas le tsunami. Et puis, en avais-je vraiment envie ? Certains corps de métier n'invite pas à la compassion. A. s'est dirigé sur lui, le fixant de son regard, passé en quelques secondes d'absent à révolver. Instinctivement, le type a fait deux pas de côté.

    - Je suis séropo, connard. Tu sais ce que ça veut dire. J'ai le sida et je vais crever. Et toi, tu veux me piquer mes meubles et les jouets de mes gamins.
    Elle postillonnait sec et le type tentait d'éviter les projectiles de salive en secouant la tête. Au mot "sida", il a avait eu une légère perte d'équilibre. Désormais, il reculait vers la porte d'entrée. Plus il fuyait, plus elle montait en volume. Elle hurlait à présent. Elle pris un verre et prévint :
    - Je vais me couper la main et je vais te refiler le "dass", connard. Casses-toi!
    Le mec était blême et il cherchait désespérément le bouton "téléportation" sur sa sacoche. Il ouvrit la porte, la main dans le dos pour mieux surveiller la furie et se précipita vers l'ascenseur, appuyant sur le bouton comme s'il était poursuivit par Hannibal Lecter himself. Mais A.. avait décidé de ne pas le lâcher. Elle hurlait dans le couloir et les voisins entrebâillaient leur porte.
    - J'ai le sida et je vais tous vous plomber. Vous me faites chier. L'ascenseur est enfin arrivé et le type a réussit l'exploit de sauter dedans tout en appuyant sur un bouton au hasard. Il tremblait et je n'oublierais jamais l'effroi dans ses yeux. J'ai repensé à cette scène des "Nuits Fauves" où Collard pour défendre son pote attaqué par des skins, se coupent la main en hurlant qu'il a le sida. On venait de se faire un pur remake.

    L'ascenseur était parti depuis cinq bonnes minutes et A. hurlait toujours, insultant la porte, le cul à l'air. Je réussis à l'emmener doucement jusqu'à chez elle, non sans me faire un peu bousculer. Je refermais du pied sa porte et au moment où j'allais lui parler du pays, nous fûmes pris d'un fou rire hystérique...


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  • Hier, à Pantin...

    19 casquettes portées sur le haut du crâne. Une nouvelle mode made in banlieue, après la jambe du pantalon remontée, l'« hydrocéphale attitude ». 38 pupilles dilatées fixent un point imaginaire, au-delà de mon corps, du tableau, de la pièce, de la galaxie. 38 tympans vibrent sans traduire au cerveau. 19 corps sont avachis sur les tables. 19 bouches soufflent. 38 mains roulent dans le vide, mimant le geste qui manque. 19 pieds tapotent nerveusement.

    - À votre avis, pourquoi on fume, en général ?
    - Parce qu'on se fait chier. Y'a rien à faire...
    - Bon vous avez fini, m'sieur...
    - Pourquoi, vous en avez déjà marre...
    - Non, on voudrait juste aller fumer...

    Vu qu'on a largement légalisé l'ennui, on pourrait peut-être dépénaliser le cannabis, non ?


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  •  Salut à toi - Berurier noir

    « Une vie contraceptive commence vers 15 ans et finit vers 40-45 ans... Vu la durée, on peut donc concevoir qu'il y ait des erreurs, des oublis, des moments où l'on passe au travers... » Cette introduction au reportage « Avortement, une liberté fragile » que j'ai vu l'autre soir sur France 5 est intelligente, car elle pose les vraies difficultés de la contraception dans son quotidien, sans rentrer dans l'éternel débat du « pour ou contre l'avortement ».

    Le reportage a magnifiquement montré les interrogations, la culpabilité, les angoisses de ces femmes qui choisissent d'avorter mais aussi de celles ou ceux qui pratiquent l'IVG. Contrairement à ce que pensent les nouveaux croisés de SOS Bébés et consort, ce n'est pas parce qu'on a légalisé l'avortement que les femmes le font de gaîté de cœur ou par facilité...
    C'est un droit chèrement acquis. Une gynéco de la génération d'avant 68 raconte les fœtus à même le sol, les hémorragies, les suicides... Elle argumente : « une femme qui ne veut pas d'enfants n'en aura pas, et elle fera tout pour avorter, au péril de sa santé ».
    Pourtant, de moins en moins de soignants acceptent de le pratiquer, de plus en plus de médecins, pharmaciens et leader d'opinion y vont de leur morale et les mouvements pro-vie n'ont jamais été aussi forts. Une conseillère conjugale du planning de Marseille, disait qu'on a fait d'un droit, un passe-droit et que l'air de rien, on fait comprendre aux femmes qu'elles ont de la chance de pouvoir encore interrompre leurs grossesses non désirées !

    Dans mes interventions, j'ai parfois la sensation de lister un peu froidement tout ce que les jeunes filles peuvent mettre en place pour éviter une grossesse : les préservatifs, la pilule, la pilule du lendemain, l'IVG médicamenteuse ou non. Comme si c'était facile, comme une notice à suivre...
    Mais la réalité est plus complexe que ça. Il y celles qui dépassent le délai légal, parce qu'elles ont quand même leurs règles, parce qu'elles angoissent tellement qu'elles mettent du temps à réagir, parce qu'on les culpabilise, parce que les listes d'attente augmentent, parce que les places sont chères, parce qu'elles sont mineures et que les anesthésistes hors-la-loi demandent des autorisations parentales... Il y a celles qui ont subi leur relation sexuelle, celles qui ont été larguées entre temps, celles qui ont déjà suffisamment de mômes, celles qui sont trop jeunes, celles qui craignent le courroux familial, celles qui ont essuyé une fin de non-recevoir de la part de leur compagnon qui s'en lave les mains, celles qui n'ont pas envie d'avoir d'enfants tout simplement...

    Que dire du témoignage édifiant de cette femme à qui le médecin a montré les « belles » échographies qu'elle ne voulait pas voir, a fait écouter le cœur du fœtus contre sa volonté et a signifié qu'après une bonne nuit de sommeil, sa décision aurait changé !!
    Nombreux sont les témoignages d'une liberté, d'un droit qui est remis en cause insidieusement. Pour l'instant, on n'interdit pas l'avortement, mais on limite considérablement son accessibilité. Et puis, surtout, on juge de plus en plus. Les classes suivent le mouvement, les élèves étant bien souvent le reflet des idéaux familiaux...

    Beaucoup de jeunes que je rencontre sont contre l'avortement, et les raisons religieuses sont le plus souvent invoquées. Ils sont formatés pour accueillir la vie et ceci uniquement lors de relations officialisées par le mariage... On fait fi des « erreurs » de jeunesse ou pas, des premières fois balbutiées, des oublis, du désir... On se doit de les enterrer au plus profond de sa honte et ceux ou celles qui se font prendre sont radiés de la famille, virés du cercle, satellisés comme des déchets qu'on ne veut pas enterrer ou incinérer, car toxiques pour la terre nourricière...

    En 72, au moment du procès de Bobigny, un slogan disait « mon vagin m'appartient ». Ce vagin, Sarkozy l'a confisqué à nouveau en fustigeant les années 68 et en nommant Boutin dans son gouvernement...

    Nous aurons, tous, bientôt, à redescendre dans la rue pour défendre le droit à l'avortement au nom des 343 salopes et des milliers qui ont suivi. Mais attention, car en face, il y aura des chouans, des chanteurs de cantiques en latin, des crânes rasés, des testicules barbues, des jupe-plissée-queue-de-cheval, leurs jockeys en soutanes, des poussettes piégées, des chiards hurleurs, des texans et leur troupeau de veaux. Et je reste intimement persuadé que c'est aussi un combat d'hommes... On ne vous laissera pas tomber les filles.


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